DONNAI! D
Appelle madame, ou fais-moi la faveur ■
De me signer pour elle un billet au porteur.
DANVIL1 l .
Elle a, je l'oubliais, payé certaine miiiiiiii'...
Quel intérêt >i grand t'inspire ton jeune homme?
L'ÉCOLE DES VIEILLARDS
BONNARD
Qii'éritèncU-je?
BANVILLE
Un étranger !
BONNARD
Tu le connais.
BANVILLE
Qui, moi?
BONNARD
Cet étranger, mon cher, n'en est pas un pour toi.
BANVILLE
Comment ! et de son nom tu m'as fait un mystère !
BONNARD
C'est qu'il m'a défendu de le dire à son père.
BANVILLE
Dieu! ce serait?...
Ton fils. D'après sa volonté , Je n'ai dû le nommer qu'à toute extrémité. Par lui, depuis long-temps, je savais ton histoire : Ton silence avec moi n'est pas trop à ta gloire, Et j'ai voulu tantôt te donner l'embarras De m'apprendre un hymen que je n'ignorais pas.
DANVILLE
C'est mon fils !
BONNARD
Oui vraiment.
DANVILLE
Mon fils dans la détresse !
Et ce n'est pas à moi que d'abord il s'adresse ? Il va chercher un tiers !
BONNARD
Ah ! qu'est-ce que tu veux?
11 faut toujours qu'un tiers se place entre vous deux: Du moins il me l'écrit, et ce tiers-là le gêne; Voilà ce qu'après soi le mariage amène. La femme et les enfants sont rarement d'accord ; A l'un des deux partis il faut qu'on donne tort ; De beaux yeux plaident bien , et le juge préfère Le bonheur de l'époux au devoir du bon père.
DANVILLE
Mais mon fils est un fou !
BONNARD
Pourquoi l'avoir quitté?
Instruit d'hier au soir, que n'ai-je pas tenté ! J'ai pour combler le vide épuisé bien des bourses; Restent vingt mille francs, et je suis sans ressources; Toi seul peux le sauver.
Ah ! voyage maudit !
Ah ! ma femme ! ma femme !
BONNARD
Hein?
Quoi ? je n'ai rien dit.
( Après une pause. ) Bonnard, mon cher Bonnard!
BONNARD
Tu me fais peur : abrège ; C'était, je m'en souviens, ton exorde au collège, Quand dans un mauvais pas tu voulais m'engager.
DANVILLE
Tu dois avoir des fonds et tu peux m'obliger.
BONNARD
Un caissier n'en a point : quand il prête il s'expose; Le public ne sait pas de quels fonds il dispose.
DANVILLE
J'en réponds.
BONNAHI).
Non.
DANVILLE
L'argent te rentrera demain.
BONNARD
Non , non.
Sauve mon fils : allons, toi, son parrain, Mon bon , mon vieil ami !
BONNARD
Tu plaides comme un ange ; Mais, quand on m'attendrit, moi, cela me dérange.
DANVILLE
Bonnard , mon cher Bonnard !
BONNARD
J'aurai tort; c'est égal, Je prêterai l'argent... Mais je dînerai mal.
DANVILLE
Nous en souperons mieux. ^
BONNARD
Tiens la chose secrète, ( 11 revient. ) Adieu... C'est qu'il y va, mon cher, de ma recette.
DANVILLE
Sois sans crainte... A propos, tu m'as parlé, je crois, Du jeune duc d'Elmar.
BONNARD
Je l'ai vu quelquefois ; Très galant, beau danseur, tirant fort bien l'épée, Bedoutable aux maris par plus d'une équipée...
BANVILLE
Redoutable aux maris !
D'autant plus dangereux , Qu'il aime comme un fou, quand il est amoureux; Et le monde prétend qu'une femme jolie Ne peut voir sans pitié qu'on l'aime à la folie. On le plaint et ma foi... Qu'as-tu donc?
BANVILLE
Rien du tout.
BONNARD
La femme qui lui plaît le rencontre par-tout. Dans les jardins publies...
DANVILLE
Ah ! oui.
BONNARD
Dans les spectacles.
BANVILLE
Mais les maris sont là.
BONNARD
Bon! il rit des obstacles:
Quelquefois il fait mieux, il place les maris; Il les place très bien ; mais Dieu sait à quel prix ! Tu m'entends.