‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 36 sur 70 · DONNAI! D · texte numérisé non relu

DONNAI! D

Appelle madame, ou fais-moi la faveur ■

De me signer pour elle un billet au porteur.

DANVIL1 l .

Elle a, je l'oubliais, payé certaine miiiiiiii'...

Quel intérêt >i grand t'inspire ton jeune homme?

L'ÉCOLE DES VIEILLARDS

BONNARD

Qii'éritèncU-je?

BANVILLE

Un étranger !

BONNARD

Tu le connais.

BANVILLE

Qui, moi?

BONNARD

Cet étranger, mon cher, n'en est pas un pour toi.

BANVILLE

Comment ! et de son nom tu m'as fait un mystère !

BONNARD

C'est qu'il m'a défendu de le dire à son père.

BANVILLE

Dieu! ce serait?...

Ton fils. D'après sa volonté , Je n'ai dû le nommer qu'à toute extrémité. Par lui, depuis long-temps, je savais ton histoire : Ton silence avec moi n'est pas trop à ta gloire, Et j'ai voulu tantôt te donner l'embarras De m'apprendre un hymen que je n'ignorais pas.

DANVILLE

C'est mon fils !

BONNARD

Oui vraiment.

DANVILLE

Mon fils dans la détresse !

Et ce n'est pas à moi que d'abord il s'adresse ? Il va chercher un tiers !

BONNARD

Ah ! qu'est-ce que tu veux?

11 faut toujours qu'un tiers se place entre vous deux: Du moins il me l'écrit, et ce tiers-là le gêne; Voilà ce qu'après soi le mariage amène. La femme et les enfants sont rarement d'accord ; A l'un des deux partis il faut qu'on donne tort ; De beaux yeux plaident bien , et le juge préfère Le bonheur de l'époux au devoir du bon père.

DANVILLE

Mais mon fils est un fou !

BONNARD

Pourquoi l'avoir quitté?

Instruit d'hier au soir, que n'ai-je pas tenté ! J'ai pour combler le vide épuisé bien des bourses; Restent vingt mille francs, et je suis sans ressources; Toi seul peux le sauver.

Ah ! voyage maudit !

Ah ! ma femme ! ma femme !

BONNARD

Hein?

Quoi ? je n'ai rien dit.

( Après une pause. ) Bonnard, mon cher Bonnard!

BONNARD

Tu me fais peur : abrège ; C'était, je m'en souviens, ton exorde au collège, Quand dans un mauvais pas tu voulais m'engager.

DANVILLE

Tu dois avoir des fonds et tu peux m'obliger.

BONNARD

Un caissier n'en a point : quand il prête il s'expose; Le public ne sait pas de quels fonds il dispose.

DANVILLE

J'en réponds.

BONNAHI).

Non.

DANVILLE

L'argent te rentrera demain.

BONNARD

Non , non.

Sauve mon fils : allons, toi, son parrain, Mon bon , mon vieil ami !

BONNARD

Tu plaides comme un ange ; Mais, quand on m'attendrit, moi, cela me dérange.

DANVILLE

Bonnard , mon cher Bonnard !

BONNARD

J'aurai tort; c'est égal, Je prêterai l'argent... Mais je dînerai mal.

DANVILLE

Nous en souperons mieux. ^

BONNARD

Tiens la chose secrète, ( 11 revient. ) Adieu... C'est qu'il y va, mon cher, de ma recette.

DANVILLE

Sois sans crainte... A propos, tu m'as parlé, je crois, Du jeune duc d'Elmar.

BONNARD

Je l'ai vu quelquefois ; Très galant, beau danseur, tirant fort bien l'épée, Bedoutable aux maris par plus d'une équipée...

BANVILLE

Redoutable aux maris !

D'autant plus dangereux , Qu'il aime comme un fou, quand il est amoureux; Et le monde prétend qu'une femme jolie Ne peut voir sans pitié qu'on l'aime à la folie. On le plaint et ma foi... Qu'as-tu donc?

BANVILLE

Rien du tout.

BONNARD

La femme qui lui plaît le rencontre par-tout. Dans les jardins publies...

DANVILLE

Ah ! oui.

BONNARD

Dans les spectacles.

BANVILLE

Mais les maris sont là.

BONNARD

Bon! il rit des obstacles:

Quelquefois il fait mieux, il place les maris; Il les place très bien ; mais Dieu sait à quel prix ! Tu m'entends.

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