LA SOFIA BLOQUÉE DANS LE TASIUSARSOAK
Le retour de la Ctiravane jusqu'au Port de la Sofia s'effectua sans incident. Le 7 juillet, tous les hommes rentrèrent îi bord bien portants, quoique un peu fatigués. A leur arrivée, le navire était paré pour le départ.
Le journal du capitaine relate en ces termes les incidents des jours suivants :
ce Dimanche H juillet. — Suivant les ordres du baron Nordenskiôld, j'ai débarqué un nombre de rations suflisant pour la nourriture de dix hommes pendant quatorze jours, des vêlements de rechange, une tente et une baleinière; le tout est placé sous la garde de quelques indigènes qui doivent attendre le retour de la caravane. Après avoir exécuté le relevé hydrogra|)hique du Port de la Sofia, nous levâmes l'ancre a dix heures du soir [)our sortir du mouillage; nous reconnûmes alors que le Tasiusarsoak était com[)lètement obstrué par les glîices. La Sofia ne put se frayer un passage (;l fut arrêtée à minuit au milieu d'épais glaçons, entre lesquels s'étaient amoncelés des débris d'autres blocs très résistants. A une heure du matin je réussis à me dégager. Reconnaissant l'impossibilité de traverser cette banquise, je revins mouiller dans le Port de la Sofia pour attendre un changement dans l'état des glaces. Pendant notre excursion sur le glacier, la branche de V inlandsis qui débouche dans le fjord avait vêlé\ et les blocs qui s'en étaient détachés avaient formé cette banquise. A midi Vinlandsis vêla de nouveau, et le niveau de la mer s'éleva subitement dans le port d'environ 60 centimètres. Ces masses de glace fermaienl toute issue. Je n'avais jamais observé auparavant ce phénomène; peut-être également M. Nordenskiôld ignorait-il ses effets, car, s'il l'eût connu, il n'aurait certainement pas conduit la Sofia ici.
« Lundi 9 juillet. — A l'ancre dans le Port de la Sofia. Fraîche brise du sud-est et temps clair.
« Mardi 10 juillet. — Frîiîche brise du sud-est et temps clair. La
1 . On dit qu*un glacier vêle lorsque de son extrémité inférieure, qui débouche dans la mer ou dans un lac, des isbergs ou de gros morceaux de glace s'écroulent, ou loi'sque la pression de Teau les détache de la partie du glacier flottant à la surface de la mer ou du lac. Les isbergs de grande taille sont formés de cette dernière manière. Dans les deux cas le vêlage est accompagné de détonations et de grondements.
3!G LA SKCONDK EXPÉDITION AH (ÎHÔNLAM).
{flace semble devcMiir moins compacte, el une ouverture est visibJe dans celle des JKiies du Tasiusarsoak qui pénètre le plus loin dans rintérieur des UTies. Nous espérons être dégaj^és prochainement.
« Mercredi 1 Ijnillet. — Dans la nuit le {rlacier a de nouveau vêlé, et ce phénomène a [)rovo(jué au mouillage une nouvelle élévation du niveau de Teau de 0 à S pieds*. Cette crue a enlevé la baleinière confiée à la garde des Eskimos. Dans la journée rembarc^ilion est retrouvé** près de Viska)H\ pleine d'eau el a moitié désemparée. Son gouvernail (»t tout son armement ont disparu. Nous remorquons le canot dans le port, et le halons à une bonne distance de l'eau. Il est réparé en toute hàt(», et les rames sont rempLicées'.
ce A la suite du vêlage survenu dans la nuit, la glace qui obstrue le Tasiusarsoak est encore plus compacte (jue les jours précédents. Sur Vinlandsis éclatent souvent de violentes détonations et de longs roulements comme ceux du tonnerre. La masse de glace qui couvre la mer paraît s'être crevassée au milieu, et a été soulevée à une très grande hauteur*. 11 n'y a guei*e espoir de sortir de Timpasse où nous sommes enfermés.
« Jetidi 12 juillet. — Faible brise du sud-est. Temps clair. Aucun changement apparent dans la banquise. Si le navire doit rester ici plus longtemps, une grande partie des travaux de l'expiVIition ne pourront Mrc civérutés; il est donc néitessaire de faire une nouvelle lentativ(» pour forcer la banquise et sortir du ijord.
ce he Tasiusarsoak ne communicjue avec l'Aulaitsivikfjord que par un chenal très étroit que Ton peut passer à Tétale seulement, à c^iuse