ACTE m \n
MADAME DE LIRMAY^ avec une dignité suprême.
Oui^ je savais tout... Une malheureuse enfant^ confiée à notre protection, déshonorée près de moi, entre ma fille et mon fils, sous mon toit... Le foyer domestique souillé par celui qui devait en garder la pureté... Je savais tout... et je me suis tue, car des reproches auraient ouvert un abîme entre nous... J'ai voulu vous conserver le respect et la tendresse de vos enfants, et, dans C3t écroulement de mon bonheur, j'ai voulu que du moins la dignité du père restât debout.
LIRMAY.
Ah ! tu as dû me maudire !..
MADAME DE LIRMAY.
Je ne vous ai point maudit, je vous ai plaint de déchirer un cœur qui vous aimait ardemment... Vous voyant sans cesse éloigné, j'avais compris que vous étiez dominé par une funeste passion ; mais plaçant mes devoirs d'épouse et de mère au-dessus de mon repos, appelant à mon aide Dieu , ma conscience et ma raison, j'ai compris qu'il vient un jour où l'épouse ne peut plus être une amante, je me suis résignée... J'ai souffert et j'ai prié...
LIRMAY.
Ah! pauvre femme!
MADAME LIRMAY.
Je vous ai pardonné. Malgré les cruelles épreuves auxquelles il a plu à Dieu de me soumettre... je n'ai jamais douté de vous... Je savais que cette démence passerait et que votre cœur, épuré par les déceptions, me reviendrait plus digne... c'était là le secret de ma patience et l'aliment démon courage... Maintenant que cette douloureuse expérience est achevée, reprenez votre place de père et d'époux, et appuyez-vous sans crainte sur moi.
LIRMAY, ému, le visage baigné de larmes.
Ah! tu as été sublime de dévoueméïit, et je rougis... mais on t'a bien vengée, va... et cet indigne cœur a chèrement payé le mal qu'il t'a fait...
MADAME DE LIRMAY, s'oubUant^ le prend tout h coup dans ses
bras.
Tu es malheureux?...
L IRMA Y, reslc interdit, et lui prenant les mains avec transport.
Âli ! tiens, tu es un ange!... Tu t'oublies dans cette immense douleur pour pleurer sur moi...
MADAME DE LIRMAY , sublime de douleur.
J'avais pardonné, mais, devant ton malheur, j'oublie tout.
LIRMAY, éperdu.
Ah ! désormais, je veux vivre pour te rendre le bonheur... je serai digne de toi... mais soutiens mon courage, car ma force et ma vertu sont en toi. Je te le crie : Ëmmène-moi, j'ai peur de faiblir encore I... Sois sans pitié... arrache-moi d'ici!...
MADAME DE LIRMAY.
Ah î pauvre cœur brisé!...
LïRMAY.
N'écoute pas ce que je dis !... Annonce à les enfants que nous partons demain avec eux»., et nous ne reviendrons jamais si tu le veux.
MADAME DE LIRMAY.
Merci !. .. Va, je te défendrai maintenant*
ROBERT, entrant vivement.
Monsieur de Nareuil h..