ACTE IV
généreuses^ Tabnégation ; heureux^ tu as accepté ta part de mon malheur et tu ne m'as pas fait une question.
JULIEN
J'ai craint..
RENÉE
Tuas craint de me faire rougir.
JULIEN
Ah ! tu dois me mépriser I
JULIEN
Non, et quand le monde entier serait là pour t*accuser, je te défendrais. Je connais ton cœur^ tu étais née pour la vertu.
RENÉE
Oh oui ! je te le jure^ et je ressens autant d'étonnement que de honte en songeant à ce que j'ai fait. Je ne cherche pas à me justifier... mais je t'assure que j'ai vécu deux ans... sans avoir conscience de ma situation ; on avait si bien perverti mes idées sur le monde, et sur tout, que quand la réalité cruelle, implacable, s'est tout à coup dressée devant moi... il m'a fallu réfléchir... pour comprendre ce que j'étais devenue.
JULIEN
Pauvre Renée !
RENÉE
Tu me plains... je suis bien coupable, mais j'étais seule dans le monde, je n'avais pas de mère. L'esprit plein de ces rêves de liberté, d'indépendance que fait éclore l'esclavage d'un couvent... j'étais folle!... cette curiosité delà vie, ces désirs de bonheur qui nous viennent à vingt ans, tout m'attirait... Enfin, que te dirai-je... Ma faute est dans ce mot... Il m'a manqué une mère, une protection.
42a LA SECONDE JEUNESSE
JUtitÉH, Ylvemetil.
Tais-toi !... Car cette protection qui t'a manquée... je te la devais, moi.
RENÉE
Tu t'accuses ?
JULIEN
Oui, je m'accuse... J'aurais dû travailler au jour le jour, souffrir la misère et la faim près de toi, plutôt que de t'a bandonner. Mais je te voulais riche I... J'aurais dû prévoir les dangers auxquels t'exposaient ta jeunesse, ton isolement !... Mais je te voulais riche...
RENÉE
Pauvre Julien !.. Tu te condamnes pour m'absoudrè.
JULIEN
Je dis vrai... Tu m'étais léguée par ta mère, mon devoir était de te défendre, de veiller sur toi comme un père..« pardônne-moi de ne Ta voir pas fait.
RENÉE, avec effusion.
Mon ami, mon frère, te pardonner^ moi!*.. Âh ! tiens, en te voyant si bon... je pleure enfin sur mon malheur. (pieurani.)Tu ne me méprises pas?... Tu m'aimes encore?... Oh ! merci 1
JULIEN, gravement.
Renée \.. Je te rendrai le bonheur, dût-il m'en coûter la vie, je te le promets.
RENÉE
Le bonheur !... Ah I pauvre être dévoué, il n'en est plus pour moi, que dans ton amitié...
JULIEN
Pourtant, i.
ACTK IV 127
RENÉE^ avec découragement.
Tu ne peux pas effacer mes souvenirs.
JUJjIEN^ avec une grande hésitalion.
Mais... si celui... que tu aimes...
RENÉE^ vivement.
Julien... je t'en supplie!... ne me parle jamais de lui^ ni de ce passé odieux...
JULIEN
Mais... Renée...
RENÉE
Épargne^moi^ ne m'interroge pas..^ je ne puis rien te dire.
MADAME RENAUD^ entrant.
Monsieur ?
JULIEN
Que voulez-vous, madame ?
MADAME lîENAUD.
Excusez-moi. il y a là deuxmessieurs qui vous demandent.
JULIEN
Ah I faites-les entrer dans ma chambre.
MADAME RENAUD
Bon, (EUc sort).
Qu'est-ce donc?
JULIEN
Deux amis à qui j'ai donné rendez-vous. Je te quitte un instant.
RENÉE
Va... (Lui prenant la main.) Pardonnc-moi de garder mon secret.
i28 LÀ SECONDE JEUNESSE
JULIEN
Oui... je te pardonne... Pauvre fille !
(Il sort.)