SOLIPÈDES
Ecjuus J'osai lis, Ovven. Plus petit que le cheval ordinaire.
RUMINANTS
Cervus somonensis, Guv. Menchecourt, Saint-Roch.
(,) Esquisse géologie/ ne du département de la Somme.
INTRODUCTION. xcix
Ccrvus tarandus priscus , Guv. Menchecourt^. Bos priscus , Boj. Saint-Roch.
Bos primigenius , Boj. Menchecourt, Saint-Roch.
M. Ed. Lartet conteste la réalité de la découverte de YUrsus spelœus dans les graviers de Menchecourt. Suivant ce savant naturaliste, les ossements de cet ours n'ont jamais été recueillis jusqu'ici dans les graviers des anciens cours d'eau. Quoi qu'il en soit, on trouve, en outre, dans les sablières de la Somme, un grand nombre de coquilles terrestres ou d'eau douce. Ainsi, dans les sables de Saint-Acheul , on a découvert trente espèces de ces invertébrés. Ces espèces sont presque toutes les mêmes que celles qui ont été recueillies dans le bassin de la Seine, et dont il sera question dans la quatrième partie de cet ouvrage.
Les sables de Moulin-Quignon, qui sont à 3 7 mètres au-dessus de la mer, ont été probablement déposés dans les premiers temps de l'époque quaternaire. L'homme existait donc à celte époque reculée.
C'est surtout par la présence des silex taillés que l'existence de l'homme se révèle en Picardie. J'ai fait connaître ci-dessus la révolution scientifique qui a été la conséquence des découvertes de M. B. de Perthes (page lxxiv). Je dirai peu de chose des autres découvertes paléontologiques ; on verra, à la quatrième partie de cet ouvrage, que les terrains de transport du bassin de la Seine, surtout ceux de Paris, sont beaucoup plus riches; ce qui veut dire qu'ils ont été beaucoup plus exploités. On a donc pu, à Paris, étudier, sinon avec plus de soin, au moins avec plus de facilité qu'en Picardie, les terrains de transport et les richesses paléontologiques qu'ils renferment. C'est à ce point de vue que cet ouvrage peut offrir quelque intérêt.
Je l'ai divisé en quatre parties.
Dans la première, j'étudie les phénomènes qui ont donné au bassin de la Seine son relief actuel. Je fais voir par des faits, incontestables suivant moi, que ce relief est du à une action extrêmement violmir des cau\ courantes, et non aux actions lentes des agents atmosphériques, comme beaucoup de géologues l'admettent encore. Ce déluge a laissé, sur les plateaux et sur
(1) Suivant M. Lartet. lerennea vU- trouvé ai Sainl-Acheul.
c LA SEINE.
les terrasses qui bordent les vallées, un vaste manteau de limon ronge, parfois de larges plages de graviers; au fond des vallées, un long cordon de détritus de toutes les roches détruites.
Dans la deuxième, je fais voir que, pendant l'époque quaternaire ou l'âge de la pierre taillée, ce cordon des terrains de transport du fond des vallées a été remanié par d'immenses cours d'eau; je cherche à déterminer le régime de ces cours d'eau, leurs pentes, leur mode d'alluvionnement, surtout lorsqu'ils abaissaient le niveau de leur lit, fait qui est constaté partout. Je démontre que cet abaissement des lits est dû à la forte pente des vallées dans leurs parties supérieures, et au relèvement du continent dans les parties inférieures; qu'aucune invasion d'eau diluvienne ne peut être constatée dans le bassin de la Seine après le cataclysme qui lui a donné son premier modelé.
La troisième partie est consacrée spécialement à l'étude de l'époque où ces grands cours d'eau se sont transformés et sont devenus nos petits cours d'eau modernes. Cette époque de transition est caractérisée par l'invasion des tourbes. J'étudie spécialement la répartition des tourbes au fond des diverses vallées du bassin de la Seine. Le dernier lit des grands cours d'eau de l'âge de pierre a été comblé avec du limon et du gravier dans les terrains imperméables, avec de la tourbe dans les terrains perméables.
Les pluies étaient incomparablement plus grandes pendant l'époque quaternaire que de nos jours.
J'ai cherché, dans la quatrième partie, à étudier les faits paléontologiques. Je démontre que les terrains de transport véritablement diluviens ne peuvent renfermer qu'un 1res petit nombre de débris des victimes du déluge; que les ossements renfermés dans les graviers sont les restes d'animaux qui se sont noyés sur place, ou dont les cadavres, gonflés par les gaz, sont arrivés, en flottant, aux points d'alluvionnement ordinaires des cours d'eau qui ont succédé au déluge, c'est-à-dire dans les anses et sur la rive convexe des tournants; que les silex taillés recueillis dans les sablières n'ont jamais été transportés par les eaux.; qu'ils ont été travaillés sur place par les hommes de l'âge de pierre, dans les lieux où l'eau était relativement tranquille, c'est-à-dire aussi dans les anses et sur la rive convexe des tour-
INTRODUCTION. ci
nants. C'est pour cela que les silex taillés sont si communs dans les graviers siliceux, et si. rares dans les graviers calcaires. Je donne un résumé rapide des découvertes faites dans le bassin de la Seine, et je démontre que, pour la plupart, elles se rattachent à ces points d'alluvionnement.
L'abondance des pluies, dans les temps anciens, est aussi démontrée pai la paléontologie.
La plupart des auteurs prétendent qu'une dernière inondation générale, un déluge dû à la fonte des grands glaciers, a clos les temps quaternaires; que le limon rouge des plateaux a été déposé par ces eaux diluviennes. Je crois donner, dans le cours de cet ouvrage, des raisons solides pour repousser ce système. 11 n'y a pas eu d'invasion d'eau générale depuis la dernière convulsion des Alpes. La fonte des grands glaciers n'a produit aucun déluge de ce genre dans le bassin de la Seine.
Les coupes de l'alluvion des terrasses données par MM. de Mortillet et Favre ne laissent aucun doute sur ce point. Cette alluvion, qui repose sur la boue glaciaire, est bien certainement quaternaire, puisqu'elle renferme les restes du mammouth et du renne; elle est postérieure au terrain glaciaire, puisqu'elle repose sur ce terrain; elle a donc été produite par les torrents qui sortaient des glaciers lorsque ceux-ci se retiraient, puisqu'elle remonte jusqu'aux limites des plaines des grands lacs. Par conséquent , la fusion des grands glaciers n'a point été rapide; car, si les torrents qui en sont sortis avaient été assez considérables pour submerger la Belgique, le Hainaul, la Picardie et une partie du bassin de la Seine, ils n'auraient pas, dans les vallées suisses, laissé trace du terrain glaciaire et de l'alluvion ancienne sous-jacente. Cette fusion a certainement produit d'immenses cours d'eau, comme l'a démontré M. Collomb; mais ces cours d'eau ne se sont jamais élevés à la hauteur d'un déluge. L'alluvion des terrasses, remaniée ou transportée par eux, a jusqu'à i5 et -io mètres d'épaisseur en certains points. Cela annonce sans doute des rivières formidables, mais 1res analogues, si l'on tient compte de la différence des altitudes el des pentes, à celles qui existaient à la même époque dans le bassin de la Seine.
Il est à remarquer (pie la paléontologie quaternaire ne commence, pour la Suisse el la Savoie, qu'à cette époque de la fusion des glaciers, c'est-à-
on LA SEINE.
dire plus tard que dans le reste de l'Europe. L'éléphant et le renne suivaient les glaciers dans leur retraite. C'est ce qui résulte encore des observations de MM. Favre et de Mortillet.
En réalité, il n'y a eu, aux époques pliocène et quaternaire, dans le bassin de la Seine et dans les autres parties de l'Europe qui n'ont point été envahies par le boulder-clay, qu'un ou deux phénomènes diluviens qui se rattachent aux dernières convulsions des Alpes et qui ont déposé le limon des plateaux. Le surplus des terrains de transport a été, en grande partie, abandonné au fond des vallées par les mêmes courants diluviens; mais il a été remanié par les cours d'eau.
Je me garderai bien, dans l'ouvrage qui va suivre, d'émettre une opinion
que
l'époque quaternaire sur la durée de l'époque quaternaire; rien, jusqu'ici, n'indique quelle coinan été du longue durée;
le nom rationnel prenne une aussi longue série de siècles que les époques primaire, secon- ,ie l'histoire de ia terre (|aire et tertiaire , dont il a été fait mention, pages xxvi et suivantes.
Nous ne voyons pas que, depuis la dernière convulsion des Alpes jusqn à l'invasion des tourbes, il se soit accompli aucun de ces faits géologiques qui exigent un immense développement de temps ; la faune des animaux terrestres s'est très peu modifiée entre ces deux époques. A la vérité nous ne savons rien de la faune marine correspondante; les travaux remarquables des géologues anglais (p. xxvn et lvii) s'arrêtent naturellement aux terrains émergés, c'est-à-dire au terrain pliocène supérieur, le crag de Norwich. Mais il V a tout lieu de croire, d'après les recherches de M. l'ingénieur Delesse. que les terrains en voie de formation au fond des mers, depuis la fin de l'époque pliocène jusqu'à nos jours, n'ont pas pris encore un grand développement.
Il est donc assez probable que la faune marine n'a pas subi de grands changements pendant la période froide qui comprend toute l'époque quaternaire.
La modification subite de la faune terrestre, et probablement de la faune marine, qui a eu lieu vers l'époque de l'invasion des tourbes, lient, non pas à une révolution géologique, mais à une révolution météorologique, ce
INTRODUCTION. cm
qui est bien différent. Si la cause principale de l'extension des glaciers est, comme le supposent MM. Rives et Favre, l'immense évaporation qui a été la conséquence de l'émersion de la plupart des grandes chaînes de montagnes, pendant l'époque pliocène, les temps quaternaires correspondraient à une simple anomalie météorologique, dont la durée n'a peut-être pas été très grande. On ne pourrait tirer cette conclusion de l'état stationnairc de l'homme dans la voie de la civilisation; car, sous un ciel aussi inclément, il ne pouvait se livrer à l'agriculture, et l'agriculture seule met la race humaine dans la situation de tranquillité et de sécurité qu'exige le développement de son intelligence. Tant que l'homme compte sur la capture d'une proie pour vivre, la chasse devient son unique préoccupation, et il reste à l'état de chasseur sauvage.
On ne pourrait tirer la conclusion contraire du grand développement de la faune des mammifères. Quoique les vertébrés à sang chaud pullulent moins vite que les oiseaux et surtout que les vertébrés à sang froid et les invertébrés, on sait cependant avec quelle rapidité leur nombre augmente lorsqu'ils sont à l'état sauvage, dans des pays peu peuplés comme sont ceux où l'homme vil du produit de la chasse. Nous en avons un exemple dans l'Amérique du Sud, où les animaux importés, il y a quelques siècles à peine, par les Européens, se sont rapidement multipliés. Il ne serait donc pas étonnant que les éléphants, les rhinocéros, les grands bœufs, les chevaux , les cerfs et les rennes, eussent pullulé de la même manière pendant l'âge de pierre, quand même cette période de l'existence de la terre n'aurait pas été de longue durée.
Les phénomènes géologiques qui se sont accomplis dans ces temps anciens sont eux-mêmes peu importants; ils se bornent à quelques oscillations d'une faible amplitude du sol de l'Europe septentrionale et au relèvement liés lent des continents, que nous constatons encore de nos jours.
Il est donc difficile d'émettre une opinion sur la durée de l'époque quaternaire, et je crois que les calculs qu'on a faits sur ce point sont puremenl h\ pothétiques.
J'ai <lil . au commencement de celle Introduction (page wwii),
(lue le nom
en LA SEINE.
d'époque quaternaire me paraissait impropre; si tous les géologues étaient d'accord sur la dure'e de l'extension des glaciers, s'ils reconnaissaient quelle a commencé avant l'époque du soulèvement des marnes subapennines et s'est terminée au moment de l'invasion des tourbes, le nom à' époque glaciaire conviendrait bien mieux. Je suis convaincu que tous les hommes de science se rangeront peu à peu à cette opinion. 11 n'est pas logique d'assimiler aux grandes révolutions géologiques qui correspondent aux formations primaires, secondaires et tertiaires, la courte partie de l'histoire de la terre qu'on désigne aujourd'hui sous le nom à époque quaternaire.
Mais ma position de monographe ne me permet pas de proposer le changement d'un nom que tout le monde admet. Gela est d'autant plus difficile qu'aujourd'hui beaucoup de géologues adoptent l'idée d Àdhémar sur l'influence de la précession des équinoxes, et reconnaissent plusieurs époques glaciaires qui se reproduiraient périodiquement tous les treize mille ans. Il faut donc attendre ce qui doit sortir de cette idée, avant de proposer un changement de nom, qui deviendrait alors tout à fait nécessaire.
Je terminais cette Introduction, lorsque, le 2 1 décembre 1868, M. Julien lut à l'Académie des sciences et à la Société géologique un mémoire sur les traces de l'époque glaciaire constatées par lui en Auvergne. Je [(résidais ce jour-là la Société géologique, et les échantillons de blocs erratiques, striés et à angles vifs, qui furent mis sous nos yeux, ne permirent à personne d'émettre un doute sur leur mode de transport. Le travail de M. Julien a fait ressortir une date très importante. Suivant lui, il y a eu deux époques glaciaires dans le plateau central, et l'une de ces époques est bien ancienne, car. au-dessus dune des moraines qu'il a visitées, se trouvait un dépôt ossifère renfermant les restes de V éléphant méridional. Cette première époque glaciaire serait donc antérieure au relèvement des marnes bleues subapennines. du crag de Norwich des Anglais, etc.
A la suite de cette communication, M. l'ingénieur Dausse demanda la parole, et l'appela que, dans une séance précédente de la Société géologique, il avait donné des preuves de l'existence de deux époques glaciaires dans les Alpes. La première aurait laissé des blocs erratiques jusqu'à Lyon dans la vallée du Rhône, jusqu'à Turin dans celle du Pô. La seconde ne se serait pas
INTRODUCTION, étendue à plus de cent ou cent vingt kilomètres des sommets des Alpes. Entre les relais de ces deux époques glaciaires, on trouverait des traces d un passage extrêmement violent d'eaux diluviennes, qui auraient emporté la plus grande partie des moraines de la plus ancienne; les gros blocs, les blocs erratiques à angles vifs seraient seuls restés, tandis que les moraines de la plus récente seraient intactes.
M. Benoît prit ensuite la parole et exprima l'avis qu'une seule époque glaciaire avait eu lieu en Suisse.
Si l'opinion de M. Dausse, qui est également celle de deux géologues glacialistes très distingués, MM. Morlot et Martins, se confirme, il est bien probable que les deux époques glaciaires anciennes du plateau centrai et des Alpes sont contemporaines, et alors l'opinion de M. Elie de Beaumont sur la grande accumulation de neige et de glace qui existait sur les hautes montagnes, au moment de la dernière convulsion des Alpes, se trouverait complètement justifiée, et l'on comprendrait sans peine le phénomène diluvien qui aurait transporté Talluvion ancienne au delà des grands lacs «■! raviné le bassin de la Seine avant l'arrivée de l'éléphant méridional.
Je résumerai en peu de mots cette Introduction. Si les découvertes de M. le commandant Laussedal, de MM. les abbés Bourgeois et Delaunay se confirment, l'homme habitait déjà la terre aux derniers temps de i époque éocène; il a vécu pendant les époques miocène et pliocène, a <'!<' témoin des derniers soulèvements des Alpes, des Apennins, de l'Himalaya, etc., et, par conséquent, a été victime du déluge général qui a été la suite de ces convulsions.
Sa présence sur la terre après ces dernières révolutions ne peut plus être révoquée en doute : on a reconnu aujourd'hui des traces de son industrie dans toutes les parties du globe terrestre <>ù des explorations suffisantes oui été faites, cl notamment sur le rivage de la Méditerranée; il y vivail à I étal sauvage, n'ayant d'autres armes et d'autres iislnisile^ que <l<i> silex et des ossemeuls grossièrement taillés. En même temps, l'Europe était habitée par une faune nombreuse de mammifères, aujourd'hui on grande partie éteint» ou reléguée sous les zones torride <'l glaciale, <•! tous ces animaux, si étran-
cvi LA SEINE.
gement réunis, ont brusquement disparu des régions tempérées à l'époque
de l'invasion des tourbes.
Pendant le développement des glaciers, le nord de l'Europe et de l'Asie a éprouvé une oscillation, s'est abaissé au-dessous du niveau de la mer, a été envahi par les montagnes de glace tombées des glaciers de la Scandinavie, puis a repris son ancien niveau. Ce soulèvement lent paraît se continuer encore de nos jours.
Au moment de l'invasion des tourbes, de la fusion des grands glaciers, de la destruction des grands mammifères de l'âge de pierre, les restes des animaux domestiques commencent à se montrer dans les ruines des cités lacustres de la Suisse, dans les cavernes, dans la boue de nos rivières modernes. On y trouve aussi des tissus d'étoffes grossières, des amas de céréales, premiers indices de l'agriculture; les outils en pierre se polissent et sont eux-mêmes bientôt remplacés par des ustensiles en bronze; en un mot, la civilisation commence.
C'est la monographie de cette époque de l'histoire de la Seine, antérieure à l'époque des tourbes, qui fait l'objet de cet ouvrage.
LE BASSIN PARISIEN