Partie rectiligne, alluvions tantôt à droite, tantôt à gauche
Passe de droite à gauche, serre de près le coteau d'Elbeufà Oissel.
Passe de gauche à droite, serre de près les coteaux de Relheuf, Rouen, Dieppedalle.
Les points les plus élevés des caps d'alluvion désignés à la colonne n" h, aussi bien que les plaines de graviers traversées par le Meuve dans les parties rectilignes de la vallée, sont à une médiocre hauteur au-dessus du fleuve moderne; ils font partie de ce que j'appellerai les bas niveaux.
La loi d'hydraulique que j'ai formulée en tête de ce chapitre se vérilie donc sans exception dans les vingt-sept tournants que présente la vallée de la Seine entre Fontainebleau et Rouen; toujours le terrain de transport se trouve, comme la théorie l'indique, sur le coteau convexe au sommet de la courbe et un peu à l'aval; partout le fleuve moderne serre encore de près le coteau concave si
évidemment corrodé parle fleuve de l'âge de la pierre. Ces caps d'atterrissemenl n'ont donc pas été remaniés depuis l'époque où ils se sont formés dans l'âge de la pierre: les terrains de transport y sont encore dans l'état où ils se sont déposés dans ces temps anciens.
M n'en est pas de même dans les parties rectilignes, et rien ne prouve que le fleuve n'ait pas divagué à droite et à gauche de la position qu'il occupe encore aujourd'hui, remaniant ainsi les terrains de transport et détruisant les débris des corps flottants enfouis dans ces terrains.
Cette disposition des terrains de transport, si remarquable dans la vallée de la Seine, se retrouve dans les autres grandes vallées du bassin.
Ainsi la Marne moderne, en quittant les plaines de la Champagne, serpente sans loi apparente dans les terrains de transport de la partie rectiligne de la vallée, entre Épernay et Dormans. Mais, dès que la vallée devient sinueuse, le cap d'alluvion se dessine à la pointe du coteau convexe, et la rivière moderne serre de près le coteau concave de chaque tournant. Ces dispositions se vérifient sans exception à toutes les courbes de la vallée à partir de Dormans, notamment à Passy-sur- Marne , Jaulgonne, Chartèves, Château-Thierry, Nogent-l'Artaud, Pisseloup, Nanteuil, Méry, Saint-Aulle, la Ferté, Changis, Germigny, Vareddes, Trilport, Yillenoy, Charmentray, Jablines, Dampmard, Nogent-sur-Marne, la Varenne- Saint-Maur. Il y a cependant quelques exceptions lorsque la saillie convexe du tournant est très longue et très mince, comme à Chézy-i'Abbaye et à Meaux; il est clair qu'en pareil cas le cap d'alluvion n'a pu se former à l'extrémité de celle pointe aiguë.
Les fosses dont la réunion forme la vallée d'Oise, entre les plaines de la Champagne et Creil (7), sont tellement larges que la rivière moderne y serpente sans règle apparente; mais, lorsque la vallée se resserre dans les terrains plus fermes du calcaire grossier, la loi des tournants se vérifie partout, notamment à Saint- Leu, Précy-sur-Oise, Bruyère, Beaumont, Champagne, l'IsIe-Adam, Pontoise. Éragny, Vauréal et Conflans.
La colonne n" h du tableau qui précède l'ait connaître les plages de gravier où se trouvent les ossements de mammifères des bas niveaux de la vallée de la Seine en aval de Paris.
Dans toutes les localités où ces graviers ont été exploités sur une large échelle, à Grenelle, à Levallois, au Pecq, de nombreuses découvertes ont été faites. Mais, on le comprend sans peine, lorsqu'on s'éloigne de Paris, ces plaines de graviers ont été bien peu fouillées, et, par conséquent, les découvertes d'ossements fossiles y sont rares. Comme Ta fait remarquer sir Ch. Lyell, l'étude «les terrains quaternaires est intimement liée à l'exploitation i\rs sablières. Celle étude est donc encore peu avancée; il faut suivre patiemment ces lentes exploitations et enregistrer tous les faits, au moment même où le coup de pioche les met en évidence,
ou son rapporter à la probité de l'ouvrier qui a recueilli les ossements; car il est bien rare que l'explorateur mette lui-même la main sur une pièce précieuse.
Il n'en est pas de même dans les terrains stratifiés, marins ou lacustres; en général, les fossiles caractéristiques y sont beaucoup plus nombreux, et toutes les tranchées mettent la faune à découvert, non seulement au moment de l'exécution du travail, mais encore longtemps après.
inOiR-ncè .ks anses 2'2. Les anses ou échancru res des rives déterminent également le dépôt des " alluvions et des corps flottants. C'est encore un fait dont tout le monde a le sentiment. On sait, d'après les expériences de Dubuat et de Venturi, que tout obstacle latéral à l'écoulement de l'eau détermine des tournoiements.
et Toute saillie ou renfoncement brusque dans le fond du lit ou sur les rives rr donne lieu à des tournoiements, à des alïbuillements et à des atterrissements. r:Ces effets ont d'autant plus d'intensité que la vitesse est plus grande.
rr Toute anse tranquille, toute entrée de canal sans courant dans une rivière cr rapide, est l'occasion d'une dépression, d'un tournoiement ou d'un remous, et rrd'un atterrissement dans la partie rentrante; le tournant cylindrique ou conique ca un axe de rotation vertical; l'eau de la rivière y passe et y dépose les troubles cr qu'elle charrie^. •>•>
Les anses, dans les grandes vallées du bassin de la Seine, ont une position presque aussi bien déterminée que les caps d'alluvion des tournants dont nous venons de parler.
Lorsqu'une vallée est orientée du sud-est au nord-ouest ou s'écarte peu de cette orientation, le nombre des anses n'est pas considérable; mais, lorsque la vallée fait un angle prononcé avec cette direction, elle a été creusée par tourbillonnements et se compose d'une série de grands cirques (7). De là des anses nombreuses très favorables au dépôt des alluvions et des corps flottants. Telle est, par exemple, la vallée de la Marne entre Lizy-sur-Ourcq et Paris; et c'est à cette disposition qu'il faut attribuer le creusement des anses de Congis, Vareddes, Crégy, Fresnes, Pomponne, Brou, Chelles, Gagny, Rosny, Joinville-le-Pont, Montreuil.
La vallée de l'Oise, entre les plaines de la Champagne et la Seine, a été creusée dans les mêmes conditions : aussi se compose-t-elle d'une série d'anses qui se touchent pour ainsi dire; souvent même elles sont trop grandes pour que les dépôts d'alluvions aient pu s'étendre jusqu'au pied des coteaux. Telles sont, par exemple, les anses de Chevrières en face de Verberie, de Sacy-le-Grand en face de Pont-Sainte-Maxence, etc.
On trouve encore, outre ces grands cirques qui sont le résultat du mode de creusement des vallées, d'autres anses dans des conditions diverses, notamment
' Minaret, Cours de construction, p. 3o-3i.
aux confluents de toutes les vallées secondaires. En pareil cas, le dépôt d'alluvion se forme habituellement entre les deux cours d'eau, si l'affluent est considérable; les deux courants se repoussent mutuellement, l'un à droite, l'autre à gauche. H existe entre les deux, à peu près comme à l'aval d'une pile d'un pont, des eaux tranquilles dans lesquelles les sables et les corps flottants sont apportés par tourbillonnement, et il s'y forme un cap de terrain de transport, absolument comme sur la rive convexe des tournants.
Si l'affluent est petit, il ne modifie en rien les dispositions du lit du cours d'eau principal, dont l'alluvion rejette le lit secondaire vers l'aval. En temps de crue, les eaux de débordement refoulent le ruisseau et déterminent d'abondants dépôts de limon clans la vallée secondaire.
C'est surtout à l'origine de Yâge de la pierre que les anses ont joué un grand rôle dans le dépôt des alluvions et des corps flottants. Les lits des cours d'eau étaient alors mal dessinés; ils occupaient tout le fond des vallées, qu'il fût large ou étroit, et pénétraient dans toutes les érosions et échancrures des coteaux produites par les actions diluviennes.
Ces premiers lits étaient beaucoup plus élevés que les lits des cours d'eau modernes. Dans le travail d'abaissement, les graviers de ces hauts niveaux ont été presque entièrement emportés; ce qui en reste encore a été conservé surtout dans les anses, qui, par leurs dispositions, sont naturellement à l'abri de la violence des courants. On en trouve aussi quelques lambeaux sur les caps des tournants. Comme exemples de dépôts dans les anses, nous citerons, à Paris, les graviers des hauts niveaux de la plaine de Vincennes et de Montreuil, déposés dans l'anse comprise entre la pointe du cap sur lequel s'élève le fort de Nogent et le promontoire de Fontarabie, près de Charonne; en face, sur la rive gauche et à la même altitude, les sablières de l'anse de Vitry, ainsi que les graviers des bas niveaux du Marais, des quartiers bas de la rive droite à Paris, déposés dans l'anse comprise entre la pointe du cap Mazas et Chaillot.
On a figuré sur une carte de Paris (planche n° 3) les lambeaux des graviers des hauts niveaux, le cordon continu des terrains de transport des bas niveaux dans la traversée de Paris, les sablières en exploitation clans les graviers de l'anse de Montreuil, les graviers de l'anse de Paris, les caps d'alluvion du Champ de Mars et du bois de Boulogne, ainsi que le sillon du fleuve moderne. Ce sillon serre de près le coteau concave du tournant du Champ de Mars, entre Chaillot et le Point-du-Jour, laissant les terrains de transport sur la rive gauche; ensuite il traverse ces terrains de droite à gauche entre le Point-du-Jour cl le bas Meudon, pour aller se coller contre le coteau concave du tournant du bois de Boulogne, entre le bas Meudon et Clichy, laissant les terrains de transport à droite. La figure dont il s'agit est donc une véritable démonstration.