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GRAND SALON DE RÉCEPTION — CHATEAU DE COMPÏÈGNE

Coypel dans une série de compositions spirituelles, des Granet, des Gros, des Oudry, des Natoire, plusieurs Van dcr Meulen, un Bon

L’OISE

Boullongne... On ne peut que s’extasier au coloris éclatant des tapisseries des Gobelins et de Beauvais, choisies parmi les meilleures du

garde-meuble, qui représentent l'histoire d’Esther, d’après les dessins de Coypel, et les fables de la Fontaine, d’après Oudry; aux plafonds reluisent des mythologies de Girodet.

Une salle de spectacle, commandée par Napoléon III, demeure inachevée ; elle a coûté des millions ; tout ce faste paraît bien superflu.

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Coûteux parasite, le château de Louis XV n’est plus une résidence, n'est pas un musée; rendez-vous de chasses et séjour de fêtes, il attend le retour du prince qui lui rendra les unes et les autres. On lui préfère le parc, adorable, surtout si l’on y pénètre par la porte féodale de Charles le Chauve, près du quai de l’Oise ; ouvrant des allées solitaires, ténébreuses, embaumées. Il est exquis d’aller par un franc soleil, à petit pas, un livre à la main, sous la large voûte obscure et parfumée du berceau en fe)\ jusqu’au perron du Palais, blanc comme l’albâtre, assoupi, comme un féerique château de Belle au Bois dormant.

A Beauvais, maintenant. Mais, au moment de partir, un scrupule nous retient : ne laissons-nous rien derrière nous? Si fait : nous laissons Noyon, dont Mérimée a décrit la cathédrale. Quelle omission ! Quel regret! Bevenons vite sur nos pas. Nous nous arrêterons en route à visiter les bâtiments intacts de l’abbaye cistercienne d'Ourscamps, dont une filature respecte le beau caractère, et nous entrerons, par un gracieux jardin public, dans une paisible cité du seizième siècle. Combien, à Noyon, de maisons de la Benaissance, voire du moyen âge, bordant de vieilles rues proprettes, où l’on s’entend marcher! L’hôtel de ville, sur la plus grande place, étale une façade brunie, diminuée fâcheusement, mais fouillée, ciselée par les mains délicates des contemporains de Germain Pilon. En face, une fontaine ambitieuse du temps de Louis XV s’effrite tout doucement. Nulle industrie, point de bruit : un silence ecclésiastique. Dans cette imperturbable tranquillité, la cathédrale prend une ampleur, une majesté superbes. C’est un grand édifice du douzième siècle dessiné en croix latine, avec un portail énorme et plusieurs façades élégantes et simples. Aux nefs s’appuient de curieuses constructions du treizième et du seizième siècle : une salle capitulaire, les restes d’un cloître, la salle du trésor, deux chapelles et une longue galerie de bois, qui fut la librairie des chanoines. L’intérieur est vaste, lumineux, imposant. Peu de sanctuaires sont aussi bien disposés pour agir sur les âmes ; cependant Calvin, l’un de ses lévites, lui fut infidèle.

Vers Beauvais. — Pont Saint-Maxence, Creil, Nogent-les-Vierges,

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Mouy... Des bourgades poudreuses, d’immenses carrières de pierres à bâtir dans un pays de craie. Çà et là de brillant châteaux : Liancourt, Cires-les-Mello, Mouchys. Tâchez d’arriver à Beauvais, aux environs du 27 juin. Et pourquoi? Parce que la ville, en préparatifs de fête, aura peut-être le don de vous plaire. Depuis l’an 1472, où, assiégée par Charles le Téméraire, elle se défendit avec un merveilleux courage, elle a coutume de célébrer l’anniversaire de ce mémorable événement, le dimanche le plus rapproché du 27 juin, par une procession originale, dite de Sainte- Andragême. Des salves d’artillerie, tirées par les jeunes filles, annoncent, accompagnent la procession.

Aux sons de cette musique singulièrement martiale, les femmes s’avancent, portant des oriflammes, des bannières, et précédant les hommes, pour leur avoir jadis donné l’exemple du courage. Jeanne Laisné, surnommée Jeanne lia' chette, est naturellement la reine de la cérémonie ; une dame de Beauvais a l’honneur de représenter l’héroïne, qui, à la tète de ses compagnes, repoussa les Bourguignons de l’enceinte et leur

ravit même un étendard, suspendu encore à l’hôtel de ville.

En temps ordinaire, Beauvais paraît assez effacé ; est-ce l’effet des rudes assauts et pillages qu’il a subis? Ville d’églises et d’abbayes, il devrait posséder plus d’un grand édifice religieux, mais les Normands l’ont saccagé, les Jacques l’ont dévasté, les Anglais l’ont brûlé. Il ne s’est point relevé de tant de désastres.

La cathédrale même est un magnifique témoignage des terribles épreuves qui suspendirent le développement de la ville. Commencée en 1225, sur un plan grandiose, elle reste à jamais inachevée; ses deux portails, dentelles de pierre d’une incroyable richesse.

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et le chœur, aux voûtes prodigieusement élevées, montreut ce qu'elle devait être. Nulle construction plus hardie, plus vaste, plus brillante, ni plus incomplète; c’est une moitié de chefd’œuvre. De rares vitraux, des tapisseries, voilent un peu la nudité des murs. Si les artistes s’intéressent à la statue du cardinal

CATHÉDRALE DE BEAOVAIS

de Forbin-Janson, œuvre de Coustou, les érudits déchiffrent les légendes explicatives de l’histoire du prince troyen Francus, représentée dans les vieilles tapisseries, et les esprits ingénieux cherchent à comprendre le mécanisme d’une horloge astronomique, dont les quatre-vingt-dix mille mouvements marquent avec précision les évolutions des astres et toutes les périodicités terrestres relatées dans les almanachs.

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L’ancien évêché, transformé en palais de justice, a été construit au quinzième siècle; deux grosses tours en commandent l’entrée ; bien qu’un peu lourde, sa façade est d’un bon style. Saint-Etienne, intéressante par son ancienneté, renferme le tombeau du spirituel peintre Oudry, mort en 1755. La statue de Jeanne Hachette se dresse au milieu de la place démesurée de l’Hotel-de-Ville. Nous avons tout

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