DE LA TENDANCE DES VARIÉTÉS A S’ÉCARTER
ressources pour vivre et se multiplier, que leur existence môme dépend de l’homme.
Que l'hypothèse ici présentée diffère beaucoup de celle de t.amarcW.
Lamarck avait supposé que les changements progressifs des espèces avaient été produits par les efforts des animaux pour développer leurs organes et modifier par là leur structure et leurs habitudes. Cette hypothèse a été facilement et à plusieurs reprises réfutée par tous les écrivains qui ont traité de ce sujet, et ils paraissent avoir cru que, cela fait, la question tout entière était résolue; mais les vues que nous présentons rendent cette hypothèse inutile, en montrant que les résultats eu question doivent être produits par l’action de principes constamment agissants dans la nature. Les puissants ongles rétractiles des oiseaux de proie et des races félines n’ont pas été produits ou accrus par un acte volontaire de ces animaux; mais, parmi les variétés nées des formes anciennes et inférieures de ces groupes, celles qui avaient les plus grandes facilités pour saisir leur proie, survivaient le plus longtemps. La girafe n’a pas non plus acquis son long cou en l’étendant constamment dans le but d'atteindre les branches des arbres élevés, mais simplement parce que toute variété douée d’un cou exceptionnellement long, a pu trouver un supplément de nourriture au-dessus des branches mangées par ses compagnes, et leur survivre en temps de disette. Les couleurs de certains animaux, surtout des insectes, si parfaitement semblables au sol,
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aux feuilles OU à l’écorce qu’ils habitent, s’expliquent de la même manière; car, quoique dans le cours des âges les couleurs aient pu varier, les races que leur nuance dérobait le mieux à la vue de leurs ennemis ont dù survivre. La même cause rend compte de l’équilihre si souvent observé dans la nature : l’insuftisance de certains organes est compensée par le développement de certains autres : des ailes puissantes, parexemple, accompagnant des jambes faibles, ou une grande vélocité remplaçant le défaut d’armes défensives; car nousavons montré que les variétés chez lesquelles existerait un défaut sans compensation ne pourraient subsister longtemps.
L’action de ce principe est exactement celle du régulateur centrifuge d’une machine à vapeur, qui arrête et corrige les irrégularités presque avant qu’elles se manifestent ; de même, dans le règne animal, aucun défaut sans correctif ne peut devenir considérable, parce qu’il rend dès son origine l’existence difficile et une extinction rapide presque certaine. L’explication que nous proposons, rend compte aussi du caractère particulier des modifications de forme et de structure chez les êtres organisés : nous voulons dire les nombreuses lignes de divergence d’un type commun, la puissance croissante d’un organe spécial chez une succession d’espèces alliées et la persistance étonnante de certaines parties peu importantes, comme la couleur, la texture du poil ou du plumage, la forme des cornes ou des crêtes, dans des séries d’espèces dont les caractères essentiels sont très-difTérents. Elle donne aussi une
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