A L'HOMME
J'ai cherché, dans tout le cours de cet ouvrage, h montrer que les lois connues de variation, de multiplication et d'hérédité, dont les conséquences sont la lutte pour l'existence et la survivance des plus aptes, ont probablement suffi pour produire toutes les variétés de structure, toutes les merveilleuses adaptations, toutes les splendeurs de couleur et de forme que nous remarquons, soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal. J'ai répondu autant qu'il m'a été possible aux objections les plus naturelles et les plus souvent répétées ; et j'ai, je l'espère, accru la certitude de cette théorie, en montrant comment les phénomènes delà couleur, sur lesquels s'appuient surtout les défenseurs des créations spéciales, peuvent être expliqués, dans presque toutes leurs modifications, par l'influence combinée de la sélection sexuelle et du besoin de protection. J'ai aussi essayé de montrer comment la même force qui a modifié les animaux a agi sur l'homme, et je crois avoir prouvé qu'aussitôt que son intelligence, en se développant, eut dépassé un certain niveau inférieur, ce progrès rendant inutiles les modifications de son corps, celui-ci a dû
cesser d'être matériellement affecté par la sélection naturelle.
Je vais donc probablement causer quelque surprise à mes lecteurs, en disant que, selon moi, ces principes dont je suis lardent défenseur, ne suffisent pas à rendre compte de tous les phénomènes naturels : car je vais moi-même faire des objections et tracer des limites à la puissance de la sélection naturelle.
Je crois en effet que, aussi sûrement que nous pouvons reconnaître l'action des lois naturelles dans le développement des formes organiques, et concevoir clairement que des connaissances plus étendues nous permettraient de suivre pas à pas la marche de ce développement, aussi sûrement nous pouvons reconnaître l'action d'une loi plus élevée, indépendante des autres lois à nous connues, et les dépassant de beaucoup. Nous la voyons plus ou moins distinctement à l'œuvre dans un grand nombre de phénomènes, dont les deux plus importants sont l'origine de la perception ou du sens intime, et la manière dont l'homme est sorti d'un type animal inférieur. Je m'occuperai d'abord de la seconde question, comme se rapportant plus immédiatement aux sujets traités dans ce volume.
Ce que la sélection naturelle ne peut pas faire.
Quand nous considérons la question du développement de l'homme par les lois naturelles connues, nous devons avoir sans cesse présent à l'esprit le grand prin-
cipe de la sélection naturelle et de la théorie générale de l'évolution, savoir, qu'aucun changement de forme ou de structure, aucun accroissement dans la dimension ou la complication d'un organe, aucun progrès dans la spécialisation ou dans la division du travail physiologique, ne peut se produire s'il ne concourt au bien de l'être ainsi modifié. M. Darwin lui-môme a pris soin de nous pénétrer de cette idée, que la sélection naturelle ne peut pas produire la perfection absolue, mais seulement une perfection relative; elle ne peut placer aucun être beaucoup en avant de ses semblables, mais seulement autant qu'il le faut pour lui permettre de leur survivre dans la lutte pour l'existence. Elle peut bien moins encore produire des modifications qui seraient nuisibles à l'individu ainsi affecté, et M. Darwin va jusqu'à répéler, à plusieurs reprises, qu'un seul cas de ce genre serait fatal à sa théorie. Si donc nous trouvons chez l'homme des caractères quelconques qui, autant que nous pouvons le prouver, ont dû lui être nuisibles lors de leur première apparition, il sera évident qu'ils n'ont pas pu être produits par la sélection naturelle. 11 en serait de même du développement spécial d'un organe si ce développement était, ou simplement inutile, ou exagéré par rapport à son utilité. De semblables exemples prouveraient qu'une autre loi ou une autre force que la sélection naturelle a dû entrer en jeu. Mais, si nous pouvions apercevoir que ces modifications, bien qu'inutiles ou nuisibles à l'origine, sont devenues de la plus haute ulilité beaucoup plus tard et sont maintenant essentielles à l'achèvement du
développement moral et intellectuel de l'homme, nous serions amenés à reconnaître une action intelligente prévoyant et préparant l'avenir, aussi sûrement que nous le faisons quand nous voyons l'éleveur entreprendre une amélioration déterminée d'une race d'animaux
domestiques ou d'une plante cultivée. Je ferai d'ailleurs remarquer que cette étude est tout aussi légitime et tout aussi scientifique que celle même de l'origine des espèces. C'est une tentative de solution du problème inverse. Il s'agit de découvrir une force nouvelle, bien définie, pour rendre compte de phénomènes qui, d'après la théorie de la sélection naturelle, ne devraient pas avoir lieu. Ce genre de problèmes n'est pas inconnu à la science, et leur recherche a souvent conduit aux plus brillants résultats. En ce qui concerne l'homme, il existe des faits de la nature de ceux auxquels je fais allusion, et je crois qu'en appelant l'attention de ce côté et en recherchant leur cause, je reste dans les bornes de l'investigation scientifique aussi strictement que dans aucune autre portion de mon ouvrage.
Que le cerveau du sauvage est plus grand que cela n'est nécessaire.
Que la dimension du cerveau est un élément important de la force intellectuelle. — Il est universellement admis que le cerveau est l'organe de l'intelligence, et l'on reconnaît avec presque autant d'unanimité, que sa dimension est l'un des plus importants entre les élé-
ments qui déterminent la capacité intellectuelle. Il paraît indubitable que les cerveaux offrent des différences de qualité considérables, différences indiquées par le degré de complication des circonvolutions, par l'abondance de la substance grise, et peut-être par d'autres particularités encore inconnues; mais ces différences de qualité semblent simplement accroître ou diminuer l'influence de la quantité, et non pas la neutraliser. C'est ainsi que tous les écrivains modernes les plus éminents voient une connexion intime entre la dimension trèsréduite du cerveau chez les races inférieures, et leur faiblesse intellectuelle. Les collections du D r J. B. Davis et du D r Morton donnent les chiffres suivants comme capacité moyenne du crâne chez les principales races humaines :
Famille Teutonique 94 pouces cubes.
Esquimaux 91
Nègres 85
Australiens 82
Tasmaniens 82
nushmen 78
Les derniers chiffres sont toutefois déduits d'un nombre de spécimens relativement petit et peuvent être au-dessous de la moyenne ; de même nous trouvons un petit nombre de crânes finnois et cosaques donnant comme moyenne 98 pouces cubes, soit sensiblement plus que la race germanique. Il est donc évident que le volume absolu du cerveau n'est pas nécessairement beaucoup moindre chez le sauvage que chez l'homme civilisé , d'autant plus que nous
connaissons des crânes d'Esquimaux mesurant 1 1 3 pouces cubes, soit presque autant que les plus grands crânes d'Européens. Mais, ce qui est plus curieux encore, c'est que les quelques débris aujourd'hui connus de l'homme préhistorique n'indiquent aucune augmentation appréciable de la cavité cérébrale depuis ces temps reculés. Un crâne suisse de l'âge de la pierre, trouvé dans les palafittes de Meilen, correspond exactement à celui d'un jeune Suisse d'aujourd'hui. La circonférence du fameux crâne du Néanderthal était au-dessus de la moyenne, et sa capacité, indiquant le volume du cerveau lui-même, était de 75 pouces cubes, ou à peu de chose près, la moyenne des crânes actuels en Australie. Le crâne d'Engis, peut-être le plus ancien aujourd'hui connu, et qui d'après sir John Lubbock, « fut incontestablement contemporain du mammouth et de l'ours des cavernes, » est cependant, selon le professeur Huxley, « un crâne d'une bonne moyenne, qui pourrait avoir appartenu à un penseur, ou avoir contenu le cerveau inintelligent d'un sauvage». Le professeur Paul Broca dit en parlant des hommes des cavernes des Eyzies qui furent certainement contemporains du renne dans le midi de la France : « La « grande capacité du cerveau, le développement de la « région frontale, la belle forme elliptique de la partie « antérieure du profil du crâne, sont des caractères in- « contestables de supériorité, tels que nous sommes ha- « bitués à les trouver chez les races civilisées» (Mémoire lu au Congrès d'archéologie préhistorique, 1868) ; et cependant la grande largeur de la face, l'énorme déve-
loppement de la branche ascendante de la mâchoire inférieure, l'étendue et la rugosité des surfaces d'attache des muscles, surtout des masticateurs, et le développement extraordinaire de l'arête du fémur, indiquent une immense force musculaire, et des mœurs sauvages et brutales.
Ces faits pourraient presque nous faire douter que la dimension du cerveau soit en elle-même un indice de force intellectuelle, si nous n'en avions pas la preuve la plus claire dans ce fait, que tout Européen mâle et adulte, dont le crâne ne mesure pas dix-neuf pouces de circonférence, et dont le cerveau n'atteint pas soixantecinq pouces cubes, est invariablement idiot. Si nous ajoutons à ceci cet autre fait non moins certain, que les grands hommes, ceux qui combinent la finesse des perceptions avec la puissance de réflexion, la vigueur des passions, et l'énergie du caractère, comme Napoléon, Cuvier ou O'Connell, ont tous la tête plus grosse que la moyenne, nous devons tenir pour évident le fait que le volume du cerveau est l'une des mesures de l'intelligence, et peut-être la principale.
Dans ce cas, nous ne pouvons pas n'être pas frappés de l'anomalie apparente que présentent beaucoup do sauvages très-inférieurs, dont le cerveau est aussi considérable que celui de la moyenne des Européens, et cela fait naître en nous l'idée d'un excédant de force, d'un instrument trop parfait pour les besoins de son possesseur.
Comparaison du cerveau de 1 homme avec celui des singes anthropoïdes. — Afin de découvrir si cette no-
tion a quelque fondement, comparons le cefVeau de l'homme à celui des animaux. L'orang-outang mâle et adulte est tout aussi gros qu'un homme de petite taille, tandis que le gorille est considérablement au-dessus de la moyenne des hommes, au moins comme corpulence et comme poids. Cependant, le cerveau de l'orang ne mesure que 28 pouces cubes, et celui du gorille 30, le plus grand spécimen connu va jusqu'à 34 1/2. Nous avons vu que si l'on se base sur les moyennes, la capacité crânienne des races sauvages les plus voisines de la brute, n'est probablement pas moins des 5/6 de celle des races civilisées les plus élevées, tandis que celle des singes anthropoïdes n'atteint que le tiers tout au plus de celle de l'homme; ces proportions seront peut-être rendues plus claires si l'on dit que : la capacité crânienne de l'Européen étant 32, celle du sauvage sera 26 et celle du singe 10. Mais ces chiffres nous donnent-ils une idée approximative de l'intelligence relative de ces trois groupes ? Le sauvage est-il réellement aussi voisin du savant et aussi éloigné du singe que ceci le donnerait à penser? Il ne nous faut pas oublier, d'ailleurs, que les têtes des sauvages sont de dimensions très-variées, presque autant que celles des hommes civilisés. Ainsi, tandis que le plus grand crâne germanique de la collection du D r Davis mesure 112,4 pouces cubes, un crâne Araucanien mesure 1 15,5, un Esquimau 113,1, un indigène des Marquises U0,6, un Nègre 105,8, et môme un Australien 1^04,5. Il n'est donc pas absurde de comparer le sauv vage, soit avec l'Européen le plus parfait, soit avec le
chimpanzé, le gorille et l'orang, et de voir s'il existe une relation proportionnelle entre le cerveau et l'intelligence.
Étendue des facultés intellectuelles de f homme. — Il nous faut tout d'abord considérer de quoi est capable cet admirable instrument, le cerveau, arrivé à son plus haut point de développement. M. Galton, dans son remarquable ouvrage sur Y Hérédité du talent (1), fait remarquer l'énorme différence qui existe entre la puissance et la portée intellectuelle d'un savant ou d'un mathématicien exercé, et la capacité moyenne des Anglais. Le nombre des points obtenus par les lauréats en mathématiques dans les universités anglaises, est souvent plus de trente fois supérieur à celui des derniers candidats couronnés, qui sont cependant encore dans la bonne moyenne; et des examinateurs expérimentés disent que cette différence ne donne pas même la mesure exacte de celle qui existe dans les facultés des individus. Si nous descendons maintenant jusqu'aux tribus sauvages qui ne savent compter que jusqu'à trois ou à cinq, et sont incapables d'additiouner ç 2 et 3 sans avoir les objets devant les yeux, nous trouvons entre eux et un bon mathématicien une différence telle, que la proportion de un à mille l'exprimerait à peine. Nous savons cependant que le volume du cerveau pourrait être le même dans les deux cas ou ne différer que dans la proportion de 5 à 6, d'où nous pouvons conclure avec quelque raison que
(I) Gallon, Bcrcdil try Genius» Londres, ISG9.
le sauvage possède un cerveau, qui, s'il est cultivé, est capable de remplir des fonctions très-supérieures en espèce et en degré à celles qui sont exigées de lui.
Considérons ensuite le pouvoir que possède l'homme civilisé égal ou supérieur à la moyenne, de concevoir des idées abstraites et de suivre des raisonnements plus ou moins complexes ; nos langages sont remplis d'expressions abstraites; nos affaires et nos plaisirs exigent la prévision continuelle d'un grand nombre de possibilités; nos lois, notre gouvernement, notre science, nous obligent sans cesse à raisonner sur des séries compliquées de faits pour arriver au résultat cherché; même nos jeux, les échecs, par exemple, nous forcent à exercer à un haut degré toutes nos facultés. Comparez avec cela l'homme sauvage, avec son langage qui ne possède aucun terme applicable aux conceptions abstraites; avec son manque absolu de prévoyance pour tout ce qui dépasse les nécessités les plus élémentaires, son incapacité de comparer, de combiner, ou de raisonner sur les généralités qui ne tombent pas immédiatement sous ses sens. De môme, le sauvage ne possède, dans ses facultés morales et esthétiques, aucun de ces sentiments de sympathie universelle, de ces conceptions de l'infini, du bien, du beau et du sublime, qui occupent une si grande place dans la vie de l'homme civilisé. Leur développement lui serait, au fond, inutile ou même nuisible, puisqu'elles amoindriraient en quelque degré la prépondérance des facultés animales et perceptives- dont dépend souvent
son existence, dans la lutte acharnée qu'il soutient contre la nature et contre ses semblables. Cependant les rudiments de ces facultés et de ces sentiments existent sans doute en lui, puisque les unes ou les autres se manifestent quelquefois dans des cas exceptionnels ou des circonstances extraordinaires. Quelques tribus, par exemple, comme celle des Santals, sont connues pour un amour de la vérité aussi vif que l'éprouvent les plus moraux d'entre nous. L'Indou et le Polynésien ont un sens artistique remarquable, et les premières traces de ce sens sont clairement visibles dans les dessins grossiers des hommes paléolithiques, contemporains du renne et du mammouth en France. On voit quelquefois, chez les races les plus sauvages, des exemples d'amitié dévouée, de vraie reconnaissance, et d'un profond sentiment religieux.
Nous pouvons, je crois, tirer de ces faits la conclusion que l'infériorité du sauvage que nous avons constatée relativement aux mathématiques, se montre dans tout son développement moral et intellectuel ; mais en revanche, puisque toutes ces facultés se manifestent chez lui occasionnellement, nous pouvons conclure qu'elles existent à l'état latent, et que la grandeur de son cerveau dépasse de beaucoup ses besoins dans son état actuel.
L intelligence des sauvages comparée avec celle des animaux. — Comparons maintenant les besoins intellectuels du sauvage et le degré d'intelligence qu'il manifeste, avec ce que nous trouvons chez les animaux supérieurs. La vie des indigènes d'Andaman, d'Aus-
tralie, de Tasmanie, de la Terre de Feu, et de certaines peuplades Indiennes (I) du Nord de l'Amérique, ne réclame guère que l'exercice de quelques facultés dont certains animaux jouissent presque au même degré que ces sauvages. Leur manière de prendre le gibier ou le poisson n'est pas plus ingénieuse et ne prouve pas plus de prévoyance que celle du jaguar, qui laisse tomber de la salive dans l'eau et saisit les poissons qui viennent la manger ; ou celle des loups et des chacals qui chassent en troupes; ou celle du renard, qui enterre les restes de sa nourriture et les garde jusqu'au moment où il en a besoin. Les singes et les antilopes placent des sentinelles pour se garder, les castors et les mulots construisent des demeures compliquées, l'orang-outang se dispose une couche pour dormir, et d'autres singes anthropoïdes se font un abri dans les arbres : tous ces faits peuvent entrer en comparaison avec le degré de soin et de prévoyance que montrent certains sauvages dans les mômes circonstances. L'homme possède des mains libres et perfectionnées, dont il ne se sert pas pour la locomotion, et qui lui ont permis de façonner des armes et des outils que les animaux ne pourraient pas faire, mais, après cela et dans la manière dont il s'en sert, il ne manifeste pas plus d'intelligence que ne le feraient des animaux. Qu'est-ce que la vie du
(I) Bigger Indians, Ce sont des tribus réduites par des guerres malheureuses à un état de misère extrême. Elles paraissent avoir perdu l'usage des arts les plus élémentaires, mdme celui de construire des huttes, et vivent dans des trous et des cavernes. Voyez Tylor, Researches into the early History of Mankind, Londres 1870, p. 188. {Note du (rad.)
sauvage, sinon la satisfaction de ses appétits par les moyens les plus simples et les plus faciles ? Où sont les pensées, les idées ou les actions qui l'élèvent beaucoup au-dessus du singe ou de l'éléphant ? Cependant, il possède, nous l'avons vu, un cerveau infiniment supérieur au leur en dimension et en complication, et ce cerveau lui donne des facultés à l'état rudimentaire dont il n'a jamais besoin. Si cela est vrai des sauvages de notre temps, à combien plus forte raison cela doit-il l'être de ces hommes dont les seuls outils étaient de grossiers silex, et qui, au moins en partie, étaient probablement plus dégradés qu'aucune race aujourd'hui existante? Et cependant les seules données que nous possédions à leur sujet, nous les montrent doués d'un cerveau tout aussi volumineux que celui de la moyenne des races sauvages les plus arriérées.
Ainsi, soit que nous comparions le sauvage au type le plus perfectionné de l'homme, soit que nous le comparions aux animaux qui l'entourent, nous arrivons forcément à conclure qu'il possède dans son cerveau grand et bien développé, un organe tout à fait hors de proportions avec ses besoins actuels et qui semble avoir été préparé à l'avance, pour trouver sa pleine utilité au fur et à mesure des progrès de la civilisation. D'après ce que nous savons, un cerveau un peu plus grand que celui du gorille aurait pleinement suffi au développement mental actuel du sauvage. Par conséquent la grande dimension de cet organe chez lui ne peut pas résulter uniquement des lois d'évolution, car celles-ci ont pour caractère essentiel d'amener chaque espèce à