‹ La selle chevalièreChapitre 2 sur 2 · DCCC XXXVI · texte numérisé non relu

DCCC XXXVI

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On a reconnu depuis long-temps^ (et les travaux littéraires actuellement le plus en vogue le prouvent),4|ue Tétude des mœurs et des usages au moyen âge est un objet aussi utile qu'agréable ^ surtout ^uand.ses résultats^ appuyés de cîtationsprises dans les auteurs du temps , offrent toute garantie pour la véracité des faits. Cette étude est utile en ce <][u'elle nous familiarise avec Içs détails de la vie sociale de nos ancêtres^ détails beaucoup trop négligés par les historiens des deux derniers siècles ; eHe est agréable en ce qu'elle nous présente un contraste piquant entre les usages de ces temps

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recalés et ceux du siècle présent. Plus ces usages^ singuliers, bizarres et empreints d'une certaine rouille de barbarie^ différent des nôtres, plus ils excitent la curiosité, et mieux ils font juger et apprécier les progrès de la civilisation.

Parmi d'assez nombreuses notices que nous avons recueillies sur ces divers usages, nous allons en présenter une^ qui , sans être d'une grande importance , ne paraîtra peut-être pas dénuée de quelque intérêt ; elle a pour titre :

Telle est l'ancienne dénomination d'un acte de soumission qui consistait en une cérémonie ignoble , ou plutôt une peine avilissante en usage parmi les grands dans les xi^, xu^ et xiii siècles. Un noble s'était-il révolté contre son suzerain ^ ou s'était-il rendu coupable envers quelqu'un de ses égaux d'un délit ou d'un improcédé grave ^ il commençait par guerroyer ; mais si , dans la lutte , il se voyait près de succomber et hors d'état de pouvoir échapper à la vengeance de celui qu'il avait offensé^ alors il songeait à faire sa soumission^ c'est-à-dire qu'il recourait à la selle chevalière, seule manière, dans ces temps barbares^ de désarmer son. adversaire irrité. Voici en quoi consistait cette SELLE CHEVALIERE : c'était tout simplement une selle de cheval * que le suppliant se faisait attacher

* Cf-oirait-on que la selle, petit meuble si simple, si na"

sur le cou ou sur le dos; puis ainsi sellé ^ il allait en chemise et en caleçon ^ la tête découverte , les pieds nuds^ sans souliers , une poignée de verges à la main^ se présenter devant celui qu'il avait of-«

tarel, si commode pour le cavalier, n'a point été connue des Romains ? du moins les auteurs anciens n'en font aucune mention. Le premier historien qui en parle est Zonare, qui raconte que Constance combattant , en 340, contre son frère Constantin pour lui ôter l'empire, pénétra jusqu'à l'escadron où il était en personne et le renversa de dessus sa selle. Voilà la première fois qu'il est question de sellé dans l'histoire; son invention daterait donc du ly^ siècle. Avant ce temps, les Romains se servaient de panneaux car-» rés, comme on le voit à la statue de Maro^Aurèle, au Ca* pitole; mais l'usage en était-il général? nous en doutons*

Chez les modernes, l'usage de la selle est plus ou itioins ancien selon les peuples* Il est récent en Irlande; on connaît une loi de Henri VII, roi d'Angleterre (de 1485 à 1506), qui prescrit à la noblesse de se servir de selle quand elle monte à chevaL

Goropius Becanus attribue Pinvention de la selle aux français saliens^ et il fait venir selle de saliens; c'est la moindre des folies ëtymologique&l de ce pauvre Goropiiis, homme très-savant d'ailleurs* Le mot selle ne vient pas da-)vantage de l'allemand sattel qui l'exprime* On va chercher bien loin ce qui est très-près : selle vient de sella ^ siège; eu efiet, la selle est un petit si^e posé sur le dos du cheval^ comme pour asseoir le cavalier*

Les étriers et les éperons n'ont point été connus non plus des anciens* (Pfous avons une dissertation particulière à ce sujet.)

knsé ; et là , «daB» la |MMtare la plus hnndbie^ c^e«lrà-dire à gênent et ^^ourbé Ters la terre, il lai eriait merci, hn demandait qa41 le cAevaacAJl (c'est-à-^ire qu'il montât sur lai)» ai cela kd plaisait, et attendait ainsi sa grâce, grâce que l'ofTensé n'accordait ordinairement qu'après avoir mis le pied sur le cou du patient. Telle était la cérémonie de la SELLE CHEVALIERE.

Nous avons dit que cet acte n'avait lien qu'entre lesgraDds, c'est ce que vont nous prouver différent exemples que nous avons recueillis dans de vieilles chroniques. Les auteurs ne peuvent être suspects , car ils sont à peu près du temps , et s'expriment avec une naïveté, gage de leur candeur et de leur véracité. Commençons par un de ces actes qui s'est passé en Bourgogne, et qui n'est pas an des moins célèbres.

Vers I^an 1025 ^ Hugues I, comte de Ghâlen*snr- Saône, et évéque d'Auxerre ^, eut -un démêlé

* Cet Bagnes, fils de Lsmbert, pvemier comte faërëdi*' taire de Châlou et d'Adëlmde , fille de Hobert, comte de Troyes, ^thy quoique eoclësiastîqiie , par .ov«b*e de Bngnes Capet, l'administration du comté de Châlon, en 987; il fiait ëhi évéque d'Auxerre en 999, et sacré le 5 mars de la snéme année. Dix ans après sa déplorable aventure de la selle , c'est-à-dire en 1035, il fit le voyage de la terre sainte, et quatre ans après tI mourut, le h novembre 1059, dans l'abbaye de Saint-'Gcrmaîn-d'Auxerre oik il s'était retiré. Il était alors fort âgé.

avec Reuftud comte de Bourgogae qu'il fit prisonsier dans un combat. Richftrd If ^ duc de Normaodie^ beau-pére de Renaud, informé du maikeurde sou gendre^ envoie Richard et Robert ses deux fib avec une armcée pour le délivrer. Les, jeunes/ princes entrent dans le GbàJkMmais, ravagent le pays, brûlent une place que Guillaume de Jmuège appelle Milinand ou Milbian, viennent se présenter devant Gbàlon, en escaladent les mnrs, et y mettent le feu. Hugues, poussé a boni, et se voyant sans ressource , se décide à faire acte de soumission. En conséquence^ malgré sa dignité d'évéque , il charge sur son dos une selle de cheval , et vient dans cet état demander pardon au jeune Richard , lui offrant de iô cAevaucAer^ ( de le porter sur son dos); comme cet évéque avait une longue barbe, la chronique dit qu'il ressemblait plutôt à une chèvre qu'à un cheval. Le jeune Richard accorda le pardon à deux conditions : la première qne Hugues remettra en liberté son prisonnier Renaud; et la seconde, quUl se rendra à Rouen pour faire satis^ faction au duc de Normandie.

Quelques auteurs ont révoqué en doute ce fait , mais Robert Wace, poète chroniqueur, qui écrivait vers le milieu du xii^ siècle, le raconte en détail dans son Roman de Roa * , dont M. Plu-

* Cette chronique rimëe , composée de sei^ie mille vers, a été terminée en 1 160 ^ et son auteur est mort en 1 184.

qaet a donné une bonne édition à Rouen, 1827, 2 vol. ?«^o, voy. tom. I, pp. 365-368; nous détacherons seulement de cette histoire le passage qui a rapport aux dégâts que firent les jeunes princes Richard et Robert, étant entrés dans le Ghàlonnais, et à la manière dont le comte Hugues fit sa soumission ; Yoici textuellement les propres ex*' pressions de Robert Wace * :

Bu la terre al cuite Huun , Kî tenait Regnald en prison , Pï'i lesserent charue ayant, Maison estant, ne coc chantant :

Yiles destruitrent è mansîons, E puis essiUerent Ghaluns.

Ja s'estudent as portes freindre; m poent pel ne mur remeindre.

Quant à Richart yint 11 quens Hue ,

* Ce français du xii« siècle, n'étant pas familier à tout le monde, nous allons feindre au texte roman la tradiio* tien en langage actuel :

Dans la terre du comte Hu^es

Qui tenait Kenaud en prison ,

(Ib) ne laissèrent charrue en avant ,

Maison debout , ni coq chantant :

Villes détruisirent et habitations ,

Et puis dévastèrent Ghâilon.

Déjà s'apprêtent à portes briser ;

N'y peuvent palissades ni murs rester.

Quand vers Richard vint le comte Hugues^

Une sele a sun col pendue ^ San dos of&i à cheyalchier , Ne pout plus sei humelier :

Si esteit castume à cel jor De qnerre merci à seignar.

San seronrge à Richart rendi Et humblement cria merci; De dreit fere duna gage, Et de paiz tenir mit ostage, Et jura k'à Roem yendroit, Et à Roem dreit li fereit.

' Il est encore question, dans le même Roman , p. 379, de la selle chevalière, à l'occasion de la révolte et de la soumission de Guillaume de Bellême, à l'égard de Robert le libéral ( sixième duc de Normandie). Le duc Robert, dit Wace,

Tant le destreint et assailli^,

De demander grâce aux seigneurs.

Son beau-frère à Richard il rendit Et humblement cria merci ; De faire droit donna gage , Et de tenir la paix fournit âtage , Et jura qu*à Rouen viendrait ,

Et à Rouen droit loi ferait

Une selle à son cou pendue ; Son dos offrit à chevaucher , Ne put davantage s'humilier.

C'était la coutume alors

* Le duc Robert

Tant le serre et T assaillit»

Que TiUame vint à mere»^ Naz piësy nn^ êek à sun coL»**

Autre exemple. Vers 1038, Geoffroi Martel,

comte de Vendôme, était brouillé avec son père

Foulques de Nerra, comte d'AnjoO/ et ses procédés à Pégard de ce vieillard avaient un caractère d'a-

nimosité révoltant. Foulques, malgré les glaces de rage, indigné de la conduite insolente de son fils, ranime son courage et lève des trouffes pour le mettre à la raison. Il te poursuit avec tant de vigueur et de persévérance qu'il le réduit à venir lui demander pardon ^ la selle sur le dos , la tête découverte et les pieds nuds. Foulques le voyant prosterné devant lui, dit en lui mettant le pied sur le cou : « Tu es vaincu^ tu es donc enfin vaincu, .. « — Oui, répond GeofFroi avec un ton d'humilité « mêlé de grandeur , oui , je lé suis par mon père, « mais pour tout autre , je suis invincible... » Cette répartie également noble et respectueuse , jointe à la posture de suppliant, désarma le père et le réconcilia entièrement avec son fils. ( Willelm. Mal" mesb. liv. III, p. 97 •)

Autre exemple. L'auteur du vieux poème intitulé : Li Romans de Garin le Loherain^y intro-

Qae Guillaume yint à merci , Nus pieds , une selle à son cou.

^ On présume que cet aatem* est Jehftn de Flagy, qui

duit près du roi Pépin , xxn noble qui lui parle ainsi de Fromond , comte de Bordeaux :

Tos jurera mil fois se ros yolez Que la paroi' ne li rinten pense.

Par traïson li mistrent sus si per , Que de t'amor le veulent deseurer, Por seul i tant q«eil en fn blamë , En portera^ se vos le commandés; Nue sa sele àPar» la ctié, Tretos nnç pies, sans chance > sans soler, La yerge el poing comme home escoupé.

Et plos bas dans le même roman. :

Poor senl i tant qcue Pan snere li mist^ En portera del bore de saînct Denis ^ Nue sa sele de ci que à Paris , If us pi^ en langes , corne un autre chetis, La yerge el poing, si come d'orne eschis , Si m'ait mult bêle amende à ci.M.««

AuTHK EXEMPLE* Un poÂte à peu près du même temps, Bertrans Clerc ^ dit dans son Roman de Girard dô Vienne ( qu'il composa a Bar-sur-Aube ) :

anrait yëcn sous Louis TII, dont le règne a dure de 1137 à 1180* M. Paulin Paris a donné une curieuse édition du ro-> man de Ckirin le Loherain, Paris ^ Techener^ 1835, 2 yol. în-12, ayec Êic-simile. Mais malheureusement ce beantrayail n^embrasse pas toute la grande épopée lorraine ^ il y a lacune, et nos deux petites citations ne sont pas dans le Garin de IL Paris, la seule partie de toutes les branches de ce roman ^i ait été imprimée*

Sire Girard^ ce dist li dozNayon, Or en soffirez à £iire amendison^ Qae Yostre selle dont bel sont li arçon.

Port sor son chef nne lieae a Bar don , Nus pies en langes , ce semble raison.....

£t ailleurs :

Qai devant moi Tendra age&oiUer , Nus piez en langes por la merci proier , La selle au col que tendra l'estrier.MM.

Autre exemple. Odo, seigneur de La Marche, très-près parent des seigneurs de Pontailler , ayant vexé les babitans de la terre de Cessey, qui dépendait de Pabbaye de Saint- Bénigne de Dijon ^ fut excommunié par Robert, éyêqne de Langres. Pour obtenir son absolution, il fut condamné à payer 400 liv., et en outre à se rendre à Saint-Benigne , le jour de PAscension, et à assister à la procession, en chemise et en caleçon , tenant une poignée de verges dans sa main ; et de plus *, il fut obligé de porter sur sa tête nue, la selle de son cheval, n'étant vêtu que d'une simple tunique. Après cette cérémonie, l'évéque daigna lui remettre sa lettre d'absolution. Cet événement a en lieu au xiu^ siècle.

Autre exemple. Jacques Hemricourt, seigneur Liégeois, mort en 1403, a écrit le Miroir des nobles de Hesbaye , dans lequel on trouve ce passage , relatif à la guerre des seigneurs de Auvaus avec les nobles de Waroux, qui eut lieu en 1296; nous le donnons littéralement :

a Lî amis de saignor d'Âwans et li saignor de Saint-Lambert traitions et fisent une pais aile évesque dédit excez , par telle manière , que ilh et XII cheualiers de son . lynagç venroient a Liège en l'église Sainr-Martin en Mont, et là se devestiroîent ilh en pures leurs cotes, se rendroient cascun d'eaz en la dicte église, une selle de cheval sor sa tieste newe, sains chapiron, et les porteroient en palais à Liège pardevant Fevêque, et li offeroient en gênas par caze d'amende, et ense fat il fait. » *

^ n est qaestion de cet acte, mais très-sommairement, dans mi passage assez inexact du Discours sur la religion et les mœurs des Français avant rétablissement de la monarchie et sous les deux premières races de nos rois, qui se trouye en tête du 3« tome de FHistoiri: db l'églisb GALLICANS, ;7ar le P, Jacques Zongueval, Nîmes, 1780, 18 vol. in-8®, p. xj. Voici ce passage dans lequel nous remontons un peu plus haut que la mention du fait en question qui le termine :

a L'expérience fit connaître (vers le x« siècle) que la <c crainte des amendes pécmuaires n'était pas suffisante oc pour réprimer la licence des grands crimes. Ainsi , on fut ce obligé dans la suite de décerner la peine de mort contre a ceux qui en seraient coupables, ou du moins de les con- (c damner à des peines ignominieuses. Les nobles atteints « de quelque crime étaient condamnés à porter , nus et en « chemise, un chien d'un comté à un autre comté* Ceux « qui n'étaient pas nobles étaient obligés de porter , dans a le même équipage , une selle de cheval. La coutume de « &ire amende honorable en chemise nous est venue de là«

Nous ne rapporterons pas nn plus grand nombre de faits ^ en Toiià bien assez pour prourer qne tetîe peine hamiHaiite étfijt très en usage dans les si«, XII* et xiir siècles Dueange demande d'où peut provenir cette coutume qui n'atteint que les nobles? Quel en est le motif? Personne jusqu'à lui ne s'est expliqué à cet égard, il pense que par cette selle posée sur le dos et »ur les épaules^ on a voulu exprimer une soufiiisaioa extrême et semblable à celle du cheval et de la jument qui s-ubissent le joug, c'est-à-dire qui se laissent monter , et il faut y ajouter Taveu volontaire d'une servitude qui sera perpétuelle. Non-seulement cent: à qui cette peine était imposée venaient se jeter aux pieds de ceux qu'ils avaient offensés , s'y rouler , et en être presque foulés^ mais ils oflraient à se laisser monter comme une bête de somme. Il

« Les nobles étaient même quelquefois condanmës à porter c la selle. Cet usage subsista long-temps, puisque dans Je a ziii* siècle un érêque de Liège condamna encore des « seignem:^ àporter,snr leurs têtes nues,des selles de chevaux « à la suite de la procession^ depuis l'élise Saint-Martin (c de Liège 9 jusqu'à la cathédrale. »

Q nous semble qne Fauteur se trompe quand il dit que lesrotoriers étaient astreints à cette peine humiliante, et que ce n'est que par exception qu^on y aurait vu quelques nobles assujétis; les exemples rapporta plus haut prouvent le contraire, ou du moins sont une grande présomption que cela ne regardait guère que les nobles.

n'était pa» possiUe de pousser plus loia la soamissioa , on pourraitdiire l'abjection , puisque Plioauae s'y ravalait au niveau et méoie au^-desso^us de la béte; car la kéte souffre, mais ne demaude pas qa^0]% la «àonte*. Cette ignoble céréinoDie est peutêtre la prlus forte preuve de la jb^i^arre grossièreté des Bueurs au moyen âge.

PilTsque nous en sommes à la barbarie de ses temps reculés, nous citerons encore un trait qui , sans tenir précisément à la selle chevalière , se rapproche beaucoup de cette peine humiliante par les formalités qui l'ont accompagnée, et par Te costume du pénitent. Voici le fait tel qu'il s'est passé en Bourgogne au commencement du xiii" siècle.

Pierre de Gourtenai^ comte de Tonnerre et d'Auxerre, était d'un caracrère inégal et violent; il se portait alternativement à des actions louables et à des extrémités fâcheuses. Il fut plusieurs fois excommunié par l'évoque d'Auxerre^ (Hugues de Noyers IV) , qui mit ce comté en interdit. Se trouvant , en 1204, dans cette ville frappée d'interdic-

tioù^ Pierre de Goiirtenai reçut la visite de la femme d'un de ses officiers qui vint se plaindre à lui-mémé de ce qu'il était cause qu'on refusât la sépulture ecclésiastique à son enfant qui venait de mourir. Le comte irrité ordonne à ses gens de porter l'en'fant dans la chambre de l'évéque , et de l'enterrer au pied de son lit ^. Le prélat renouvelle l'excom^munication et l'accompagne d'une sentence qui condamne Pierre de Courtenai à exhumer luimême avec ses mains le cadavre et à le porter publiquement au cimetière. Il parait que le comte fut obligé de se soumettre; car^ le dimanche des rameaux^ 18 avril de la même année 1204, jour fixé pour l'exécution de la sentence , plusieurs archevêques et autres prélats mandés ou attirés par la nouveauté du spectacle , s'étant rendus à Auxerre, dans l'appartement de Pévêque^ on vit^ peu après, le comte y arriver^ les pieds nus et en chemise, y déterrer le cadavre de ses propres mains, le charger sur ses épaules et le porter jusqu'au cimetière au milieu d'une procession que l'on faisait à Saint- Amatre. Cette réparation qu'on eût pu rendre un peu moins hudiliante , fit , dit<on , que par la suite

* Cela prouve que dans ce temps-là, les chambres n'étaient ni planchées , ni pavées , ni carrelées 5 à peine si le sol était recouvert d'une terre glaise battue, comme dans ilos granges. Peut-être n'y ayait-il pas de second étage aux maisons particulières.

Pierre de CourteDai fut plus soumis et plus modéré *.

Cette soumission du Comte de Tonnerre n'a pas été imitée, dans la suite , par le fameux Bernabo Yisconti ^ seigneur de Milan , l'un des plus violens et des plus terribles princes d'Italie^ si l'on en excepte cependant son neveu Galéas. Citons un seul trait. Ce. Bernabo. Yisconti fut excommunié^ en 1363 > par le pape Urbafin Y. Ayant appris que deux légats devaient venir lui signifier la bulle d^excommunication , il alla les attendre sur un ^nt aux frontières de ses terres ; il était accompa-^ gné d'uqe force imposante. Les deux légats arrivent^ et quand ils sont au milieu du pont^ tenant la bulle à la main^ Bernabo leur demande impérieusement s'ils veuleot boire ou manger, et les oblige de ré^ pondre catégoriquement : les deux prélats , qui se voyaient sur une grande rivière, et qui devinaient les intentions du méchant et cruel, Bernabo, se décidant à répoudre qu'ils veulent manger. Alors celui-ci leuf fait servir sur un plat la bulle qui était en parchemin , et les force à la mauger tout entière jusqu'aux lacets en soie et aux sceaux en plomb qui y étaient attachés ; ensuite il les congédie.

* Voyez V Histoire ecclésiastique du diocèse de Lan^ grès (par M. l'abbë Matthieu), Ghaumout , 1808, in-8% p. 350.

Ce Bernabo ViMSonti était aufi^i avare qne <;rael. A sa mort (il fut empoisonné en pmai^le 18 décembre 1387 9 avec deux de ses fils, par ordre de son neveu Galéas ), on trouva <dians «on palais , sept eent mille éens d'or, et la diar^ de sept dburriots en vatsseHe d'argent et -en meubles précieux. C'était le fruit de ses rapines et de son insatiable avarice. I^a isoif de Targetit était si gi*ande cbez lui^ que tout moyen lui était bon pour la satisfaire; entre ceuxqu^elle lui suggéra, celni-ei est remarquable. Il eréa une chambre de justice pour fiaire la<recherehe d« tous ceux qui , cinq ans auparavimt, avaient tué des sangliers ou en avaient mangé « la table d^un autre. Malheur à ceux qui ne pouvaient se racheter par des sommes payées en argent 4îomptant; ils étaient livrés an bourreau et étranglés de suite. On vit avec horreur plus d'une centaine de ces malheureux périt* par ce supplice.

Sa femme lui donna «inq fils et 4ix filles qui furent mariées aux meilleures maisons de l'Europe; et de quatre mattr-esses, il eut treize en fans naturels , sept filles et six fils qu'il pourvut tous avantageusement.

Quoique ces deux derniers traits soient étrangers à la SELLE CHEVALIERE, nous Ics avous ajoutés à notre notice, pour faire voir quelle distance énorme sépare nos mœurs actuelles de celles du moyen-âge.

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U.C BERKELEY LIBRARIES

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