OBSERVATION V
Observation due à l’obligeance du Dr. JOLTRAIN.
Mile L., âgée de 17 ans, est atteinte d’encéphalite léthargique. Le diagnostic est facile. Depuis 8 jours, la températüre oscille entre 37.8 et 38.5. Elle se plaint d’algies dans les membres supérieurs, surtout le droit. Elle a de la diplopie et quelques secousses myocloniques. Nous * conseillons le salicylate de soude intraveineux.
On pratique une. injection de 2 cmc. d’une solution à 1/20. La malade a un choc d’une extrême violence après l'injection. A peine le liquide est-il poussé dans la veine que la malade pâlit, sa pression artérielle baïisse.et son pouls devient rapide, filiforme et elle tombe en syncope. On pratique immédiatement une injection d’adrénaline au 1 /100e
et la malade revient à elle, maïs la température s’élève à 38, les urines contiennent de l’albumine, alors que la veille il n'y en avait pas trace, et le corps se couvre de placards urticariens qui durent deux heures.
Nous pensons à un choc d'ordre anaphylactoïde étant donné ce tableau clinique. Pour le prouver, plusieurs expériences pouvaient être tentées: les cuti-réactions, la recherche du choc hémoclasique après injection d’une petite quantité de salicylate de soude, enfin l’introduction par la bouche d’un cachet de salicylate.
Ces épreuves furent positives ; 1 gramme de salicylate pris par la bouche détermine de la diarrhée et une légère poussée d’urticaire.
Huit jours après on recherche l'épreuve des cuti-réactions aux peptones, albumine d'œuf, poils d'animaux, pollens de fleurs et divers sels de soude, sulfate, phosphate, bicarbonate et salicylate.
Les premières cuti-réactions se montrent négatives tandis que la ‘cuti au salicylate est nettement positive.
I1 était intéressant de rechercher, si c'était le sodium ou l'acide salicylique auquel le malade était sensibilisée. Or,ce qui plaidait en faveur de cette dernière hypothèse c’est qu’une pommade à l’acide salycilique appliquée sur la peau, pendant: 1/4 d’heure détermine un “placard eczématiforme (!). :
Quelques jours après une injection intraveineuse d’un quart de -lnilligramme de salicylate de soude dans 1 cmc. d’eau détermine un
choc hémoclasique considérable. Les leucocytes tombent -de 8.000 à 3.600 et la pression artérielle de 14-7 à 11-7 au Vaquez.
Ainsi donc cette malade était bien sensibilisée au salicylate de soude.
Quelle était l’origine de cette sensibilisation ? A 8 ans la petite ‘malade avait eu une crise de rhumatisme et elle avait été traitée par le salicylate de soude. Or ses parents se rappellent qu’on avait dû intcrrompre le traitement en raison de la présence d’albumine dans les urines.
(1) Les cuti-réactions aux acides sont en effet plus sujets à caution en raison même du dermographisme qu’elles créent souvent même chez les sujets sains.
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Nous avons cherché à désensibiliser cette malade par les cuti-réactions journalières, en ne lui administrant pendant toute cette période que de la poudre de datura.
Après un mois, nous avons essayé de lui faire une nouvelle injection de cinq centigrammes de salicylate. Elle a pu la supporter sans choc cliniquement décelable, mais elle eut cependant dans la nuït le lendemain une diarrhée verte toxique, qui nous a fait abandonner ce mode thérapeutique.