SCÈNE PREMIÈRE
BOUGNOL, puis GAUDIN.
(Al) lever du rideau, Bougnol est debout devant un portrait de vieille femme
accroché au mur. H tient un papier à la main et recite un compliment qu'il
apprend par cœur.)
BOUGNOL, lisant.
« Laure! ma chère Laure!... Enfin, nous voilà seuls!..» C’est un speech que j'apprends pour réciter ce soir à ma fianeée... quand sa maman sera partie... (Montrant le portrait.) Ça, c’est le portrait de ma grand’ tante, mais je me persuade que c’est ma liancéc. .. (Reprenant son compliment. Lisant.) « Ne tremble pas, enfant, je ne veux pas te faire de peine. Un mari n’est pas un maître, c’est un esclave soumis et tendre... Il se jette à genoux... » (parle.) Ah ! non, ça, c’est une indication... Soumis et tendre! V’ian! je me jette à genoux!... (il fait mine de se jeter à genoux et s’arrête.) Ah! bigre!... mou pantalon me serre trop. Pourvu qu’il n’aille pas me faire des farces... A soumis et tendre, je vais lâcher un peu la boude... (n la desserre.)
GAUDIN, entrant par la droite, un gros bouquet à la main *.
Ce sont les dames de la halle qui viennent féliciter Monsieur, à l’occasion de son mariage...
BOUGNOL
Je n’ai pas le temps!... Donne-leur dix francs et dis-leur qu’elles m’ennuient!
GAUDIN
NoU, Monsieur... (il va placer le bouquet sur la cheminée 4 gaucbc.)
BOUGNOL
Comment! non?...
GAUDIN. -
Si vous voulez me le permettre, je ne leur donnerai que cent
sous... et une bonue parole!... 11 faut savoir prendre les masses.