ACTE II
C’est un tic désagréable, ne parlons pas de ça ... Tout à l’heure nous étions seuls, ma petite femme et moi... dans le chalet... au fond du jardin... Laure baissait les yeux... moi, j’étais gai comme un pinson... qui voit arriver le printemps. Nous causons... je lui prends la main.
CHALANDARD.
Passe... passe.
BOUGNOL
Bref, je me disposais à lui débiter un compliment que j’ai appris pour elle... « Laure, ma chère Laure... entin nous voilà seuls...» quand tout à coup cette maudite lettre se retrouve sous ma main... Je l’ouvre, et voici ce que je lis., (il tire la lettre de
sa poche.)
• CHALANDARD.
Voyons.
BOUGNOL
Non... lis toi-même... ça me fait trop d’effet... (il lui donne la lettre.)
CHALANDARD, lisant.
« Monsieur, vous venez d’obtenir la main de mademoiselle «Laure, au moment où j’allais la demander... Je l’aime ! il me « la faut. » (Parlé.) Oh! oh! x
B0UGN6L. ,
Va toujours.
CHALANDARD, lisaut.
« Si, par impossible, vous persistiez à l’épouser, je vous dé- « clare qu’à partir de ce jour je m’attache à vos pas... et que « ma vie tout entière sera consacrée à vous faire....
BOL'GNOL, vivement.
Passe le mot !
CHALANDARD.
11 était temps... (Riant.) 11 était temps.
BOUGNOL
Passe le mot... Maintenant, lis le post-scriptum.
CHALANDARD, lisant.
« Celle que j’aime s’appelle Laure, permettez-moi de signer Pétrarque, (parlé. )Eh bien ?
BOUGNOL
Eh bien ! Cette lettre m’est tombée sur la tête comme une douche d'eau froide.
CHALANDARD.
Comment !
BOUGNOL
Je suis d’une sensibilité déplorable... la moindre émotion me trouble... J’ai des spasmes... des vapeurs... ma langue s’embarrasse... Je bredouille... je bégaye !... j’ai bé... bégayé!...
Bail ! Et ta femme, qu’a-t-elle dit ?
B0UGN0L.
La pauvre enfant! elle a paru très-étounée... .je l’ai laissée en train de lire un petit roman qui se trouvait là.
CHALANDARD.
Saperlotte ! ça n’est pas drôle.
BOUGNOL
C’est comme ça... Et je me connais... le calme ne reviendra pas que je n’aie découvert cet infâme Pétrarque qui s’acharne à ma poursuite.
CHALANDARD.
Au moins, jjis-tu des soupçons sur quelqu’un ?
BOUGNOL
J’en ai... J’ai remarqué à table une cravate blanche.
GAUDIN, entrant *.
Monsieur... qui est-ce qui est chargé doter le couvert dans cette maison ?
CHALANDARD.
Eli bien... et toi?
GAUDIN
Ce n’est pas ma besogne, (a Bougnoi.) Monsieur... votre beaupère m’a promis une montre en or si c’est un garçon, et en argent si c’est une tille.
BQUGNOL, brusquement.
Eh! tu m’ennuies.
Voyons, ne t’agace pas... Retourne au jardin... le grand air te calmera.
B0UGN0L.
C’est ça, je vais tâcher de faire parler la cravate blanche, et si je découvre quelque chose... je lui saute à la gorge et je l’étrangle!
GAUDIN
Monsieur I . . .
BOUGNOL
Tu m’ennuies 1...
ENSEMBLE
CHALANDARD.
Il te faut, désormais,
Du calme et du silence.
Que de ton existence Bien ne trouble la paix !
GAUDIN
Je le vois , désormais,
Malgré cette alliance ,
• * Ch. Bou. G.
ÀCTÉ II.
Rien de mon existence Ne troublera la paix.
liOUGNOL.
.U me faut désormais Du calme et du silence;
Que de mon existence Rien ne trouble la paix!
(il sort par le foudd