‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 18 sur 300 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LfîS MÊMES , CLARISSE , en toilette de bal , un bouquet à la

main.

VICTOR , offrant la main à Clarisse.

Permettez , Madame. . .

CLARISSE

Monsieur... {Le reconnaissant.) Ah ciel !

VICTOR , de même.

Qu'ai-je vu?

CLARISSE , s'élqignant de lui.

Mon mari I

VICTOR , de même.

Ma femme !

AUBRY

Sa femme ! justement ce que je voulais empêcher. CLARISSE , bas à Delphine d'un ton de reproche. Ah ! Delphine !

DELPHINE, bas.

Te te jure que j'ignorais...

CLARISSE , à part.

Et mOn oncle, qui m'a laissé pour finir ses visites!

VICTOR, àAubry.

Quoi I monsieur... c'est donc un piège que vous m'avez tendu !

Monsieur, je n'ai rien tendu, {A part.) Et c'est moi qui me trouve pris...

VICTOR

J'étais loin de in*attendre à un trait seuiblable... à la fois da côté gauche et du côté droit !

AUBRY

Monsieur, cela s'est vu très-souvent !

DELPHINE, bas à son mari.

Il faut les reconcilier, c'est le seul moyen de sauver votre re'putation .

AXJBRY , bas.

Tu as raison , mais ce que j'ai si peu l'habitude des conciliations.

DELPHINE , bas.

N'importe, essayez!

VICTOR

Enfin, monsieur , vous êtes donc l'avoué des deux parties?

AUBRY , passant entre eux.

Eh bien, oui, monsieur! maispourles rapprocher, car je ne suis pas un avoue' comme un autre ; je n'aime pas le bruit, le scandale , et avant de plaider, j'épuise tous les moyens d'arranger une affaire. C'est ici le premier acte de ia procédure ; les époux doivent comparaître en personne... Article S'ji. DELPHINE, bas.

AUBRY , du cote de sa femme.

Est-ce l'article 877? c'est juste. (/Tauf.) Article 877. {Aux époux.')W. fallait a'ous voir... vous parlei... et j'ai pensé que dans un bal, cela valait beaucoup mieux que devant monsieur le président, et si je parviens à vous réunir... VICTOR, s' éloignant de côté.

Nous réunir !

CLARISSE, s'éloignant du côté opposé.

Jamais !

AlIBRY.

Allons , allons , mes amis , nu peu de calme 1 De quoi s'agitil, après tout? de ces querelles comme on en voit tant! de ces torts que l'imagination s'exagère et qu'il semble qu'on ne pardonnera jamais. {A sa femme.) Aidez-mOi donc , chère amie. {Passant près de Clarisse.) Eh ! mon Dieu 1 en ménage, il faut tout pardonner , il faut que chacun y apporte de l'indulgence, de la résignation, et c'est surtout à l'iiynien qu'on peut appliquer ces deux mots si célèbres : union et oubli. DELPHINE , près de Kictor.

Oui, Monsieur, union et oubli. {A mi-i'oix.) Ce doit être notre devise à tous.

AUBRY , ai'cc enthousiasme.

Y a-t-il l'ien de comparable à l'aspect de deux époux parfaitement d'accord... Regardez-nous, ma femme et moi , jamais le plus léger nuage... {A part, les regardant de loin.) 11 me semble qu'il lui parle bien bas !

CLARISSE

Non, monsieur, il est des procédés qu'on ne peut pardonner

AUBRY , à Clarisse.

Mais il n'a pas cessé de vous être fidèle '■

CLARISSE

Lui 1

AtJBTlY.

Oui, Madame, il me l'a dit, et même en ce moment, vous voyez qu'il n'a des yeux que pour vous. (^ part. ) Ali ! mon Dieu 1 comme il regarde ma femme \

DELPHINE , bas à Victor.

Mon amitié sera votre récompense.

VICTOR

Est-ce là ce que vous m'aviez promis ? AUBUY , a part.

Hein !... Qu'est-ce qu'elle lui avait donc promis? {Haut.) Contemplez ce tableau... d'une confiance mutuelle... et spontanée... {A part.) Je ne sais plus ce que je dis.

DELPHINE, bas.

Je vous en prie , Yictor.

AUBRY , à part. .

Victor, qu'est-ce que c'est que ça ?

DELPHINE, bas.

Je le veux.

AUBRY , à part.

Je le veux. {S' approchant.) Oh ! pour le coup , c*est trop fort. Madame.

DELPHINE

Comment ? quoi ! qu'avez-vous ?

AUBRY

Rien; mais c'est que... il me semble que je n'ai pas compris.

Cela vous arrive quelquefois; mais je parle à Monsieur ; ainsi vous n'avez pas besoin...

\ AUBRY

Oui; mais alors , je comprends trop ; j'ai cru entendre...

DELPHINE

Tout ce qui me passe par la tète... Je tâche de le calmer. Je lui dis ce que vous diîi?s à sa femme.

AUBRY

Pas tout-à-fait. Vous parliez de récompense ; moi je lui aurais tout bonnement présenté la note des frais. CLARISSE , se rapprochant.

g Qu'est-ce donc ?

' AUBBY.

Ne faites pas attention. Une affaire de ménage...

VICTOR , se rapprochant auyyi.

Mais il me semble. . .

AUBRY

Pardon , monsieur. Je n'ai pas besoin d'avoué : je m'expliquerai bien tout seul. {A sa femme.) Et j'exige que madame...

DELPHINE

Taisez-vous doncl.. devant deux étrangers !

AUBRY

Ca m'est égal !

DELPHINE

Vous allez vous rendre ridicule.

C'est possible; mais vous aviez avec lui un ton familier...

DELPHINE

Yous perdez la têtel

AUBRY , s' échauffant.

Au contraire i je veux la conserver intacte...

DELPHINE, offensée.

Qu'osez-vous dire !

AUBRY

Tout ce qu'il vous plaira, madame. Mais je veux savoir...

DELPHINE, se récriant.

Yous voulez ?.. Ah ! voilà du nouveau ! Eh bien ! monsieur, vous ne saurez rien I

AUBRY

Yous augmentez mes soupçons.

DELPHINE

Peu m'importe.

AUBRY, s' emportant.

Madame ! . .

CLARISSE , effrayée.

Ahl mon Dieu!.. Delphine!

VICTOR

Y sojigez-YOUs?

DELPHINE, en larmes.

Non! j'ai eu trop à souffrir depuis que je renferme mes chagrins.

AUBRY

Et moi donc!

DELPHINE , vivement.

Un caractère affreux !

AUBRY, de même. ■

Un esprit despotique !. .

DELPHINE

D'une jalousie !..

AUBRY

D'une légèreté !

DELPHINE

Il n'y a plus moyen d'y tenir !

AUBRY , hors (le lui.

Parbleu!., il ne vous manaue plus que de dcniandcr une séparation !

DELPHiNi: , uivoiontairemcnt.

Ah !.. si cela ne dépendait (]ue de moi !

CLARISSE

Que dis-tu?..

DELl'HlNi:.

Vous jic pourriez pas en plaider qui me fiU plus agréable.

A u B R Y , furie u x .

Qu'à cela ne tienne , madame... et dès demain...

Heureusement que nous avons des témoins...

CLARISSE

O ciel !

VICTOR

De grâce !

DELPHINE , sangloltant.

C'est qu'il est impossible d'être plus malheureuse !

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