‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 190 sur 300 · DEUXIÈME CONSEILLER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CONSEILLER

C'est un point d'appui , en cas de guerre.

LE MARQUIS , vwement.

Je ne suis pas de votre avis ; j'ai sous les yeux les forces militaires de ce duché' ; et cela n'est pas rassurant.

TROISIï:ME CONSEILLER.

Sans compter qu'un mariage avec Parme inquiétera la politique du duc de Mantoue ; et il vaudrait mieux rechercher l'alliance de ce dernier.

TOUS

Du duc de Mantoue ?

LE MARQUIS

Au fait , nous n'y songions pas.

MAITRE HEGUO , Se Ici'ant.

Pardon... Je demande la permission de le'pondre au pre'opinànt.

(On rit.) LE MARQUIS , à HuglW.

Ah! ce n'est pas le moment de plaisanter.

MAITRE nvGVo y froidement.

C'est ce que j'allais dire à ces messieurs qui rient toujours... Ce n'est pas le moment de plaisanter.

LE PRINCE , riant.

A la bonne heure : voilà qu'il s'y met.

LE MARQUIS

Morbleu !

LE PRINCE , lui imposant silence.

Laisse-le parler.

MAITRE HUGUO.

Je vois que nous allons remettre sur le tapis re'teruelle question de l'équilibre politique de l'Italie, qui ne signifie rien du tout... car, de quoi s'agit-il ici? De marier Son Altesse. Et si vous m'interrogez là-dessus, je vous dirai inge'nuement que je serais volontiers pour le duc de Mantoue , moi.

TOUS

Ahl..

Car il a tout pour lui... le duc de ?tîantoue I mais il n'y a qu'une petite difficulté , c'est qu'il n'a pas de fille. TOUS , étonnés.

Plaît-il?..

LE PRINCE

Ehl mais il a raison... Vous vous disputez là...

MAITRE HUGUO.

Ceci posé, comment peut-on songer à rejeter l'alliance de Parme , qui nous assure celle de Gènes et le commerce de tout le littoral! qui nous couvre du côté du Piémont, dont nous avons toujours à craindre les empiétemens ; car, prenez-y garde , mes-

sieurs , il ne s'endort pas le Piémont... tandis ([ue Manloue, par sa position {jéo{jraphi.'|uc , ne peut tout au plus \;ous protéger que contre Venise, qui est trop occupée de ses arméniens contre l'île de Chypre , pour se mêler de nos affaires.

(Les conseillers se regardent.) LF. PUINCE.

Ne riez pas, messieurs : ce qu'il dit là est parfaitement juste.

PREMIEU CONSEILLER , étonné.

C'est très-fort.

TROISIÈME CONSEILLER , (le même.

Nous n'avions pas envisagé la question... LE MARQUIS , inquiet.

Permettez... Je ue dis pas (pie la position de Parme... mais il faudrait que ses finances lui permissent de nous être utile, et elles sont dans un délabrement...

MAITRE HUGrUO.

Ses finances ?

LE MAîlQCIS.

Certainement.

MAITRE HCaUO.

Erreur !.. c'est là que je vous arrête.

LE MAUQuis, inquiet.

De quoi diable se mêle-t-il .^

MAITRE HUGDO.

Je connais les ressources de chaque pays, à livras, sous et deniers... {fouillant dans ses pocJies) et j'ai là une note exacte des revenus de Parme, qui montrera à Son Altesse... Où tlonc l'ai-je fourrée?.. Que lajeune princesse... C'est dans l'autre poche... Peut apporter une dot... Je crois que la voilà.

(Il tend sans le regarder le papier qui se trouve être la lettre que Paola lui a remise au premier acte.)

LE MARQUIS ^ furicux , se Ici'ant.

Quoi ! vous osez...

MAITRE HUGUO , ai'ce une dignité comique. Quand il s'agit de mon devoir, monsieur, rien ne peut m'ellrayer.

LE PRINCE , au marquis en riant.

C'est quelque nouvelle plaisanterie.

(Il prend le papier.) LE MARQUIS, à part.

Il a été gagné par l'ambassadeur... maudit boufton ! demain je te fais destituer.

LE PRINCE , qui a oui>crt le papier.

Qu'ai-je vu?

Qu'avez-vous ?

LE PRINCE

Rien , rien...

(Il lit Las. )

MAITRE HUGUO.

Je me suis peut-être trompé dans l'addition.

LE pniNcr. , à part et parcourant la lettre.

La main de Castclli... il annonce ma mort , la mort de Ficdc'ric. , à cette pauvre Paoia... Est-ce pour m'apprcndre qu'elle existe encore? pour me rappeler des liens... quel mystère ! et quel est

donc cet homme ?

(Il le regarde avec anxiélé.)

MAITRE HUGtJO , reprenant avec force.

Et maintenant, veut-on que je dise toute ma pensée? que j'éclaire le prince sur ses devoirs ?

LE PRINC trojihic , et saisissant sa main. Non , non, c'est assez... je vous comprends.

MAITRE HL'GUO, étonné.

Je n'ai encore rien dit.

LE PRiKCE, à mi-voix.

N'importe, je devine votre dessein , et vous serez content de moi. (Haut à SCS conseillers. ) Messieurs , messieurs , je lève la séance... qu'on ne me parle plus d'alliance , de mariage , j'y renonce.

LE MARQUIS , avcc joie.

Est-il possible !

MAITRE HTJGUO , à part.

Qu'est-ce qu'il dit donc?.. Il se trompe.

(Les conseillers et le marquis s'empressent de féliciter maître lïuguo , l'entourent avec des démonstrations de respect et d'admiration.)

LE MARQUIS

Air du Fleuve de la vie.

O triomphe de l'éloquence...

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