‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 207 sur 300 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les mêmes , MADAME JACOB.

MADAME JACOB

Je vous dis qu'il faut que j'entre, et j'entrerai.. Je suis diî théâtre... Qu'est-ce que c'est donc que ça?

duvernis.

()\\c veut cette femme?

Pardon, messieurs... N'aureriez-vous pas vu, jiar liasarJ, un contrôleur, un inspecteur, quelqu'un attaché au théâtre ?..

DUVERNIS.

Pourquoi faire, madame ?

MADAME JACOB

Pour me faire entrer... L'invalide dit qu'il ne me connaît pas... je lui ai dit : c'est possible , mon pauvre brave homme... je iie veux point forcer votre consijrne ; j'en suis incaj)able... mais il faut que j'entre... ça ne peut pas commencer sans moi.

RENA1UD

Ah I ah I madame joue les amoureuses?

MADAME JACOB

Non, monsieur... je les habille.

RENAUD

Comment?

DUVERNIS.

c'est madame Jacob, l'habilleuse du théâtre?

MADAME JACOB

Pour vous servir.

RENAUD

Diable ! c'est une place'qui demande du talent.

MADAME JACOB

J'en ai , monsieur,

Du tact.

J'en ai.

De la discrétion.

RENAUD

MADAME JACOB

RENAUD

MADAME JACOB

J'en... {Se reprenant.) C'est-à-dire , j'en aurai... depuis le temps que je tiens l'emploi, je puis dire que les actrices me doivent bien des choses... je suis leur seconde mère.

Air : Que de mal, que de tourment '. (De la Fiancée.) Réformant les abus, Depuis vingt ans el plus.

En secret j'observe et je travaille.

Par mes talens discrets.

J'entretiens les attraits, Je redresse et j'amincis la taille...

Le temps ternit la fleur, Emporte la fraîcheur, Efface les contours ; Je viens à leur secours :

Quand je les refleuris.

Les plus lins y sont pris (bis).

Ce que par-ci, par-là.

La nature oublia , J'y supplée, ou bien je le répare.

Et sans bruit, sans témoin, *

Je remplace avec soin Les trésors, qu'on perd ou qu'on égare. Excepté ceux, hélas 1 J , .

Qu'on ne retrouve pas. \

s» 13 •€ heaatjd.

DiaLlo I c'est un sujet précieux.

DUVERNIS.

Je crois bien.

REMAUD, à madame Jacob.

Et vous avez un emploi très-agréable?

MADAMS JACOB.

C'est selon... on a bien du mal, allez... il y a des corps qui sont si ingrats... rien ne les habille... tenez, dans le théâtre d'où c'que je sors, un ihéàUe du boulevard...

DUVERNIS.

Pas d'indiscrétion , madame Jacob.

MADAME JACOB

Je n'ai pas dit que c'était la Gaîté... {Â Renaud.) Eh! bien , mon cher monsieur, nous avions là une petite danseuse... charmante... un véritable amour... une tète... une bouche... des yeux.... mais pour le reste, ah 1 la pauvre fille I... la lîature a été bien marâtre envers elle... comme je lui disais... « Ma chère... «

DUVERKIS.

Prenez donc garde, madame Jacob.

MADAME 3 \co^, à Renaud.

Je n'ai pas dit que c'était M"" Flore, monsieur... là-dessu-S , je suis connue... pauvre enfant I je serais si fâchée de lui faire le moindre tort...

RENAUD

Parbleu, moi qui veux faire ma cour à ces dames , j'irai vous consulter, madame Jacob.

Du tout, du tout, monsieur... je n'aime pas ces gens qui rôdent autour de nos actrices... les toilettes , ça tient si peu... C'est pjur cela que je voulais entrer chez M. Franconi.

RENAUD

Maintenant qu'il y a desbètes... y pensez-vous? Air de V Avare.

Avec celle troupe féroce ?..

MADAME JACOB

J'aime asspz ce speclacle-là ;

Il esl vraiment neuf quoiqu'atroce.

Et la morale y gagnera.

Quand ils verront dans les coulisses

Lionne et tigresse sur leurs pas ,

Messieurs les auteurs n'iront pas

Faire la cour à leurs actrices.

DUVERNIS.

A'enez, venez, madame Jacob, je vais vous installer dans votre magasin.

RENAUD

A propos, Tvl. Duvernis , et ces billets que vous m'aviez promis?

DUVERNIS, revenant.

Mon cher, je suis désolé... ils n'en donnent pas.

RENAUD

Comment !

DrvEr>Kis. Pas un seul.

RENAUD

Pas de billets gratis... mais alors, vous ne ferez pas d'argent. .i. du reste, je l'aime mieux comme ça... ça me laisse mon franc par-

1er et comme je serai obligé de rendre compte dans un

journal...

DUYEUNIS.

Comment?

henaud.

'La vérité', avant tout, mon cher... Je ferai mou devoir. ,, je parlerai... je parlerai des peintures...

urvEERjvis, s' échauffant.

Il n'y aura rien à en dire , j'espère.

REJNAUD.

Des charmes des actrices.

MAD\ME JACOB

Monsieur, il n'y aura rien à en dire.

RENAUD

Du théâtre , qui est mal situé.

VERDIEU , se levant.

Ça , c'est vrai.

RENAUD

Une salle incommode.

VERDI EU

Un vrai boyau.

DUVERWIS.

lîh ! de quoi vous mèlez-vous , monsieur'' Yous avez peut-être des actions dans un autre théâtre.

V11.RDIER.

Monsieur, je ne ne dois compte de mes actions à personne;

DUVERNIS.

Alors, vous êtes l'ennemi des spectacles.

VERDIER

Du tout, monsieur; je suis leur ami intime; et c'est pour cela que je trouve absurde qu'on les multiplie autant, surtout les petits... Ils en mettent à tous les coins de rue , comme des bornesfontaines; et toujours des gai gai... des lions fions... c'est assom mant.

DUVERNIS.

Monsieur : « Le Français né malin créa le vaudet^ille. »

VERDIER

Donc il ne créa pas \e Gymnase , \es F'ariétes , les Nouveautés ^ Montansier, etc., etc... et il n'est pas encore dit que vous ouvriez.

DUVERNIS,

Qui nous en empêcherait ?

VERDIER

Moi , monsieur,,, si je me le mets dans la tète.

RENAUD , l'excitant.

.Te vous aiderai,

VERDIER

Et vous n'ouvrirez pas.

UEISAUD , de me me. , Vous n'ouvrirez pas !

MADA.ME JACOB.

Et pourquoi donc qu'il n'ouvrirait pas?

DUVERNIS.

C'est une horreur !

( Duvernis et madame Jacob sortent tout en grondant et se fâchant contre Verdier et Renaud. )

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