‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 209 sur 300 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

VERDIE II seul.

Parbleu! voil.'i une excellente journe'el.. c'est surtout ce maudit théâtre... que je vais arranger.

SCE]\E XÏI.

YERDIEIi dans un. coin, RIOLET vêtu de noir, cl In fi-^urr riante.

RIOLET Air : yioi je flâne.

Place , place ,

Que je passe, Ne m'arrêtez pas , de grâce ;

Une place ,

Une place , Bon gré , mal gré , Je l'aurai /

Je suis digne, je le croi ,

Dans cet art que j'idolâtre ,

D'être l'.ippui du théâtre ,

Et j'en réclame l'emploi.

Oui , pour qu'aucun ne me frustre

De celte place , morbleu , Je veux rcîler sous le lustre L'homme du juste milieu.

Place , place , etc.

VERDIEU , à part.

\oii.i un luoiisif ur liioa gai... c'est sans cloute un auteur qui vient leur offrir quelque nouveau chef-d'œuvre... si je pouvais l'on dé^foùler.

niOLET, riant.

(>ouiiueiit, personne pour ni'annoucer?.. bé, hé, lié, hé...

VEUDIER.

Monsieur .. si je puis vous être utile... Que tleniandez-vous?... que voulez-vous?...

RIOLET.

Ce que je veux, monsieur? soutenir votre théâtre... car je vois que vous êtes dedans.

VERDIER

Monsieur est capitaliste?..

RIOLET.

3Iieux que ca... ah 1 ah î ah I...

VERDIKU.

Artiste?..

RIOLET.

IMieux que ça... ah I ah 1 ah !..

VERDIER

Auteur?..

RIOLET.

Ah I bien oui, auteur... Ils ne font que des pièces... moi je fais des succès... ha! ha! ha!..

VERDIER

Des succès?., couuuent , monsieur , vous seriez de ces gens.., ( faisant le sig-ne de claquer ) qui prêtent les mains...

UIOLEÏ.

Claqueur... vous voulez dire?.. Fi donc, jamais je ne me suis abaissé... Je suis rieur, monsieur.

VEUDIEU.

Rieur', vous voulez rire?

RIOLET, très-sérieusement.

Non, monsieur, je ne plaisante pas... je suis rieur, vous dis-je,.. c'est mon état, et je puis vous dire que je l'exerce en conscience.

AïK : Quand l'amour nous guide.

Tout doit me séduire , Car , par état , cl surtout Par goût , Moi , je dois rire , Et je ris de tout.

Auteurs , Directeurs , Compositeurs , Décomteurs , Jusqu'aux danseurs , Grâce à mes rieurs ,

Des amateurs Ont le suffrage...

Dram' sentimental , A pied , à cheval , Vaud'vilî's grivois Ou villa;îeois , Chefs-d'œuvr's nouveaux En vingt tableaux M'ont mis en nage.

Mais tout doit m' séduire; Car , par état , et surtout Par goût , Moi , je dois rire , Et je ris de tout!

Pour les Nouveautés ,

Les Variétés ,

Les Franconi ,

Madame Saqui ,

Et même un' fois ,

J'ai ri , je crois ,

Pour le Vaud'ville.

Au Gymnas' d'abord ,

J' pris mon essor ;

Puis je sautai

A la Gailé ;

Ensuit' j'ai ri > Pour Ilernani ;

C'était facile.

Tout doit me séduire ; Car, par étal , et surtout

Par goût , ■Moi , je dois rire , Et je ris de tout!

VEUDIETt.

AWisi;, uiousieui, on a renonce à la claque ?

KIOLET.

Pas encore tout-à-fait, parce qu'il y des routiniers qui se traînent (Ian^: l'ornière... mais on y viendra. La claque est un métier... le rire est un art... la claque est de mauvais goût... le rire est franc, communicatif... D'abord, c'est un bruit léger... une espèce de vapeurjoyeuse, qui s'élève, hé, hé, hé!., comme le zéphir qui caresse la surface des eaux. Ho, ho, ho!., c'est le prélude, pour donner le ton... hé, hé, hé, hé!.. Peu-à-peu, il grossit, hi, hi , hi!.. il circule, il gagne de proche en proche... Le spectateur, qui voitrire son voisin, se meta rire aussitôt... {Jiiant plus fort.) Ho, ho, ho!., alors, l'action devient générale; ça gagne les loges, le ceintre, le paradis... c'est un tapage, un délire.,, tout le monde se tient les côtés... {Riant très-fort.) Hé, hé, lié!., ho, ho, ho!., ah, ah, ah !.. et le public, qui a toujours entendu rire, se persuade qu'il s'est amusé.

VERDIER

Et pour avoir de ces succès-là, il vous faut beaucoup de billets ?

RIOLET.

Je ne fixe pas... mais, dam ! vous connaissez la chanson... «Plus on est de fous , plus on... » {Ilrit. ) Du reste , je puis vous montrer un échantillon des gens que j'emploie ; vous allez voir comme c'est soigné... et comnie ça manœuvre. { A la coulisse. ) Approchez, messieurs.

( Plusieurs hotnmos en noir entrant en se tenant en ligne. ) VERDIER.

Ah ! mon Dieu ! comme ils sont tristes !..

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