SCENE X
CLARISSE, D'ARBOISE.
d'arboise, paraissant au fond, et ayant vu f^ictor. Comment, morbleu! qu'est-ce que j'ai vu là?..
CLARISSE , troublée.
O ciel! mon oncle!..
d'arboise.
Dieu me pardonne, ma nièce, c'était votre mari qui vous baisait la maini Oublier à ce point vos devoirs !..
CLARISSE
Mon Dieu, je ne sais comment cela s'est fait !..
d'arboise.
Parbleu ! il vous a pris la main. Vous avez dû vous en apercevoir.
CLARISSE, troublée.
Mais je vous assure que je n'y songeais pas ; je ne le voulais pas.
d'arboise.
Je ne le voulais ! elles n'ont que cela à dire : elles ne le veulent jamais, et... {Séi'crement.) Ma nièce , c'est une conduite fort légère, et si monsieur Faustin en était instruit.. Je vous demande un peu si ce sont là des préliminaires de séparation, tandis que je vais criant partout que vous êtes au plus mal
ensemble , madame est là à coqueter. Si vous adorez votre mari , alors dites-le tout de suite ; je n'ai plus rien à faire ici ; je prends des chevaux , et je m'en vais I
CLARISSE
Non , mon oncle; mais pourquoi n'étiez-vous pas là? d'aîiboise.
Est-ce que je puis être partout? Je courais après mon substitut, pour lui expliquer l'affaire. J'ai été' au Palais , et je ne sais quelle mauvaise plaisanterie on m'a faite ; on m'a assure' qu'il n'y était plus , l'iais qu«3 je le trouverais le dimanche à la paroisse où il était serpent.
CLARISSE
Eh bien! mon oncle, je ne suis pas fâchée que vous ne l'ayez pas rencontré, car peut-être ne nous adresserons-nous pas à la justice.
d'arboise.
Et à qui donc voulez-vous vous adresser ? à la chambre des députés?
CLAnissE, timidement.
Non... à personne.
d'arboise.
Comment?
CLARISSE , plus timidement.
M. d'Hervilly prétend qu'il est innocent; que nous avons été trompés par de faux rapports.
d'arboise.
Oui dà, et, dans ce moment peut-être, il est aux pieds de sa nouvelle conquête.
CLARISSE
Que voulez-vous dire ?
d'arboise.
Que ton mari est le plus faux , le plus traître des hommes. Dans cinq minutes, je t'en donnerai la preuve.
CLARISSE
La preuve !
Oui, j'ai reçu des nouvelles de là-bas. Ce fameux portefeuille qu'il cachait si soigneusement...
CLARISSE
Il est entre vos mains ?
d'arboise.
On me l'a envoyé. J'ai donné ordre à mon laquais de courir à la diligence , et de me l'apporter.
CLARISSE
Et vous croyez qu'il renferme des lettres ?
d'arboise.
Cela sauto aux yeux ! Tu ne sais pas ce dont il est capable? Monsieur Aubry lui-même, qui était de fort mauvaise humeur contre lui, ne m'a dit que quelques mots en l'air; mais il ne doute pas que ton mari n'ait ici, au bal , quelqu'un qui l'intéresse.
CLARISSE , frappée.
Ici ! quelle perfidie ! quelle trahis<ui ! après tout ce qu'il m'a dit !
d'arboise.
Ah ! parbleu ! ces libéraux ont la langue dorée ! Quand ils vous parlent , on croirait presque qu'ils ont raison.... aussi je me boucherais plutôt les oreilles...
CLARISSE , d'un air décide.
Mon oncle , emmenez-moi ; je ne veux pas rester un moment de plus ; je ne veux plus le voir, l'entendre ; je le déteste.
A la bonne heure ! voilà que tu commences à devenir raisonnable. Viens , mon enfant , viens faire tes adieux à madame Aubry. Je vais envoyer chercher ma voiture, et dire à notre avoué que vous êtes parfaitement d'accord... pour la séparation.
( Ils sortent.)