FLAMANT, ARMAND
{^Armand est en négligé militaire ; son habit est su?' un canapé, au fond. Il travaille au portrait de Clémentine qui est sur un chevalet. Flamant prépare les couleurs , qui sont dans une petite boite posée sur un tabouret.)
ARMAND, à lui-même.
C'est bien elle ! . . voilà son regard. . . son sourire ! . . . Chère Clémentine!... Elle ne s'attend pas à cette surprise i
FLAMANT, ses lunettcs sur le nez.
La jolie petite figure !
ARMAND , l'apercevant près de lui.
Tu trouves?... C'est pourtant un portrait de fantaisie...
FLAMANT, avec l'air du doute.
De fantaisie !.. . Hum!... ça a l'air trop ressemblant
* Le premier acteur inscrit lient toujours en scène la gauche du spectateur. , ' '
pour ça !... C'est sûrement la sœur ou peut-être la cousine de M. le capitaine? — Te croirais plutôt que c'est sa cousine.
ARMAND
Et pourquoi?
FLAMANT
Oh! c'est que les cousines des jeunes gens sont toujours jolies ; c'est vrai ! .Je ne sais pas comment ça se fait, je n'en ai jamais vu de laides; et pourtant dans mon état de portier, on voit bien des choses, surtout dans un hôtel garni.
ARMAND, souriant.
Oui... au besoin, Flamant ferait la petite chronique du quartier!
FLAMANT, essuyant les pinceaux.
Ah! mon Dieu, c'que je sais, c'est toujours par hasard, car, grâce au ciel, j'ne suis pas curieux!... Mais i'monte le journal au premier; j'annonce une visite à l'entresol, j'vas commander un diner fin pour l'Etudiant en droit qui loge au cinquième... Dame! j'attrape quelque chose partout, là !. .. Je remarque que la visite pour l'entresol est d'un petit blondin , et qu'il ne vient jamais voir madame que lorsque monsieur est à son bureau ; je m'aperçois que le diner fin est pour deux.*.. Et je vois arriver, vers les quatre heures, une petite brune qui me demande en rougissant : ^< Mon cousin... monsieur Albert... ( riant en dessous. ) Mon cousin ! » Au cinquième , mamzelle... la porte au fond du coUidor...
Air : TJn homme pour faire un tableau.
Puis, en taillant qu'cuqu's escarpins, J'réfléchis à nos locataires ; Sans jamais parler aux voisins, Je m'trouv' savoir toul's leurs affaires. J'écoule , en tirant le cordon : Ce qu'on n'dit pas , je le devine ; Et j'sais tout c'qui s'passe au salon . En f'sanl un tour à la cuisine.
ARMAND
C'est très innocent.
FLAMAM.
Monsieur le capitaine ne veut pas devenir aussi savant. Voilà bien quinze jours qu'il n'a mis le pied hors de sa chambre.
ARMAND, à pari.
Le drôle compte juste.
FLAMANT
Vous m'direz : on a ses raisons... parce qu'après tout... chacun est le maître chez soi... C'est ce que je disais au locataire du second, qui m'faisait des questions sur vous.
ARMAND
Qui? celui qui reçoit sa jolie cousine?
FLAMANT
Eh! non, monsieur... un homme de soixante ans!... à cet âge-là, on n'a plus de cousines... (^d'un air goguenardS) mais on a une nièce, et ça revient au même.
ARMAND
Oui-dà !.. .je vois que monsieur Flamant a aussi quelque petite nièce...
FLAMANT, sérieuscment.
Moi? non, monsieur... j'ai ma femme : c'est bien différent !
Je m'en doute, {quittant sa palette. )Voilà qui est fini. . . tu peux t'en aller maintenant.
FLAMANT, regardant toujours le portrait.
Ma foi, voilà un portrait qui nous fera honneur! [d'un air d'intelligence.) Je n'suis pas curieux... mais, je parierais que c'est pour un cadeau... peut-être un présent de noce...
ARMAND, sévèrement.
Monsieur Flamant. .. je vous ai déjà dit qu'un portier. . .
FLAMANT
Doit être la discrétion même... Aussi c'est ce que je fais, je retourne à ma porte. ( Il enlève le tabouret qu il pose au fond du théâtre. ).. . {à part. ) Une retraite aussi longue... une figure de l'antaisie... ça n'est pas clair du tout , et si je puis faire jaser son domestique , quand il battra ses habits...
ARMAND, voyant qu'il n'est pas parti.
Eh bien ?
FLAMANT
Je sors, monsieur le capitaine, je sors... [revenant.) Ah! s'il vous arrive quelque lettre... vous savez... de cette jolie petite écriture , sur papier bleu?... je vous l'apporterai tout de suite moi-même, [à part.) Quelquefois les lettres vous apprennent quelque chose.