ROBERT, CLÉMENTINE
CLÉMENTINE
Eh bien! monsieur Robert, m'expliquerez- vous enfin ce que cela signifie? votre colère?...
ROBERT
Madame, c'est que je ne puis souffrir que l'on calomnie mon maître.
CLÉMENTINE, ironiquement.
Ah! sans doute, on le calomnie... après toutes ses promesses!... Où est-il donc enfin?
ROBERT
Mon Dieu, soyez sûre que s'il avait pu se dispenser... mais une affaire de famille... l'arrivée subite de son oncle...
CLÉMENTINE
Tu me trompes.
ROBERT-
Madame...
CLÉMENTINE
Robert... Ion embarras augmente ! j'aime Armand , j'en conviens; je l'aime plus que je ne croyais, mais je ne puis supporter l'idée d'être trahie, {lui donnant la
petite bourse qui pevd à sa ceinture.) Allons, parle, ne crains rien... où esl-il?
v^ovA-.KY , prenaiit la bourse.
Vous m'oflririez des monceaux d'or, madame, que je ne pourrais vous l'apprendre... Mais, pour vous trahir, il en est incapable , j'en réponds comme de moi-même. Pendant ces quinze jours, il m'a étonné par sa sag^esse ; pas la plus petite affaire d'honneur ou de galanterie; pas une pensée qui ne fut pour vous! Il ne me parlait que de son bonheur, de son amour, et de ses créanciers...
CLÉMENTINE
Ses créanciers ?,.. Ils ne sont pas encore payés?
ROBERT
Ils vont l'être à l'instant ; les dix mille francs sont là , madame peut voir si je suis un menteur ! {Il cherche dans le secrétaire. ) C'est qu'un jeune homme qui paie ses créanciers, c'est une fîère preuve d'amour. . . Eh bien! . . . c'est singulier... je croyais avoir mis le portefeuille...
CLEMENTINE.
Les dix mille francs ne se trouvent plus?
ROBERT, tirant tous les tiroirs avec humeur. Je les ai vus il n'y a pas une heure ! ... Ah! mon Dieu! est-ce qu'on nous aurait volés?
CLÉMENTINE
Fort bien ! Armand est sorti , et l'argent est parti avec lui.
ROBERT
Madame, ne croyez pas...
CLÉMENTINE
.Te m'en doutais!... il n'a pas changé de conduite, et monsieur Robert s'entend avec lui. . . {apercevant la lettre qu Armand a laissée sur sa table. ) Me direz-vous aussi quel est ce billet?
Un billet?
CLÉMENTINE, le regardant du coin de l'œil. Je vois qu'il n'est pas de mon écriture, et il est facile de deviner. . .
ROBERT, souriant.
Ah! madame!... quelle idée!... je parie que vous vous imaginez que cette lettre est de quelqu'un qui... Convenez-en ?
CLÉMENTINE, regardant toujour S le billet. Moi? je n'imagine rien; je craindrais de rencontrer juste... Au surplus, je dois respecter les secrets de sa correspondance..'. Ce billet est ouvert, il est vrai, mais il n'en est pas moins sacré.
ROBERT
Eh! mon Dieu, madame, vous mourez d'envie de le lire! qu'à cela ne tienne... prenez... Oh! avec mon maître, je ne crains rien.
CLÉMENTINE
Non, Robert.
ROBERT, avec assureince.
Pour nous justifier?... vous nous devez cette satisfaction. [Il va prendre le billet sur la table et le donne à Clémentine. ) Lisez, madame , je l'exige. CLEMENTINE ,pr^w«!W^ le billet.
Au moins, c'est toi qui m'y forces.
ROBERT
C'est quelque lettre d'affaire ; vous allez reconnaître notre innocence.
CLÉMENTINE, Usant.
« Monsieur, je vous attends avec vos armes... »
ROBERT, à part.
Ouf!... c'est un cartel, [haut.) Madame...
CLÉMENTINE
Avec vos armes!
ROBERT , troublé.
Oui — c'est de notre fourbisse ur... c'est que nbus remontons nos équipages.
CLÉMENTINE, kaUt.
« Un officier n'a qu'une manière de réparer ses torts, « et lorsqu'il outrage une famille respectable, il faut au « moins qu'il sache défendre sa belle. » — Défendre sa belle !
ROBERT , à part.
Je me trouve mal !
CLÉMENTINE, Usant.
« Je compte sur vous. Le colonel Bonneville. » De mieux en mieux !
ROBERT , prenant la lettre.
Madame, ce n'est pas possible... le facteur se sera trompé. (// lit l'adresse. ) A monsieur Armand , capi-
laine de hussards... i^jelavL la lettre.) C'csl le dial)le qui s'en mêle!
CLÉMENTINE, émxie .
A merveille ! . . . il me gardait toutes ces surprises pour le dernier jour. Un duel!... Et pour une lemme qu'il a séduite, qu'il a trompée!...
Madame , je veux mourir. . .
CLÉMENTINE
Tu prétends encore l'excuser?
ROBEKT.
Non, madame; je conviens que ce duel... celle femme... mais cela ne fait rien.
CLÉMENTINE
Comment ! cela ne fait rien !
ROBERT
Je veux dire que cela n'empêche pas le capitaine de n'aimer que vous seule.
CLÉMENTINE
Quand il va se battre pour une autre?... Laissez-moi sortir, [s' asseyant auprès du secrétaire.) .Je ne veux plus le voir, je ne veux plus entendre pat 1er de lui ; il ne m'a jamais aimée.
ROBERT , se dépitant.
Ah! madame, pouvez-vous dire?... Tenez, vous allez me faire commettre une indiscrétion... mais c'est és^al, je brave tout pour justifier mon maître. Voulez-vous une preuve qu'il vous adore, qu'il n'est occupé que de vous? Pendant ces quinze jours de retraite , qu'est-ce qu'il a fait? qu'est-ce qui charmait sa solitude? Eh bien ! madame , c'était votre portrait.
CLÉMENTINE , siirprise.
Mon portrait !
ROBERT
Oui, madame... votre portrait qu'il a peint lui-même de souvenir, [à part.) Elle s'adoucit. [haul.)\\ est joli... joli!... et d'une ressemblance... je puis vous le montrer.
CLÉMENTINE
Serait- il vrai?
ROBERT
Il est dans ce cabinet... [lui monlranl le cabinet à gauche.) mon maître voulait vous surprendre, [à parl.)0\\ ! la bonne idée que j'ai eue là !
CLEMENTINE.
Je ne puis croire...
ROBERT
Vous allez voir comme il vous aime ! (// ouvre la porte du cabinet; on entend un cri ; Robert qui aperçoit une femme, rejèrme la porte. tout effrayé. — Tremblant.) Ah! mon Dieu !
CLÉMENTINE
Quel est ce bruit?
ROBEHT , balbutiant .
Du bruit?... je... je n'ai rien entendu,
CLEMENTINE.
Comment ! mais j'ai vu. . .
ROBERT, de même.
C'est... c'est le mannequin pour les draperies...
CLEMENTINE.
Mais on a crié ?
ROBERT , perdant la tête.
C'est. . . c'est qu'il a eu peur,
CLEMENTINE, vivement.
Le mannequin? Ah! c'en est trop ! je suis lasse de ces impertinences; je veux absolument savoir. .. ouvre cette porte sur-le-champ! ,',r.'.>. .:. /f. -'x • ■
ROBERT, à part.
C'est fait de nous!... Et le capitaine qui ne me prévient de rien ! (// ouvre la porte; Cécile parait.)