SCENE XVll
CATHERINE, de câté ; GOBERGEOï, déjà ivre; MÈRE MICHELIN, sur te pas de la porte; vne servante
GOBERGEOT, appelant.
Allons donc... un peu d'activité.
MÈRE MICHELIN
Tout le monde se marie donc aujourd'hui... vous dites que c'est encore pour une noce?
GOBERGEOT, la langue épaisse.
Oui , vénérable aubergiste... et une noce aussi sensuelle que possible.
MÈRE MICHELIN
C'est que toutes nos provisions sont retenues...
GOBERGEOT.
C'est bien , je prends le reste... vingt couverts. .. (d la servante.) vous, ma petite colombe. .. volez faire nos invitations, le notaire , les amis , les violons. {La servante sort , la mère Michelin rentre.) C'est drùle, en parlant de violons, il me semble que tout danse autour de moi... c'est ce misérable philtre... j'en ai vidé deux fioles d'un trait, parce que je veux être excessivement aimable... ça a passé comme une
lettre à la poste!... voyons s'il fait son effet... (Il regarde Catherine. )
CATHERINE , sc levant.
Ce qui me console du moins, c'est que mon mari est un homme sage, posé, qui n'a aucun vice... [Elle l'aperçoit clignant des yeux et cliancelant.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce qu'il a donc !
GOBERGEOT, enchanté.
V'Ià que ça commence.
CATHERINE, à part.
Dieu ! qu'il est laid comme ça.
GOBERGEOT , sourlant.
Vous vous apercevez d'un petit changement';'
GATHERIKE.
Pardi !
GOBERGEOT, Se Soutenant d peine. Je suis aim-able, pas vrai?
CATHERINE
Mais, du tout! au contraire.
GOBERGEOT.
Bah! (à part.) c'est que je n'en ai pas assez pris, faut doubler la dose, j'ai encore là une fiole ! (// tire une bouteille de sa poche et va se détourner pour boire.)
{à part.)
Air : Encore un (fuart'fon Claudine,
Ça va venir, j'espère, Faut d'Ia patience en tout; Je connais la manière...
Nous en viendrons à bout.
{Il boit.)
Encore un p'iit coup Pour plaire ;
Encore un p'iit coup.
CATHERINE
Qu'est-ce que vous faites donc ?
GOBERGEOT, pluS ïvre.
Ne faites pas attention... c'est une potion suivant l'ordonnance.
CATHERINE
Ah ! l'horreur'... ah ! le vilain homme!
GOBEUGEOT.
Même air.
Ah! vous fait's la sévère , Je vous croyais du goût.
Mais nous allons vous plaire , El vous plaire beaucoup.
{Il boit.) Encore un p'tit coup,
Fermière !
Encore un p'tit coup.
(// veut lai prendre la taille.) Hé ! hé ! hé !... CATHERINE, le repoussaiit , et gagnant la gauche du public. Laissez-moi.,, laissez-moi!
GOBERGEOT , pluS lourd.
Ah! vous ne devez pas me rudoyer... j'suis aimable... j'suis un honnête homme, un bon citoyen... je paye bien mes portes et fenêtres. . . je vous ai pas insulté. . . passez votre chemin... d'ailleurs, dites donc, je suis vot' mari... vot' seigneur et maître, et si on ne marche pas droit (tombant sur un banc.) pif... paf... v'ian... le code maritime... je n'connais que ça...
CATHERINE
Dieu ! il me battra , c'est sûr !. .
GOBERGEOT, s' endormant.
C'est drôle, elle m'avait dit que je verrais tout couleur de rose... et j'y vois plus du tout... du tout... du tout... ils ont donc éteint les chandelles!... huml... chère amie de mon cœur... (Il s'endort.)
CATHERINE
Eh bien! il s'endort!... ça promet!... (levant les yeux au ciel.) Dieu ! quel avenir je me suis préparé là ! il faut convenir que j'ai bien mal placé mes affections !... va-t-on se moquer de moi... on vient... justement c'est la future d'Éloi... Je ne peux pourtant pas laisser voir mon mari dans cet étatlà !. .. (Elle se rapproche de Gobergeot et le masque avec son tablier. )