SCENE VIL
LES MÊMES, LE BARON, en grand uniforme ^ avec une brochette de décorations.
LE BARON
Oui, ma chère parente, c'est moi-même... Vous êtes étonnée que j'aie pum'arracher à mes pénates embaumées, et me transplanter ici ?
LA COMTESSE , étourdic.
En'vérité. je n'espérais pas... (à sa fille. ) Tu étais donc prévenue ?
CHRISTINE, embarrassée.
Non... c'est-à-dire... ( à part. ) Allons, voilà le père, à présent!... Ah! çà...' ils jouent donc à cache-cache ?
LA COMTESSE
Comment, baron, après votre refus obstiné...
LE BARON
Que voulez-vous, comtesse, notre parenté... les avances du prince... j'aurais l'air d'y mettre de la morgue, et ce n'est pas dans mon caractère. D'ailleurs, puisque ma présence en ces lieux peut opérer quelque bien . . .
LA COMTESSE, à part.
Il veut me faire avoir ma place. ( haut. ) Ah! mon cher baron cette généreuse démarche nous réconcilie à jamais.
CHRISTINE, s' empressant.
Nous sommes si heureuses de vous posséder !
LE BARON, souriant.
Hum!... petite sirène... Ah! çà, belle-sœur, me trouvezvous à peu près présentable ?... Je n'ai mis que vingt-deux décorations... c'est peut-être un peu négligé... mais, à présent qu€ je tiens si peu à toutes ces bagatelles !...-
tX COMTESSE.
"Vous êtes parfaitement bien.
CHRISTINE
Vingt-deux décorations !
LA COMTESSE
C'est un baron au- grand complet.
LE BARON
Ah ! si l'on ne m'avait pas fait d'injustices^, j'aurais commencé la seconde brochette.
Air : f^oilà la manière.
Oui, notre noblesse
Aime les rubans,
C'est une faiblesse
Chez les Allemands.
A l'honneur français Un seul cordon devait suffire ;
Mais chez nous, je sais Qu'on en a tant qu'on en désire.
On sait en produire
Une infinité...
Et l'on se retire ' ' '
Sur la quantité.
CHRISTINE, avec intention.
Et mon cousin Jacinthe, il ne vous a pas accompagné ?
LE BARON
Non, non, vraiment... et je serais désolé qu'il s'aperçût de mon absence... Mais je suis bien tranquille, il est ;\ mille lieues de soupçonner...