‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 290 sur 300 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

LES MÊMES, LE BARON, en grand uniforme ^ avec une brochette de décorations.

LE BARON

Oui, ma chère parente, c'est moi-même... Vous êtes étonnée que j'aie pum'arracher à mes pénates embaumées, et me transplanter ici ?

LA COMTESSE , étourdic.

En'vérité. je n'espérais pas... (à sa fille. ) Tu étais donc prévenue ?

CHRISTINE, embarrassée.

Non... c'est-à-dire... ( à part. ) Allons, voilà le père, à présent!... Ah! çà...' ils jouent donc à cache-cache ?

LA COMTESSE

Comment, baron, après votre refus obstiné...

LE BARON

Que voulez-vous, comtesse, notre parenté... les avances du prince... j'aurais l'air d'y mettre de la morgue, et ce n'est pas dans mon caractère. D'ailleurs, puisque ma présence en ces lieux peut opérer quelque bien . . .

LA COMTESSE, à part.

Il veut me faire avoir ma place. ( haut. ) Ah! mon cher baron cette généreuse démarche nous réconcilie à jamais.

CHRISTINE, s' empressant.

Nous sommes si heureuses de vous posséder !

LE BARON, souriant.

Hum!... petite sirène... Ah! çà, belle-sœur, me trouvezvous à peu près présentable ?... Je n'ai mis que vingt-deux décorations... c'est peut-être un peu négligé... mais, à présent qu€ je tiens si peu à toutes ces bagatelles !...-

tX COMTESSE.

"Vous êtes parfaitement bien.

CHRISTINE

Vingt-deux décorations !

LA COMTESSE

C'est un baron au- grand complet.

LE BARON

Ah ! si l'on ne m'avait pas fait d'injustices^, j'aurais commencé la seconde brochette.

Air : f^oilà la manière.

Oui, notre noblesse

Aime les rubans,

C'est une faiblesse

Chez les Allemands.

A l'honneur français Un seul cordon devait suffire ;

Mais chez nous, je sais Qu'on en a tant qu'on en désire.

On sait en produire

Une infinité...

Et l'on se retire ' ' '

Sur la quantité.

CHRISTINE, avec intention.

Et mon cousin Jacinthe, il ne vous a pas accompagné ?

LE BARON

Non, non, vraiment... et je serais désolé qu'il s'aperçût de mon absence... Mais je suis bien tranquille, il est ;\ mille lieues de soupçonner...

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