LE 1!AR
Comment!
JULIF.
Promettez- moi de ne pas vous fasser.
LE BAKON.
Je te le promets.
ITLIE , has.
Z'ai entendu l'autre soir qu'il contait à mon père son mariage avec celle qu'il aime.
ï,E B.\KON , avec colère..
Son mariage !.. il aurait osé !..
JL'LIE.
Sut... sut donc I
LE BAuo:v.
Le misérable ! le coquin I je vais le chasser à l'instant de chez moi , et après...
JULIE , de même- Et après !.. voilà comme vous tenez votre parole ?
LE BARON
Ah corbleu! j'enrage.
Eh bien ! faut-il s'inquiéter pour cela? C'est bon... zé vas iné fasser aussi, moi... et ze croirai pus tout ce que vous m'avez dit.
LE BAP.ON , lui p^'cnanl la main.
Crois que tu es charmante ; que je t'adore !.. mais monsieur mon neveu , c'est une autre atlaire I Oser me désobéir! me braver à ce point!., je me vengerai... oui, morbleu!., dans ma colère, je suis capable... (Zcrzco-arf/anf.) Oh! la bonne idée ! Air : Traitant V amour sans pitié .
Oui , Charles sera puni 5 Et pour venger cet outrage, Moi-même du mariage Je i'erai l'épreuve aussi.
JULIE
Comment ?
' LE BARON
Ecoute , Marie , De toi mon âme est ravie, Je te plais... je le parie, Je t'épouse...
jcLiE, très-étonnée.
Kh ! quoi , monsieur !..
LE BARON
Sans doute il est doux , je pense, De savourer la vengeance, [Lui baisant la main.)
Quand elle mène au bonheur!
JULIE
Comment • vous m'épousez !
LE BARON , virement.
Oui oui! c'est une revanche! nous nous convenons...
nous nous aimons... je l'ai vu tout de suite ! nous ferons le couple le mieux assorti, et (lliarles enragera... Ah ! ah !.. monsieur le drôle , vous ne vous attendez pas à celui-là ?
Oli! non , il ne s'y attend pas.
LE BARON
Hein I quand il sauva que tu vas être sa tante... cela ne SLM-a-t-il pas plaisant?
JULIE
Il voudra pas le croire.
LE BAKON.
Il faudra bien qu'il le croie ; car rien ne me fera changer. Il pourrait pi»venir des ostacles.
LE BARON
Impossible ! ne suis-je pas mon maîl.c? Les préjugés... je m'en moque; d'ailleurs, je renonce au monde ; je vivrai dans cette terre ; je ne verrai personne.
JULIE
C'est une soze drôle que l'amour!.. Si on vous avait dit liier que vous alliez vous marier, peut-être vous auriez dit que non.
LE BARON
Mon Dieu! il y a une heure seulement .. Pouvais-je deviner que je rencontrerais ici. un trésor?
Votre neveu aimait-il depuis long-temps celle qu'il vient d'épouser?
LE BARON
Depuis deux ans au moins I il m'en a rompu la tête !
JULIE
Il dit zé crois que sa femme est bonne , et (qu'elle a ct«; bien élevée.
LE BA.RON , vi^'emcnt.
Qu'est-ce que cela me fait? une fi i le de rien... qui n'a pas un sou!., je lui avaisIS'y penser, et... Eh! mais qu'as-tu donc? tu parais toute rêveuse?..
JULIE, baissant les jeux.
Moussu \c baron , zé suis aussi une fille de rien , moi... z'ai pas du tout de l'arzent.
LA BARON
Charmante , eu vérité î rassure-toi , I^îarie , je ne dépends de personne , moi. A mon âge , je puis faire ce qui me plaît.
JULIE
Ah! zé comprends, zc crois. Votre neveu il fait une folie en prenant une femme de son aze , et qu'il aime depuis longtemps I Vous, au contraire, en en prenant une qui vous tombe des nues , et dont vous seriez le grand'père , vous faites une soze raisonnable.
LE DARON^ embarrassé.
Heiu ? qu'est-ce qu'elle dit doncP.. (^4 /«/«e.) Mais , oui, tout dépend des ciiconslances.
A la bonne heure ; mais moi j'ai des escrupules , et si zc vous épouse, il faut me promettre...
LE BARON
Tout ce que tu voudras.
JULIE, hésitant.
Moussu Charles y doit beaucoup de l'arzent.
LE BARON
-Encore Charles!... sans doute, il est pehlu de dettes; mais je sais bien qui est-ce qui ne les payera pas ! JULIE , câlinant.
Si lait ! Tons les payerez... ce sera le pre'sent-de noces.
LE BARON
Ah I tu es trop raisonnable pour exiger... JULIE, vivement.
Zé suis pas raisonnable... et si vous payez pas tout, zé veux plus de vous I Comment I ze deviendrais lisse et brave; //aurais de belles robes , zé ferais la dame... et votre neveu y serait malheureux !... c'est pas possible, ça.
LE BARON
Excellente fdle I tu es encore meilleure que tu n'es jolie!... Allons je ferai ce que tu demandes. L'ingrat ne le mérite pas ; mais n'importe, ce sera pour toi seule.
JULIE , vii^ement.
Et vous permettez à sa femme de venir vivre près de vous?
LE BARON
Oh I pour cela, non , qu'on ne me parle jamais d'elle.
JULIE
Eh ! bien , moi, ze' vous en parlerai toujours.
LE BARON , étonné.
Que signifie cet acharnement?
JULIE
Y signifie que zé vous aime ; que zé veux pas qu'on se moque de vous... et que vous passeriez pour un fou de punir moussu Sarles , et de faire pis que lui.
LE BARON
Mais réfléchis donc...
j ULI r , frappant du pied.
Zé réfléchis jamais ! {Le baron veut parler , elle lui met la main sur la bouche.) D'abord, vous parlerez pas, que pour dire : oui... Zè i'ai mis dans ma tête ! Dites-vous oui ?
LE BARON
Allons, allons, modère-toi ; nous verrons.
JULIE
Ahl vous allez dire oui.,, ze' lé vois dans vos yeux.
LE BAB.ON
Il faat bien vouloir tout ce que tu veux.
JULIE se précipite sur sa main et la baise. Ah! mon cher... {Se remettant.) IMoussu le baron, vous êtes bon , z'en zure, et votre nièce sera reconnaissante- Air : Aimable , douce et gentille.
Je veux qu'elle soit mon amie , Je veux qu'elle habite avec nous , Et que vous passiez votre vie, Entouré des soins les plus doux.
{Auec âme.) Vous aimer et vous plaire Sera son unique loi.
Si votre cœur lui fut contraire,
Il changera bientôt , je croi ; [Le baron hoche la tè'le.) Oui, dans quelques jours, je l'espère, Vous l'aimerez autant que moi.
E]\'SE3IBLE.