‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 83 sur 300 · LE BARON, CHARLES · texte numérisé non relu

LE BARON, CHARLES

LE BARON , fredonnant aussi, se lèfa et se promène d'un air triompliant.

Tra , la , la , la , la.

CHARLES

Eh ! mon Dieu ! quel air conquérant !.. Ah ça! mon oncle, c'est donc pour tout de bon ?

LE BARON

Comment, si c'est pour de bon! pouvais-je faire un meilleur choix? de la douceur , de l'esprit, une naïveté touchante...

CHARLES

Quel feu ! oh ! c'est plus grave que je ne pensais... écoutezmoi , mon oncle.

LE BARON

Qu'est-ce que c'est ?

CHAULES , d^nn air grai'c , et s'appuyant sur le dos d'une chaise.

.Te vois que vous vous conduisez en jeune homme... et c'est à un homme grave, un homme revenu de toutes îeserreurs... comme moi , à vous montrer les dangers d'une alliance dispioportionnéc...

LE BARON

Hein...

CHAULES.

C'est tiré d'un de vos derniers discours, mon oncle; d'une alliance... {Reprenant son ton naturel.) Franchement, votre belle ne mérite pas de fixer un homme de goût. LE BARON , ironiquement.

Vous croyez cela ?

CHAULES.

Une tournure commune... des manières gauches.

LK BARON

Vous êtes connaisseur!

CHARLES

Et, malgré son air d'innocence, je suis sûr qu'elle a emplové de l'art pour vous captiver.

lp: baron.

Eh bien I non... c'est un an^e ! et quand tu sauras ce qu'elle a fait pour toi, pour toi qui la juges si mal, et cherches à la perdre dans rnon esprit

CHARLES , vwement Eh bien I mon oncle ?

Eh bien I quand tu le sauras , tu baiseras îa trace de ses pas, ou tu as le plus mauvais cœur.

CHARLES

Ah! parlez , je vous en conjure.

LE BARON

Elle m'a appris ton mariage.

CHARLES , embarrassé.

Ah ! elle vous a appris...

LE BARON

Oui ! dans un autre moment , j'aurais bien reçu une pareille nouvelle !.. mais la pauvre enfant a employé tous les moyens pour me fléchir, jusqu'aux menaces !

CHARLES

Aux menaces !

LE BARON

Sans doute : elle n'a voulu consentir à devenir ma femme que sous la condition expresse que je payerais tes dettes...

CHARLES

Oh ! la charmante fille :

LE BARON

Et que je consentirais à vous donner à tous deux un asile chez moi.

CHARLES , se jetant au cou de son oncle.

Ah ! mon onclei est-il possible ! quelle joie pour ma femme! je cours lui écrire de venir à l'instant ; elle est près d'ici , chez une parente. .

C'est bien, écris-lui... mais vous voyez , monsieur, les obligations que vous avez à cette fille, d'une tournure commune, à manières gauches.

CHARLES

Ah ! je reconnais mes torts.

LE BARON-

.îe vous déclare qu'elle sera la seule maîtresse chez moi.

CHARLES

Oui , mon oncle.

LE BARON

Et que vous ne resterez dans ma maison qu'autant qu'elle le voudra bien.

—SI- CHARLES

Voilà qui est convenu ! nous n'aurons pas de disputes làdessus , et j'adore voire prétendue.

Air : Restez donc , mon enfant (de la Veste et la Livrée). Quel jour pour un époux!

Ah ! croyez que pour vous, Quand le sort le plus doux

Ici s'apprête, Sans en être envieux, Mon cœar bénit ces nœuds ;

Et de nous deux Je suis le plus heureux.

LE BARON

Je suis fier de ma conquête

CHARLES

Et vous avez bien raison.

LE BARON

Dès ce soir, que pour la fête, Tout soit prêt dans la maison.

CHARLES

Le premier, j'y veux paraître, Et sitôt qu'il sera né.

Mon cher oncle, je veux être Le parrain de votre aîné.

LE BAUON , parlant.

Eh ! eh; monsieur, ce sera plutôt que vous ne croyez!

CHARLES , de mcme.

Eh bien I tant mieux , mon oncle I {^Reprise de L'air.) ENSEMBLE.

CHARLES

Quel jour pour un époux!

Etc., etc., etc.

LE BARON

Quel jour pour un époux!

Ah! je sens que pour nous.

Quand le sort le plus doux

Ici s'apprête , Tous souvenirs fâcheux S'effacent à mes yeux ;

Et de nous deux Je suis le plus heureux.

(Charles embrasse son oncle et sort.)

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