LE BARON, CHARLES
LE BARON , fredonnant aussi, se lèfa et se promène d'un air triompliant.
Tra , la , la , la , la.
CHARLES
Eh ! mon Dieu ! quel air conquérant !.. Ah ça! mon oncle, c'est donc pour tout de bon ?
LE BARON
Comment, si c'est pour de bon! pouvais-je faire un meilleur choix? de la douceur , de l'esprit, une naïveté touchante...
CHARLES
Quel feu ! oh ! c'est plus grave que je ne pensais... écoutezmoi , mon oncle.
LE BARON
Qu'est-ce que c'est ?
CHAULES , d^nn air grai'c , et s'appuyant sur le dos d'une chaise.
.Te vois que vous vous conduisez en jeune homme... et c'est à un homme grave, un homme revenu de toutes îeserreurs... comme moi , à vous montrer les dangers d'une alliance dispioportionnéc...
LE BARON
Hein...
CHAULES.
C'est tiré d'un de vos derniers discours, mon oncle; d'une alliance... {Reprenant son ton naturel.) Franchement, votre belle ne mérite pas de fixer un homme de goût. LE BARON , ironiquement.
Vous croyez cela ?
CHAULES.
Une tournure commune... des manières gauches.
LK BARON
Vous êtes connaisseur!
CHARLES
Et, malgré son air d'innocence, je suis sûr qu'elle a emplové de l'art pour vous captiver.
lp: baron.
Eh bien I non... c'est un an^e ! et quand tu sauras ce qu'elle a fait pour toi, pour toi qui la juges si mal, et cherches à la perdre dans rnon esprit
CHARLES , vwement Eh bien I mon oncle ?
Eh bien I quand tu le sauras , tu baiseras îa trace de ses pas, ou tu as le plus mauvais cœur.
CHARLES
Ah! parlez , je vous en conjure.
LE BARON
Elle m'a appris ton mariage.
CHARLES , embarrassé.
Ah ! elle vous a appris...
LE BARON
Oui ! dans un autre moment , j'aurais bien reçu une pareille nouvelle !.. mais la pauvre enfant a employé tous les moyens pour me fléchir, jusqu'aux menaces !
CHARLES
Aux menaces !
LE BARON
Sans doute : elle n'a voulu consentir à devenir ma femme que sous la condition expresse que je payerais tes dettes...
CHARLES
Oh ! la charmante fille :
LE BARON
Et que je consentirais à vous donner à tous deux un asile chez moi.
CHARLES , se jetant au cou de son oncle.
Ah ! mon onclei est-il possible ! quelle joie pour ma femme! je cours lui écrire de venir à l'instant ; elle est près d'ici , chez une parente. .
C'est bien, écris-lui... mais vous voyez , monsieur, les obligations que vous avez à cette fille, d'une tournure commune, à manières gauches.
CHARLES
Ah ! je reconnais mes torts.
LE BARON-
.îe vous déclare qu'elle sera la seule maîtresse chez moi.
CHARLES
Oui , mon oncle.
LE BARON
Et que vous ne resterez dans ma maison qu'autant qu'elle le voudra bien.
—SI- CHARLES
Voilà qui est convenu ! nous n'aurons pas de disputes làdessus , et j'adore voire prétendue.
Air : Restez donc , mon enfant (de la Veste et la Livrée). Quel jour pour un époux!
Ah ! croyez que pour vous, Quand le sort le plus doux
Ici s'apprête, Sans en être envieux, Mon cœar bénit ces nœuds ;
Et de nous deux Je suis le plus heureux.
LE BARON
Je suis fier de ma conquête
CHARLES
Et vous avez bien raison.
LE BARON
Dès ce soir, que pour la fête, Tout soit prêt dans la maison.
CHARLES
Le premier, j'y veux paraître, Et sitôt qu'il sera né.
Mon cher oncle, je veux être Le parrain de votre aîné.
LE BAUON , parlant.
Eh ! eh; monsieur, ce sera plutôt que vous ne croyez!
CHARLES , de mcme.
Eh bien I tant mieux , mon oncle I {^Reprise de L'air.) ENSEMBLE.
CHARLES
Quel jour pour un époux!
Etc., etc., etc.
LE BARON
Quel jour pour un époux!
Ah! je sens que pour nous.
Quand le sort le plus doux
Ici s'apprête , Tous souvenirs fâcheux S'effacent à mes yeux ;
Et de nous deux Je suis le plus heureux.
(Charles embrasse son oncle et sort.)