LE BARON , GUILLAUME
Ah I c'est toi , Guillaume ! tu arrives à propos.
GUILLAUME
Je venais cliercher cette petite; mais vous l'avez renvoyée... vous avez bien fait.
LE BARON
Il ne s'agit pas de cela. Viens ici , viens t'asseoir près de moi.
GUILLAUME
Moi , monsieur le baron, m'asseoir devant vous !.. Oh ! jamais.
LE BARON , brusquement.
Assieds-toi vite, imbécille.
GUILLAUME
Vous êtes bien honnête, M. le baron... {Il prend une chaise et s'assied.) Me v'ià assis.
Ecoute... ta fille est charmante.
GUILLAUME
Dam ! vous devez vous y connaître mieux que moi.
LE BARON
Sage, spirituelle.
GUILLAUME
Oui ; ça vous a de petites raisons toutes drôîettes.
LE BARON
Enfin, elle me plaît... et je l'épouse.
GUILLAUME , Stupéfait.
Vous l'épousez I,. ma fille !
LE BARON
Oui, ta fille... quand tu ouvriras de grands yeux.
GUILLAUME, à part.
Ah ! mon Dieu I il ne m'ont pas encore prévenu de ça.
LE BARON
Tout est déjà arrangé dans ma tète : ce soir, les fiançailles ; demain on publie les bans, après-demain...
GUILLAUME
Comme il y va!
LE BARON
Tu y consens, n'est-ce pas ?
GUILLAUME, étourdi. Tiens ! est-ce que cela me regarde, moi?
LE BARON
Comment, si cela te regarde.
GUILLAUME
Non... oui... je veux dire que ça la regarde plus ([uc moi.
LE BARON
Sois tranquille , nous sommes d'accord.
GUILLAUME, trcs-étonnc.
Ah ! vous êtes d'accord !.. et M. Charles, qu'est-ce qu'il va dire do ça ?
LE BARON
Charles n'a pas le droit de se mêler de mes affaires 1 mais au surplus, que cela ne t'inquiète pas; il approuve mon choix , et il est très-content.
GUILLAUME , plus étonné.
Ah I il est content I
LE BARON
Oui , sa femme va venir habiter avec nous.
GUILLAUME
Sa femme? Eli! bien, alors... (A part.) ils vont s'embrouiller, qu'ils ne s'y reconnaîtront plus.
LE BARON
Ah I ça, voyons , est-ce que cela ne te plaît pas?
GUILLAUME
Moi? si fait. Dès que M. Charles est content, vous de même, et puis tout le monde.,, je le suis aussi.
LE BARON
Je pensais bien que tu ne serais pas difficile à décider. (Ils se Ici^cnt.) Mais je prétends que tu te ressentes du bien que je veux faire à ta fille , je t'assurerai un sort convenable ; et pourcommencer. .. comme nous aurons grand monde; {Lui donnant une bourse.) Voici pour tes habits de n<^ce.
GUILLAUME
Est-il possible !
LE BARON
Air du vaudeville du Charlalnnisnie Dès aujourd'hui, je te iais don De quinze ou vingt arpens de terre J'y joindrai même une maison.
GUILLAUME
Comment ! j' n'aurai plus rien à l'aire ?
LE BARON
Tu seras riche, heureux, content !
GUILLAUME
Et tout ça , je l' dois à ma fille ?
LE BAROS.
Sans doute.
GUILLAUME, prenant la bourse, et a part.
Ah! quel désagrément !
D' n'avoir, hélas! que cet enfant, Et qu'il n' soit pas de ma famille,
{Regardant la bourse.) Dieux I et ils sont jaunes encore,'.. {Haut.) Ah! ça — je voulais dire, M, le baron .. une réflexion... Si par hasard , vous changiez d'avis ; si vous n'epousiez pas mamz'elle... ma elle , faudrait-il rendre... les habits de noce ?
LE BARON
Quelle supposition I peux-tu craimuc .\.
GUILLAUME
C'est égal... dites toujours... pourvoir si vous avez du creur.
LE BAHON.
Non, mon ami, je ne reprends jamais ce que j'ai donné.
ariLT.AUME , mettant la Ixmrsc dans sa poche. A la bonne heure , au moins... parce qu'on ne sait ni qui vit, ni qui meurt... et ma foi...