‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 85 sur 300 · LE BARON , GUILLAUME · texte numérisé non relu

LE BARON , GUILLAUME

Ah I c'est toi , Guillaume ! tu arrives à propos.

GUILLAUME

Je venais cliercher cette petite; mais vous l'avez renvoyée... vous avez bien fait.

LE BARON

Il ne s'agit pas de cela. Viens ici , viens t'asseoir près de moi.

GUILLAUME

Moi , monsieur le baron, m'asseoir devant vous !.. Oh ! jamais.

LE BARON , brusquement.

Assieds-toi vite, imbécille.

GUILLAUME

Vous êtes bien honnête, M. le baron... {Il prend une chaise et s'assied.) Me v'ià assis.

Ecoute... ta fille est charmante.

GUILLAUME

Dam ! vous devez vous y connaître mieux que moi.

LE BARON

Sage, spirituelle.

GUILLAUME

Oui ; ça vous a de petites raisons toutes drôîettes.

LE BARON

Enfin, elle me plaît... et je l'épouse.

GUILLAUME , Stupéfait.

Vous l'épousez I,. ma fille !

LE BARON

Oui, ta fille... quand tu ouvriras de grands yeux.

GUILLAUME, à part.

Ah ! mon Dieu I il ne m'ont pas encore prévenu de ça.

LE BARON

Tout est déjà arrangé dans ma tète : ce soir, les fiançailles ; demain on publie les bans, après-demain...

GUILLAUME

Comme il y va!

LE BARON

Tu y consens, n'est-ce pas ?

GUILLAUME, étourdi. Tiens ! est-ce que cela me regarde, moi?

LE BARON

Comment, si cela te regarde.

GUILLAUME

Non... oui... je veux dire que ça la regarde plus ([uc moi.

LE BARON

Sois tranquille , nous sommes d'accord.

GUILLAUME, trcs-étonnc.

Ah ! vous êtes d'accord !.. et M. Charles, qu'est-ce qu'il va dire do ça ?

LE BARON

Charles n'a pas le droit de se mêler de mes affaires 1 mais au surplus, que cela ne t'inquiète pas; il approuve mon choix , et il est très-content.

GUILLAUME , plus étonné.

Ah I il est content I

LE BARON

Oui , sa femme va venir habiter avec nous.

GUILLAUME

Sa femme? Eli! bien, alors... (A part.) ils vont s'embrouiller, qu'ils ne s'y reconnaîtront plus.

LE BARON

Ah I ça, voyons , est-ce que cela ne te plaît pas?

GUILLAUME

Moi? si fait. Dès que M. Charles est content, vous de même, et puis tout le monde.,, je le suis aussi.

LE BARON

Je pensais bien que tu ne serais pas difficile à décider. (Ils se Ici^cnt.) Mais je prétends que tu te ressentes du bien que je veux faire à ta fille , je t'assurerai un sort convenable ; et pourcommencer. .. comme nous aurons grand monde; {Lui donnant une bourse.) Voici pour tes habits de n<^ce.

GUILLAUME

Est-il possible !

LE BARON

Air du vaudeville du Charlalnnisnie Dès aujourd'hui, je te iais don De quinze ou vingt arpens de terre J'y joindrai même une maison.

GUILLAUME

Comment ! j' n'aurai plus rien à l'aire ?

LE BARON

Tu seras riche, heureux, content !

GUILLAUME

Et tout ça , je l' dois à ma fille ?

LE BAROS.

Sans doute.

GUILLAUME, prenant la bourse, et a part.

Ah! quel désagrément !

D' n'avoir, hélas! que cet enfant, Et qu'il n' soit pas de ma famille,

{Regardant la bourse.) Dieux I et ils sont jaunes encore,'.. {Haut.) Ah! ça — je voulais dire, M, le baron .. une réflexion... Si par hasard , vous changiez d'avis ; si vous n'epousiez pas mamz'elle... ma elle , faudrait-il rendre... les habits de noce ?

LE BARON

Quelle supposition I peux-tu craimuc .\.

GUILLAUME

C'est égal... dites toujours... pourvoir si vous avez du creur.

LE BAHON.

Non, mon ami, je ne reprends jamais ce que j'ai donné.

ariLT.AUME , mettant la Ixmrsc dans sa poche. A la bonne heure , au moins... parce qu'on ne sait ni qui vit, ni qui meurt... et ma foi...

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