LA DÉLATION AUX DROITS DE L'HOMME
Quelques-uns de nos amis, qui donnent encore quel-
ES
que attention à ces misères, aflirment que le Comité central a fait plébisciter son attitude par un certain nombre de sections ; nous n’avons jamais organisé rien de tel; nous publions, pour mémoire, la communication suivante :
Annecy, le 16 mars 1905
Monsieur le gérant,
Après avoir pris l'avis de mes amis et collègues Bernus et Canton, et d'accord avec eux, j'ai l'honneur de vous adresser la
communication ci jointe.
A. JOURJON
Professeur au lycée Berthollet
La section annécienne de la Ligue des Droits de Homme s’est réunie, le vendredi 3 mars, pour discuter la question de la délation.
Trois ordres du jour furent successivement présentés :
Le premier, déposé par M. Bernus, professeur au Lycée, était ainsi conçu : « La Section annécienne de la Ligue des Droits de l'Homme, estimant que le système des dossiers secrets est contraire à la justice, considère comme une erreur l'établissement de fiches sur une catégorie quelconque de citoyens ou de fonctionnaires,
Regrette que le Comité central ne se soit prononcé que tardivement sur cette question importante,
Et demande que les fiches établies par le faussaire Henry,
quatorzième cahier de la sixième série
et dont l’entrée au ministère de la guerre est un scandale, Ar 2 .
soient détruites comme les autres. »
Cet ordre du jour ayant été repoussé, M. Canton, professeur au Lycée, en proposa un second :
« La section annécienne, considérant, à propos de l'affaire des fiches, qu’elle s’est prononcée d’une façon formelle contre les notes et dossiers secrets, quelle qu’en soit l’origine, renouvelle cette protestation et passe à l’ordre du jour. »
Il eut le même sort que le premier.
Le troisième fut présenté par M. Borrel, rédacteur en chef de l’Avenir Savoyard. M. Borrel affirma que les populations républicaines, maïs simplistes, (particulièrement dans les campagnes), de la Haute-Savoie verraient dans le désaveu des auteurs de fiches une condamnation de la politique anticléricale.
Un membre ayant déclaré que la Ligue n’était pas une association de morale, cette assertion fut accueillie par la protestation indignée de quelques-uns, par le silence passablement gêné du plus grand nombre.
Il n’est pas inutile de noter que la majorité des membres de la Ligue fait partie de la loge maçonnique : l’'Allobroge, — et que la Loge s'était, quelques semaines auparavant, prononcée en faveur des auteurs de fiches.
Après une discussion assez houleuse, au cours de laquelle M. Borrel fut amené par M. Canton à reconnaître que son ordre du jour impliquait la condamnation de toutes les fiches et notes secrètes, quelle qu’en soit l’origine, cet ordre du jour, — dont ci-dessous la ténéur, — fut voté à une forte majorité :
«La section annécienne de la Ligue des Droits de l'Homme émet le vœu que le ministère reste fidèle à ses engagements et qu’à l'avenir tous les dossiers concernant les fonctionnaires soient communiqués aux intéressés.
À. JOURION