‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 53 sur 189 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Il est évident que les rédacteurs de cet article ne se sont pas suffisamment préoccupés du fonctionnement et de l’organisation actuels du culte juif.

S’il est interdit à l'union de franchir les limites d’un département, c’est la mort pure et simple de toutes les petites communautés, des communautés pauvres (c’est-à-dire de la plupart des communautés).

Paris, Nancy, Bordeaux, Marseille, Lyon pourront seuls subsister.

Prenons Chälons, Sedan, Avignon, Nîmes, Saint-Étienne, etc., — villes où il y a des rabbins, — ou Orléans, Tours, etc., — villes où il n’y a que des ministres officiants.

Dans ces communautés, on trouve de trente à quinze familles, et le tiers des communautés françaises ne compte pas plus de trente familles.

Pour boucler leur maigre budget, ces communautés reçoivent de communautés riches dont elles relèvent une

l'enquête du Siècle

subvention qui s'élève à quelques centaines de francs ; en outre l’État accorde une petite subvention aux ministres officiants.

Privées de ces ressources venues du dehors, ces communautés ne pourront plus vivre.

Et les conséquences financières ne sont pas seulement à examiner. Il y a le côté moral.

Qu'est-ce qu’une petite communauté de vingt familles, par exemple, ne se rattachant à rien, ne pouvant s'associer à aucune autre pour aucune œuvre commune, isolée, perdue dans un vrai désert moral ?

La situation deviendra d'autant plus pénible pour la plu-

ralité des croyants israélites qu’ils doivent l’organisation actuelle à la volonté de l’État et à la loi française. C’est elle qui a voulu que toutes les communautés françaises formassent une union, chose qui n’a jamais donné lieu à aucun inconvénient.

En outre, l’État n’a-til pas intérêt à ce que l’enseignement religieux et la prédication reçoivent l'impulsion venue du centre plus éclairé et soient dirigés dans le sens de certaines idées larges et modernes ?

On peut prévoir à coup sûr que l'application de la loi en projet serait le triomphe des orthodoxies fanatiques et outrancières.

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