L'approbation du censeur royal est du 30 mai
logiques des choses que nous trouvons absurdes, ît associaient sans effort, sans embarras, des opinions entre lesquelles il n'est plus d'accord possible. Le livre dont il s'agit nous familiarise mieux qu'aucun autre avec ces bizarreries.
Il est intitulé : De la religion nationale, par
l'abbé Fauchety prédicateur ordinaire du roi,
kaire général de Bourges, abbé commendataire de
ont for t.
Ce prédicateur ordinaire du roi, qui allait
ievenir le prédicateur ordinaire de la Révolution, û * dévouer à elle « avec un abandon, un enthoui tesme auxquels on ne peut rien comparer 1 », et •i ûonter sur l'échafaud avec les Girondins, déteste ij tla philosophie insensée » qui détruit le seul frein
) capable de réprimer les tyrans; il se réjouit de ses • mécomptes » 2 , maudit l'impiété, « lèpre affreuse, plaie qui dévore la foi et les mœurs 3 ». Il n'admet point de société nationale sans religion, et proclame çue la religion catholique doit rester à tout jamais la religion nationale de la France. Faut-il la maintenir dans son intégrité? « C'est
1 1. C'est M ma Roland qui le dit, en mars 1791.
2. Voir le titre du paragraphe V de la première section. Fauchet parle des mécomptes de la philosophie sur le ton qu'on prend aujourd'hui pour annoncer la banqueroute de la science.
3. Accusé par Bonneville d'adhérer à la philosophie irréligieuse, Fauchet réfuta facilement cette accusation au cercle social, en 1701.
demander s'il est essentiel de conserver la paix> la concorde et tous les biens qui résultent de l'unité nationale. »
L'édit de Nantes, « règlement de circonstances *, n'a pas été sanctionné par les Etats généraux. On ne doit pas tolérer plusieurs cultes; l'intolérance^" que les philosophes condamnent « bien impolitH quement », fait la force des empires.
« La France se croirait perdue à la seule idéfil d'une révolution légale qui lui ravirait l'unité dô. culte. »
« Pour avoir dans leur plénitude les droits d€ citoyen, il faut professer la religion nationale. »
« Les lois sur le culte doivent imposer à tou* ceux qui habitent le royaume le respect extériem pour les temples, les observances et les cérémonies de la religion. Une insulte au culte national doi être punie par une détention. La loi doit fixer et quoi consiste l'insulte punissable, par exemple des paroles impies dans la rue, le refus d'arrêtei les voitures ou de se prosterner quand le culte l'exige. » La loi qui ordonne la cessation des œuvres serviles les dimanches et fêtes doit être observée strictement pour tous gros ouvrages qui se font en public. Il faut « confisquer » les maisons et les terrains où l'on excerce ces « labeurs impies ». Il y a scandale punissable quand la loi du
carême est transgressée avec une publicité insultante; les boucheries et charcuteries seront fermées pendant tout le carême.
Fauchet réprouve les « barbouillages » que, € pour flatter le despotisme des princes et des tribunaux », on a écrit sur le mariage; il n'appar- 1 tient qu'à l'Eglise de décider sur cette matière, et « ce qu'elle a fixé au concile de Trente est audessus de toute atteinte, lie souverainement les consciences ».
Les gens sans religion ne seront pas admis à se marier. « Si leurs passions les portent à des unions passagères, ils auront troublé l'ordre public, il faut les punir; en cas de récidive, la prison ».
Les écrivains « qui outragent la religion et dont l'orgueil impudent ou la moquerie insolente caractérise le langage », seront traités comme les assassins.
La plupart des pièces de Molière sont « infâmes » ; c< il faut les proscrire à jamais ». Dans les « spectacles purifiés, on n'admettra ni filles ni veuves ».
La danse sera interdite.
Le prêtre qui exhale ainsi son fanatisme, n'en est pas moins l'apôtre d'une révolution singulièrement grave.
Non content de revendiquer le droit naturel qu'il
LA SEPAllATIOX DE LEGLISK ET DK L'ÉTAT KX 1791. 5
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croit conforme à l'Evangile, et de proclamer que la loi doit être le résultat de la volonté générale, il s'écrie : « Nation malheureuse, vous avez un gouvernement mauvais; changez-le! Pourquoi les méchants gouvernent-ils? Parce que vous le voulez... Tyrans des mortels, et vous, ministres complices de leurs violences ; et vous peuples rempants, avilis dans vos chaînes, comprenez s'il est temps que la terre enfin veuille cesser d'être la ressemblance des enfers ! »
« Les noms infâmes de vassaux, vilains, sujets, seront retranchés de la langue. »
Le droit d'aînesse sera supprimé.
On établira sur les parcs, les palais, les domestiques, les chars, les chevaux, une taxe si forte qu'il deviendra impossible d'en conserver.
L'Evangile a dit : Malheur aux riches. Des lois sur le mariage et les successions feront disparaître les grandes fortunes ! .
La plus grande partie du livre est consacrée à la réforme ecclésiastique. Le Concordat, « conception infernale », sera aboli. Les prêtres seront élus 2 .
1. Il est piquant de lire la réfutation que Clootz, l'élève des philosophes, un des rares hommes qui furent en ce temps sérieusement hostiles au christianisme, fit un peu plus tard de la loi agraire proposée par Fauchet.
2. Sur l'article des biens ecclésiastiques Fauchet n'est pas clair, ce qu'il dit est incohérent; il y a même des paroles difficiles à concilier.
Tous ces changements et d'autres seront entrepris à bref délai : « Malheur aux esprits faux, timides, ou malveillants, qui persuaderaient aux représentants de la nation que l'institution d'un grand peuple ne peut être l'ouvrage d'une première assemblée... Mettez ensemble toutes les bases: si une seule manque, tout est manqué. »
Ce livre passa inaperçu, mais en chaire, à la tribune, dans les journaux, dans les clubs, Fauchet ne se lassa pas de répéter ce qu'il avait écrit inutilement au mois de mai 1789.
Son éloge des héros de la liberté dans l'église Saint- Jacques et des Innocents, ses discours sur la liberté française, qui excitèrent l'enthousiasme religieux et patriotique des Parisiens 1 , indignèrent les pamphlétaires de l'aristocratie : « L'exécrable abbé Fauchet ose se servir du livre sacré où sont écrits les préceptes de notre divin sauveur pour semer partout le feu de la discorde 2 ».
Il persistait à soutenir qu'on n'est pas un citoyen sûr si on n'est pas chrétien, et qu'on ne peut être
1. Un de ces discours remplit « si bien l'attente des auditeurs, le cœur et l'esprit ont été si satisfaits, que, saisis d'un enthousiasme religieux », les habitants du district décernèrent à l'orateur une couronne civique. (Révol. de Pans, n° 18.)
2. Le 5 août, dans l'église Saint-Jacques, il avait dit : « Oui, chrétiens, c'est la justice de la religion que nous devons reconnaître dans la révolution qui nous rend libres. Nous avons suivi les principes de l'Évangile en ressaisissant les droits de la nation. »
libre sans la religion catholique. Loustalot s'affligeait d'entendre de tels discours dans la bouche de l'homme qu'il citait comme modèle des prêtres qui, à une heure décisive, avaient fait servir avec zèle et succès la puissance de la religion à l'établissement de la liberté.
« Digne et vénérable frère, lui disait le président des Jacobins, G. Préfeln, votre patriotisme est devenu justement célèbre; vous avez signalé pour la défense de la liberté une intrépidité qui aurait honoré le plus brave militaire; vos exemples et vos éloquents discours confondent ceux qui ont avancé que les vertus chrétiennes sont incompatibles avec les vertus civiles. »
Dans un chapitre intitulé : Des hommes qui ont le plus influé sur les événements, un conventionnel a écrit ces lignes : « Parmi les hommes qui se placèrent par le courage de la pensée et de la parole au premier rang des révolutionnaires, l'histoire distinguera l'abbé Fauchet, celui de tous, peutêtre, que la nature et l'éducation semblaient avoir plus particulièrement formé pour électriser les passions les plus nobles. Il appliqua la religion à la ! politique, se lit des maximes et, de la mort de Jésus, f une arme contre la cour et les ministres. Il jouissait de la célébrité d'un austère réformateur. Dès le premier son du tocsin, l'opinion le rangea sur la
ligne des hommes par qui elle voulait être dirigée 1 . »
H écrivait lui-même, en 1793, à l'époque où, devenu presque aussi impopulaire qu'il avait été populaire, il se trouvait réduit à se défendre contre des accusations injustes : « Mes crimes sont la prise de la Bastille, la présidence de la police de Paris, la présidence que j'ai exercée quatre fois dans la commune de Paris; la première couronne civique qui ait été donnée en France et qui fut portée sur ma tête; les premiers discours républicains qui aient retenti dans la chaire évangélique ; les assemblées de dix mille auditeurs où, pendant six mois, je posai les bases d'une constitution républicaine... Il me reste un dernier crime : je suis un fanatique... A quoi se réduit mon fanatisme? à professer la religion dont je suis ministre. Je serais un lâche scélérat si j'avais accepté le ministère d'une religion dont les principes ne seraient pas dans mon cœur. Le crime de mon catholicisme est donc avéré comme celui de mon républicanisme . Toutes les persécutions ne me détacheraient pas plus de la religion que de la liberté. Je mourrai avec un égal attachement pour ma foi et pour ma patrie. »