INTRODUCTION
La nature et l’origine des kystes pulmonaires étaient, jusqu'à une époque récente, un des problèmes les plus confus de la pneumologie. Depuis une dizaine d'années, grâce aux documents anatomiques précis apportés par les exérèses pulmonaires, ce domaine semble s’éclaircir et l’on a tendance à considérer maintenant que l’origine congénitale certaine de ces formations intra-parenchymateuses est beaucoup plus rare qu’il n'avait semblé de prime abord. Cette conception a pu se faire jour grâce à une critique sévère des tests de congénitalité dont bien peu ont résisté à l’analvse réfléchie.
>armi ces critères de congénitalité, l'existence de malformations associées au kyste, a toujours paru un argument intéressant. Lorsque ces malformations siègent également dans le poumon, l’argument de probabilité devient une quasi certitude. C’est dans cet esprit que BROWN et RoBBiNS (12) notaient en 1944 l'existence d’une vascularisation anormale à point de départ aortique, dans un kyste du lobe inférieur gauche (obs. 15).
La notion d’artère pulmonaire surnuméraire à point de départ systémique n’était cependant pas nouvelle. On dit qu’en 1777, le Suisse HUBER rapporta le premier cas; nous n'avons pu nous procurer sa publication. Par contre, le premier auteur français qui en fait mention paraît être NAUGEARS. Nous avons trouvé dans le livre de DuBrEuIL (36) sur les « anomalies artérielles » la description très précise de NAUGEARS qui concerne un enfant de 7 ans dont lautopsie révéla l'existence de deux artères pulmonaires surnuméraires nées du tronc
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cæliaque, aboutissant à l’angle postéro-inférieur des deux poumons et s’anastomosant largement avec les branches inférieures homolatérales de lartère pulmonaire ; il n’y avait pas d'anomalie parenchymateuse associée. Depuis cette époque, lexistence de vascularisation systémique pulmonaire (en dehors des cardiopathies congénitales) fut reconnue par de nombreux anatomopathologistes (MECKEL, HYRTL, EPPINGER et SCHAUENSTEIN, MC COTTER, PARK. etc.) mais restait essentiellement du domaine de l’observation nécropsique.
Harris et Lewis (50) en 1940 furent les premiers à rencontrer l'artère anormale au cours d’une thoracotomie. Cette rencontre fut d’ailleurs malencontreuse ear une hémorragie mortelle, par blessure de l’artère méconnue, en résulta. Et pendant quelques années encore, ce fut uniquement sous l’angle du risque opératoire que l’artère intéressa les chirurgiens.
C’est seulement en 1946-1947 qu’une opinion tout à fait nouvelle sur ces anomalies artérielles fut apportée par PRYCE (80, 81). Cet auteur faisait en effet état de 8 observations dans lesquelles le territoire pulmonaire vascularisé par l’artère anormale avait subi une transformation kystique. Il analysait de façon extrêmement intéressante les relations unissant les deux éléments anormaux et concluait de leur topographie basale constante à une originalité certaine de cette association : il appelait « intralobar sequestration » cette malformation mixte, voulant indiquer par là que cette partie du parenchyme ainsi vascularisée se trouvait isolée, séparée du reste du lobe et mayant aucune connexion bronchique avec lui. Dans l’esprit de PRYCE, cette indépendance broncho-parenchymateuse est une conséquence de la vascularisation anormale.
L’autonomie du syndrome anatomo-clinique ainsi décrit fut rapidement confirmée par de nouvelles observations d’autres auteurs qui allèérent en se multipliant. Les premiers cas français précis furent publiés par l'Ecole Lyonnaise (SANTY, BÉRARD, GaLy et NGUYEN-HUN) en 1952 qui basaient leur étude sur 6 observations personnelles et pouvaient faire état de 61 obserrations mondiales dont 51 chirurgicales. En mai 1954, BRUWER, CLAGETT et Mc DoxaLp (16) reprenaient leur article de 1950 et dénombraient 92 cas mondiaux dont 84 avec interventions. Il
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semble bien certain qu’actuellement les cas publiés atteignent la centaine. Une séance de la Société française de pathologie respiratoire lui fut consacrée en 1954 qui apportait la majorité des observations françaises encore non publiées à l’époque (in Le Poumon, 10, 1954, p. 409-456).
Notre étude est basée sur 16 observations chirurgicales observées à la Clinique Chirurgicale du Professeur SANTY (Pavillon O) à l'Hôpital Edouard-Herriot. Ces observations concernent des malades envoyés directement dans le service de chirurgie ou confiés par d’autres services hospitaliers lyonnais. Il nous est un très agréable devoir à cette occasion de remercier M. le Docteur LAGËzE et M. le Médecin-Commandant Bou- CHER qui nous ont autorisé chacun à publier l’observation d’un malade personnel. M. le Professeur Agrégé LATARGET nous a fait bénéficier de son expérience des moulages broncho-vasculaires et grâce à lui notre étude comporte l'examen de trois pièces injectées dont l’intérêt est important étant donné leur rareté actuelle. Nos malades ont été opérés, soit au Pavillon O, soit en clinique privée, par différents chirurgiens : le Professeur SANTY, le Professeur M. BÉRARD, le Professeur LATARJET et le Docteur JEAUBERT DE BEAUJEU. Enfin ce travail a été énormément facilité par l’obligeance inlassable de Mile RamBauD et de Mile REVEL qui assurent toutes deux, avec un sourire souvent héroïque, le maintien de l’ordre dans les observations, la bibliographie et liconographie du laboratoire anatomo-pathologique de M. je Professeur GALY.