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L'ÉGLISE ET LA FRANC-MAÇONNERIE

bourg, Ujedinjenje sous la protection de la Maçonnerie française et Kosovo qui fut installée à Skoplje. En 1908, après l’annexion de la Bosnie-Herzégovine, la loge Pobratim se sépara de Budapest et proclama son autonomie. Le Conseil Suprême de la Franc-Maçonnerie serbe fut constitué le 9 mai 1912 et nomma comme commandeur Djordje Vajfert 1.

L'opinion publique serbe avait toujours accueilli avec la plus grande bienveillance les progrès de la Franc-Maçonnerie qu’elle considérait comme une société patriotique. Les progressistes les premiers s’en déclarèrent partisans convaincus. Le Videlo avait rappelé en 1893 les grands noms serbes qui n’avaient pas craint d’en faire partie. Dans un monde serbe divisé par trois confessions ennemies, la Franc-Maçonnerie représentait un élément idéal d’unité 2. Les radicaux ne se montraient pas moins enthousiastes. Comme dans la Skupétina tenue à Ni en 1899 un député s’attaquait violemment à la Franc-Maçonnerie, le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Andra Djordjevié, se proclamant lui-même franc-maçon, défendit avec éloquence cette «institution humanitaire, culturelle et patriotique » %. L’attitude des libéraux de l’Église officielle varia davantage. Jusqu'en 1893 l’Église orthodoxe serbe était plutôt favorable à la Franc-Macçonnerie. L’une et l’autre collaboraient à des œuvres patriotiques communes. La Société de Saint Sava — dont un des fondateurs, Nikolajevié, avait été franc-maçon — bénéficiait de cette intelligente coopération, et les souscriptions des loges contribuaient à entretenir les Monastères de la Vieille Serbie et à perpétuer la flamme de l’Orthodoxie. En 1893 parut le livre Slobodno Zidarstvo, njegoe cilj t principi, njegova sada$njost 1 proëlost, qui fut fort défavorablement accueilli dans les milieux religieux. Le 12 décembre 1893, le professeur Stevan Veselinovié avait tenu au Séminaire une longue conférence : «La Franc-Maçonnerie devant l’'Évanpile », où il exposait les dangers que pouvaient avoir pour l’Église les progrès de la Société secrète # Le Vesnik Srpske Crkve avait, en mai 1894, consacré un article fort documenté sur les origines de la Franc-Maçonnerie. Mais il avait l’habileté d’insinuer que c’était sous des influences étrangères que les Francs-Maçons avaient fondé leurs premières loges, en ayant soin de restreindre leur caractère national. Toutefois l’auteur, qui dissimulait sa personnalité sous le pseudonyme de « Budimir », reconnaissait que « jusqu'ici les Francs- Maçons s'étaient montrés favorables à l’Église serbe dont ils avaient

bd. pr 176:

2 Videlo, 25 déc. 1893. ee

3 Slobodno Zidarstvo, njegov cilj à principi. Njegova sadasnjost i proëlost, p.170. 4 Videlo, 25 déc. 1893.

compris la signification pour le peuple. 1» Ces lignes, qui témoignaient cependant d’une rare impartialité, déplurent à certains lecteurs qui exprimèrent au rédacteur de la revue ecclésiastique leur mécontentement de voir une personnalité religieuse mettre si peu de haine à parler de la Franc-Maçonnerie. Il fut nécessaire que le Vesnik Srpske Crkve publiât le mois suivant une rectification déclarant que l’on ne pouvait nullement soupçonner l’auteur de l’article d'amitié pour la Franc-Maçonnerie. Ce « Budimir », qui était un professeur au Séminaire de Belgrade, était un de ceux qui voulaient au contraire détruire la Franc-Maçonnerie 2.

Plus tard le Hri$éanski Vesnik, malgré sa tendance progressiste, montrera la même réserve. Il n’aimait point les manifestations des Maçons. Le jour de l’Ivandan, comme on inaugurait à Pozarevac un monument au Knèze Miloë, un maçon était venu déposer une couronne. Ce petit événement avait permis au Hri$éanski Vesnik de se livrer à quelques réflexions désabusées. Certes, «il considérait comme un devoir d’être fidèle à la vérité et de dire que jusqu’alors elle (la Franc-Maçonnerie) n’avait causé aucun mal à l’Église. Mais ce qui n’était pas aujourd’hui pouvait être demain (Al ono $to nije danas moe sutra)». Et c’est avec cette circonspection toute ecclésiastique que l’organe d’A. Ilié invitait les fidèles à se tenir sur leurs gardes ÿ.

L'Église orthodoxe serbe n’a toutefois jamais nourri à l’égard de la Franc-Maçonnerie une hostilité constante et systématique. Elle n’a jamais connu en tout cas cette haine farouche d’une partie du clergé catholique de Croatie contre une société qu’elle qualifiait de «satanique » #. Tout au plus la Hiérarchie serbe a-t-elle vu avec une certaine méfiance une concurrente dangereuse et qui pouvait laffaiblir par une surenchère nationaliste. Du point de vue dogmatique, à part quelques professeurs au Séminaire, nul n’a vu le danger que pouvait présenter la Franc-Maçonnerie pour les doctrines de -

l'Église. Quant au bas clergé, il s’est toujours désintéressé de la question.

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