INOCENTIIE ET LA ( PACIFICATION DES ESPRITS
Le nouvel élu avait une lourde succession : le Métropolite Mihailo s’était toujours refusé à recevoir dans sa hiérarchie les représentants de la hiérarchie « anticanonique». Or, à la mort de Mihailo, ceux-ci restaient au nombre de deux, à savoir, Dimitrije et Nikanor. Au contraire les membres de la hiérarchie canonique étaient rapidement disparus les uns après les autres : le dernier confrère de Mihaïilo, Jeronim, s’éteindra à Salzbourg en 1894 ?. À sa mort, Inoéentije le remplacera sur le siège diocésain de Nis. En 1891, Melentije était devenu évêque du Timok ; en 1890, Sava Deëanac évêque de Zita. À eux trois ils pouvaient être regardés comme les légitimes successeurs de la hiérarchie canonique désormais disparue. Mais Inoéentije n’avait nullement l'intention d’épouser les haines de son prédécesseur. Le gouvernement serbe n’avait approuvé son élection que parce qu’il voyait en lui un prélat capable de mettre enfin un terme au douloureux conflit qui déchirait l’Église. Or ce conflit parut se rouvrir lorsqu'il fallut nommer un titulaire au siège de Ni laissé vacant par l'élection d’Inoéentije à la Métropolie. Il y avait deux candidats, tous deux anciens évêques, Dimitrije et Nikanor, mais appartenant l’un et l’autre à la hiérarchie « anticanonique ». La réconciliation entre les prélats de l’ancien et du nouveau régime était un des désirs les plus chers du roi Alexandre. Elle était chose possible le jour où Mraovié et Mihaïlo ne seraient plus. En fait, le 19 février 1898, c’est-à-dire quatre jours après qu’Inoéentije eut été élu Métropolite de Serbie, les représentants de la hiérarchie « anticanonique » et les héritiers de la « canonique » signaient un armistice que consacrait un oukaze royal décorant, « sans distinction », Inoéentije, Sava, Melentije, Dimitrije et Nikanor, ainsi que le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Andra Djordjevié
1 Ilié (A.), Moji doëivljaji, p. 182.
2 Uroëevié (Tasa), Na svojoj brazdi, p. 59:
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qui avait travaillé inlassablement au rétablissement de la concorde ecclésiastique !. .
Cet accord porta rapidement ses fruits : un mois plus tard, le 17 mars 1898, le Synode épiscopal {jnommait Nikanor évêque de Nië. Son collègue, Dimitrije, devait monter à son tour, le 12 novembre de la même année, sur le siège du Timok, rétabli après qu’eurent été modifiés, le 29 juillet, les paragraphes de la loi sur les autorités ecclésiastiques qui l’avaient supprimé.
On a pu se demander si cette réconciliation était sincère, et quelques historiens ont voulu voir dans les violentes attaques dont le Métropolite Inoéentije fut, dans la suite, l’objet les restes d’une division profonde et ancienne du clergé. Nous ne le croyons pas. Que le bas clergé ait perdu, dans ces vaines querelles, le sens de la discipline et le respect de la hiérarchie, la chose paraît assurée, mais n’a rien à voir avec la guerre des hiérarchies à laquelle ce même bas clergé ne prit qu’une part relativement restreinte. En fait, ce qui avait surtout opposé les uns aux autres les partisans de Mihailo et ceux de Mraovié, c'était leur origine : les premiers Serbes de Serbie, les seconds Serbes de Srem. Mais après la disparition progressive des prélats qui avaient été les champions les plus ardents de cette rivalité, la dispute était devenue peu à peu affaire de théologiens et ne dépassait plus les murs du Séminaire et ceux de la Métropolie. Les polémiques qui se déchaîneront désormais autour d’Inoéentije ne porteront plus la marque des inimitiés du passé. Les attaques dont il sera l’objet seront d’ordre personnel. Chacun rendra grâce à son esprit pacificateur et se plaira à saluer en lui un homme cultivé, un esprit accommodant, doué d’un tact délicat, enfin un pédagogue habile. Il est vrai que l’on soulignera en même temps son absence totale de valeur morale. Son grand malheur était d’avoir une famille (il ne s’était fait moine qu'après son veuvage), et en particulier un fils et une fille dont il s’occupait un peu plus qu’il ne convenait à un prince de l’Église ?.