SITUATION DU PRÊTRE SERBE VERS
La situation du prêtre serbe en 1850 reste encore très précaire. Ce qui est grave c’est que, bien que cette situation préoccupât évidemment le gouvernement serbe, on ne songeait pas à y mettre une fin en supprimant les redevances en nature (le plus souvent maïs), perçues dans les campagnes, pour les remplacer par un salaire fixe et « systématique ». Beaucoup de bons esprits, tel le correspondant à Vienne des Srpske Novine, BoZidar Zivanovié, croyaient fermement que le jour où l’on paierait les popes ils deviendraient indifférents à leur service religieux. Comme on prétendait rester fidèle à la conception traditionnelle du prêtre intimement lié à la vie du peuple,
1 Aff. Étr. fs. Belgrade, 2août1857. Après la chute du régime constitutionnaliste, le conflit s’envenima. Le consul de France (Tastu\ avait obtenu,en novembre 1861, l'envoi d’un missionnaire français destiné à la colonie catholique des mines de Majdan. L'abbé Dalton — c'était le nom du prélat — prétendit, à son arrivée, que « les circonscriptions de Belgrade et de Semendria dépendaient depuis 1858 de l’évêque bulgare Mgr Soitch » et soutint qu’il s'était entendu avec « ce supérieur ecclésiastique... résidant aux environs de Trieste. » Naturellement Strossmayer rappela à l’ordre l’imprudent. L’évêque de Djakovo ordonna à Dalton de lui soumettre ses pouvoirs, faute de quoi il seraitinterdit a sacris.(Aff. Etr. fs. Belgrade 30 novembre 1861 et 19 février 1862.)
2 Boudou (Adrien), Le Saint-Siège et la Russie, Paris, 1922.
3 Stranjakovié (Drag.), Vlada Ustavobranitelja, p. 319.
4 Corovié (Vlad.), Istorija Jugoslavije, p. 481.
198 LE RÈGNE D’ALEKSANDAR KARADJORDJEVIC
on estimait un peu cyniquement que la misère était le moyen le plus pratique de réaliser une telle solidarité !. On préférait du reste ne pas abandonner le terrain d’une discussion purement idéologique en se contentant de peindre idylliquement la vie des popes sous les Némanides. Nous possédons cependant quelques données précises, rassemblées par l’archimandrite Gavrilo et publiées dans les Srpske Novine de 1850. D’après elles, il est loisible de se faire une idée assez claire de la situation des popes de campagne qui formaient alors la grande majorité du clergé serbe. Gavrilo prend comme type une paroisse rurale moyenne comprenant 170 feux. Le pope ne dispose pas d’un budget supérieur à 1.650 gros. Les prêtres urbains disposaient d’un budget de 1.940 gros. Le « tarif » des cérémonies religieuses qui constituaient le principal gagne-pain du prêtre n’avait guère augmenté depuis le début du xrx® siècle. En 1816-1818, on payait pour un service funèbre 12 gros. En 1850, on ne paye encore guère plus de 18 gros. L’augmentation est moins sensible que dans les mariages où l’on ne payait en 1816 que 9 gros et où l’on doit en verser 18 en 1850, ainsi que dans les oraisons dont le prix monte rapidement de 60 paras en 1816 à 4 gros en 1850...
Malgré tout, ces taxes sont insuffisantes pour permettre au prêtre une vie décente. Le pope doit parfois exercer une profession auxiliaire, ce qui lui attire régulièrement les observations du haut clergé qui ne comprend pas qu’«on puisse servir deux maîtres à la fois ».
L’indigence du prêtre de Serbie est d’autant plus sensible que chacun sait en 1850 que, de l’autre côté de la Save, le clergé serbe vit dans une prospérité relative. Le Diocèse de Karlovei a su en effet apporter une solution satisfaisante au problème épineux du traitement ecclésiastique par l'institution de la commune religieuse qui participe aux frais du culte. C’est la solution que BoZidar Zivanovié propose également pour la Serbie : la commune est obligée de salarier son prêtre. Dans la Principauté serbe des années 50 les popes des paroisses pauvres, pour gagner les quelques malheureux gros indispensables à leur subsistance, ont d’éternels procès et s’usent € en chicanes et en querelles. ? »,