‹ La servante du curé, tableau-vaudeville en un acteChapitre 3 sur 20 · JACQUELINE, LELEU · texte numérisé non relu

JACQUELINE, LELEU

Lelcu sort de chez madame Gaillard ; il apporte un panier de vin qu'il met rafraîchir dans un baquet près de la porte de l'auberge, et contemple amoureusement Jacqueline qui, en l'apercevant, a serré sa lettre, et s'est remise à plumer sa volaille.

LELEU, à part. Est-elle gentille !.. l>n v'ià une aide de cuisine, avec qui qu'il serait agréable de faire une liaison quelconque!

JACQUELINE, de même. Qu'est-ce qu'il a donc à me reluquer avec son air de rire?.. [Haut.) Dites donc, m' sieur Leleu , vous qu'êtes aussi dans la casserole, est-ce que fc'flSf pas comme ça qui faut s'y prendre ?

LELEU. Si, si, maniselle ; c'est qUC )<> regarde < tr volatil.-. et que ça me fait faire dc> réûetfionst'..

Air : Ne vois-tu pas jeune imprudent.

Etre ainsi placé sur vos genoux, N' s'rait-ce pas le bonheur suprême ?

Si j'étais canard, qui m' s'rait doux D'être ainsi t'nu par cell' que j'aime! Qu'il est heureux , c't'animal-là , Vous l'épluchez avec tant d' grâce, Que, quitte à m' fair' plumer comm' ça, J' voudrais pouvoir être à sa place !

Jacqueline se lève et il s'émancipe avec elle.

JACQUELINE, le repoussant. Voyons, voyons, n' tous mettez pas comme ça sus le pied d'être toujours sus mes talons, parce que ça m'ennuie.

LELEU, amoureusement. C'est que je serais si hureuœ si je pouvais...

JACQUELINE. Ah! ben oui, mais c'est que vous ne pouvez pas.

leleu. A cause ?

JACQUELINE. A cause?.. Eh ben , parce que la place est prise, donc : J'en aime un autre; là...

LELEU, vivement. Vous avez donné vot' cœur?., c'est une tuile qui me tombe sur la tête ! . . et ou ? et quand ? et à qui ?

Jacqueline. Ou? c'était à la chaumière; quand? lorsque j'étais à Paris, dans c'te place d'où ce que ma marraine est venue me chercher ; et à qui...

LELEU. Oui, à qui? quéque rien du tout, j'en suis sûr.

JACQUELINE. Michel, un rien du tout ? par exemple! c'est bien un jeune et joli cuirassier ; et l'un des premiers de son corps, encore, il est trompette... Ah! c'est ben drôle tout de même, allez! je n'ai dansé avec c't'être-là, qu'une seule contredanse, eh ben, il m'a tellement tourné la tête, que je ne voyais plus la figure.

Air : De maCéline, amant modeste.

Depuis c' moment, c'est un délire,

J' suis folle, je n'sais plus c' que j 'dis,

Je ris, je pleure, je soupire,

Qu'on est donc bêt', quand on a l'esprit pris !

Le plus souvent j' me désespère,

Car j'sais qu'l'amour est un état cruel...

Mais j'ai beau m' raisonner, beau faire,

Mon cœur est toujours vers Michel!

LELEU. Eh ben, j' suis d'une bonne pâte, moi qui brûlais pour elle!., qu'elle horreur, s'adonner à un soldat! si encore on disait c'est un homme qui sort de laHgne... mais un cuirassier! le bel effet que ça fait, un amoureux en trompette!..

JACQUELINE. Si c'est mon goût? est-ce que j'irouvc à redire à ce que marne veuve Gaillard, vot' bourgeoise, vous fasse les doux yeux?

leleu. Marne Gaillard ? laissez-moi donc , ses yeux!., vous ne voyez pas que j'en ai plein le dos! n'y a que les vôtres, qui n'peuvent pas me sortir de la tête : et qu'elle différence entre moi et vot' troupier ? je n' peux jamais manquer, j'ai six états dans les mains, c'est pas comme un...

JACQUELINE. Ah! le joli calembourg !

LELEU. Dam c'est vrai que j'en ai six : treillageur, traiteur, tambourineur, violonneur, enfant de choeur et carillonneur; j'aurais ben du malheur, si le produit de mon labeur ne faisait pas vot'bonheur.

JACQUELINE. Tout ça, c'est comme si vous disiez mon cœur.

leleu. Mamselle Jacqueline, réfléchissez-y ben.. .f je suis violemment épris, et j'ai une énorme qualité, c'est que je suis entêté comme une mule

JACQUELINE. Taisez-vous donc, vous me faites rire.

leleu. Je vous fais rire? Eh! ben morguenne, prenez garde que je ne vous fasse aussi pleurer.

JACQUELINE. Vous, par exemple !

LELEU. N'y a pas de par exemple : ah! vous me rebutez ? eh ben je suis capable de tout ; et comme vous dépendez de mam'selle Brigitte parce qu'elle est vot' marraine, et que vot' marraine dépend de M. Thomas le curé, parce qu'elle est sa servante, je leu z'y conterai tout ce que vous venez de me dire, et nous verrons après.

JACQUELINE. Mais c'est un abus de confiance !

LELEU. Ça m'est égal.

JACQUELINE. M. Leleu, ne me jouez pas un pareil tour...

leleu. Bah! bah! je vous fais rire.

JACQUELINE. Eh ben oui, là, et je m'en moque... m'sieur le curé est un brave et digne homme qui ne me forcera pas, lui, j'en suis bien sûre... et quant à ma marraine, allez vous y faire mordre ; c'est ça quelle est déjà si facile! elle qu'est dévote faut voir, et qu'a le matrimonium en horreur', elle vous recevra joliment...

LELEU. Vous croyez! eh ben, c'est ce qu'il faudra voir; coquette...

JACQUELINE. Méchant!

ENSEMBLE

Air du galop de Gustave.

f.BI.BU.

Puisque j' n'ai pas pu vous plane, Il m s'ra ce qu'il pourra ;

Nous verrons dans cette affaire Qui d' nous deux se r'pentira.

JACQUELINE

Nous verrons dans cette affaire Qui d'nous deux se r'pentira, Sachez que lorsqu'on veut plaire Il fant s'y prendre mieux qu'ça.

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