‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 13 sur 45 · SEE · texte numérisé non relu

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qu A propos du renne, une particularité remarquable à ai noter, c'est son goût étonnamment prononcé pour ue l'urine humaine. L'odeur de ce liquide rend ces aniie maux absolument fous, et abandonnant nourriture et

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La matinée du 18 février était très-froide ; le thermomètre marquait — 33 degrés Fahrenheit (— 36° centigrades). Suivant une voie qui paraissait avoir été bat- + lue récemment, la caravane, remontantle Néotl à un … trot assez vif, arriva sur une couple de tentes d'où les À aboiements des chiens firent sortir un groupe d’hommes, de femmes et d'enfants curieux de savoir quelles espèces de créatures étaient les étrangers. Six jours auparavant, un Cosaque était passé là avec un indigène, : porteur de dépêches pour M. Bush et consorts, du maor Abasa, qui était arrivé à Okhotsk quelque temps uparavant. Les voyageurs continuèrent leur route, ésireux d'arriver promptement aux tentes du vieux tarasta, à quatre journées plus loin. Ils durent toute- Mois faire étape auparavant aux tentes de ses fils et y asser la nuit.

Les Tongouses de cette régicn se servent d’une tente n peu différente de ceux d’au-dessous d’Aian. Elle est “conique et faite de peaux comme les autres, mais elle est élevée sur des poteaux légers d’un peu plus d’un mètre Au-dessus du sol. D'autres peaux tendues tout autour

prment une espèce de muraille. Cette tente est beau-

oup plus confortable, mais elle se dresse moins facile-

Menl et moins vite, Les riches Tongouses, quoique de

nature grossière et peu engageante, sont des modèles d'hospitalité. Personne ne quitte leur tente sans avoir l'estomac plein et personne n’y entre sans qu'on le force d'accepter à manger. Les Américains n'avaient pas encore déchargé leurs rennes que leur hôte, un certain Égory, avait déjà tué et mis sur le feu la bête la plus grasse de son troupeau.

Les femmes tongouses sont loin d’être belles. « Impossible, dit M. Bush, de concevoir des visages humains plus hideux. Chez beaucoup d’entre elles, les pommettes usurpent la plus grande partie de la figure, et leurs yeux ne sont que des fentes longues et très étroites à travers lesquelles se laissent voir deux petits globes noirs froids et sans expression. D'intelligence, c’est à peine si elles en ont ; les hommes d’ailleurs, à peu d’exceptions près, ne sont pas mieux doués, ainsi que l’indiquent leurs fronts bas, étroits et fuyants. Mais les Tongouses sont très affectueux et leur grand cœur compense pour beaucoup les lacunes de leur cerveau. » Toutefois, par une chance bien rare, il se trouvait sous la tente d'Égory deux jeunes femmes relativement si acceptables, que M. Bush, en enregistrant ce fait inouï, ies appelle « des oasis dans un désert de laideur. »

Sous les tentes du vieux starasta, l’accueil ne fut pas moins empressé que sous celles de ses fils. Les Américains résolurent d'y attendre l’arrivée du Cosaque envoyé d'Okhotsk par le major Abasa. Le vieux chef était causeur ; il ne tarissait pas de questions sur l'Amérique et les Américains. Les voyageurs y répondaient de leur mieux, et ce n’était pas toujours facile, questions et réponses ayant à passer par quatre langues différentes avant d'arriver à destination. M. Swartz les traduisait d'anglais en russe, Yvan de russe en yakoute, et Égory

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« Assurément, » répondimes-nous.

« Cette réponse parut l’étonner ; il resta un inslant silencieux, puis relevant la tête, il reprit :

« Etles Français, ont-ils un Dieu ?

« — Oui, sans doute », répondimes-nous de même.

« Cette réponse l’étonna plus encore.

« Nous apprîimes plus tard, ajoute le voyageur américain, que presque tous ces indigènes ont une opinion peu flatteuse des Français, fondée sur des récits » exagérés de la barbarie de ce peuple pendant scs guerres “. avec la Russie. Comment ces récits sont-ils parvenus “ dans ces régions lointaines ? Il serait difficile de le dire; mais il est positif que les Français n’y sont pas en odeur … ‘de sainteté. Toutefois le vieillard, réflexion faite, parut à penser que si les Américains, qui se montraient si peu + religieux, avaient un Dieu, il se pouvait bien, après tout, que les Français en eussent aussi un. »

» Les Tongouses conservent une foi très vive dans les Lincantations de leurs chamans ou prêtres indigènes ; » mais ils ne laissent pas voir facilement leurs pratiques, “contraires qu'elles sont à leur religion de nouvelle date. Leur croyance originaire (à laquelle la grande ma- +jorité adhère encore strictement) repose sur l'existence d'un grand nombre d’esprits bons et mauvais, chacun de ceux-ci étant associé à une espèce différente de ma- “ladie. Ils ont quelque idée d’un Ëtre suprême; mais, . cet Ôtre, ils le supposent toujours bienveillant ; par * conséquent, ils ne considèrent pas utile de lui rendre 4 d'hommage particulier. Le principal objet de leur culte

est d’apaiser et de se rendre favorables d’autres esprits bons et mauvais, sur lesquels ils croient leurs chamans doués d’une grande influence. Mais, depuis l'introduction de la religion grecque parmi eux, beaucoup ne savent absolument plus à quoi croire.

Le Cosaque du major Abasa n'arriva qu’au bout de trois jours au campement du vieux starasta tongouse, le 23 février. Les dépêches dont il était porteur annonçaient quele major Abasa était seul à Okhotsk, MM. Kennan et Dodd, qui avaient rejoint l’expédition à Pétropaulovski, après le départ de M. Bush, ayant quitté le major à Ghijigha, ville située à l'extrémité nord-est de la mer d’Okhotsk, et s'étant dirigés par le nord vers le détroit de Behring à la recherche de M. Macrae, qu'on supposait avoir abordé à l'embouchure de l’Anadyr. Tout le monde se portait à merveille et les explorations avaient été couronnées du plus grand succès.

Là où les troupeaux de rennes sont nombreux, ces animaux paissent toujours ensemble comme les moutons et reconnaissent certains d’entre eux pour chefs; ils les suivent partout, mais ils les précèdent très difficilement. Les Tongouses mettent un grand soin à dresser ces chefs qui servent alors de guides à tout le troupeau et l’'empêchent de s’écarter. Ces animaux de choix n empêchent pas qu'il ne faille faire bonne garde pour éloigner les loups, qui rôdent constamment autour des troupeaux. A cet effet, deux hommes montent la garde toute la nuit : une rude tâche par les tempêtes et les froids extrêmes de ces régions.

Les rennes destinés aux voyageurs, dûment équipés et chargés, on prit la direction nord-est pour gagner enfin Okhotsk. Pendant les premiers jours du trajet, la température atteignit des proportions extrêmes de froid : un matin elle était à — 46 degrés Fahrenheit,

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c'est-à-dire à 43 degrés centigrades au-dessous du point de congélation de l'eau! Au pays plat ou légèrement ondulé des premières semaines succédait une contrée montagneuse coupée de gorges profondes. Après avoir descendu le cours de l’Oulia, la petite caravane rencontra Coulomkan, groupe de deux ou trois yourtes bâties dans un bois de peupliers. C'est là qu'ils devaient changer leur mode de locomotion et laisser leurs rennes pour © prendre des chiens. Quatre attelages de ces animaux fu- % rent organisés, et avec eux on partit pour Ourak, village " yakoute, situé à une centaine de kilomètres plus loin. Ce petit centre de population, installé dans un bois » sapin, comptait huit ou dix yourtes mieux cons- ‘“ites et plus confortables que celles qu'avaient pré- + ci mment rencontrées nos voyageurs ; seulement bè- Les «t gens, hommes, chevaux et vaches y vivaient sous "1 le même toit, à peine séparés par une cloison basse. | Les Yakoutes constituent la tribu la plus nombreuse et de beaucoup la plus intelligente de toute la Sibérie orientale. Ils habitent des demeures fixes et sont par 1 * #oût très casaniers. Les chevaux et les vaches sont leurs compagnons constants, très estimés les uns et les autres pour leur viande. Les Yakoutes fabriquent, en faisant bouillir leur lait, une espèce de beurre qui est en grand sage parmi les Russes dans tout le pays pour remplacer le lard. Ils ont surtout une remarquable aptitude pour le commerce, et sont très habiles dans la fabrication des bijoux et objets de métal de toute espèce ainsi que dans la sculpture de l'ivoire à la manière des Chinois et des Japonais.

La ville d’Yakoutsk, distante de 1,000 à 1,100 kilomères, date de trois cents ans environ; elle renferme 6,000 habitants, la plupart Yakoutes. Les Russes ont mis beauoup de temps à les soumettre, mais depuis la conquête

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les vaincus ont adopté la langue, les mœurs et la religion des conquérants, et sont même très dévots, bien que bon nombre conservent encore une foi vague dans le chamanisme.

Ils sont de belle taille et ont les traits plus réguliers que les autres indigènes ; ils ont aussi le teint plus ciair. Le nom d’Yakoutes leur a été donné par les Russes, Ils s'appelaient autrefois Zinzatcha ou Zinzogetocks, du nom d’un de leurs princes, etse subdivisaient endixtribus différentes comptant ensemble plus de trente mille âmes. Dans l’origine, ils étaient unis aux Bratti, grande tribu des bords du lac Baïkal, mais ils s’°n sont séparés dans la suite pour aller s'établir sur les rives de la Léna. Leur religion avait beaucoup d’analogie avec celle des autres tribus sibériennes, quoiqu'ils n’adorassent pas, comme les Tongouses, d'idoles sculptées. Ils offraient des sacrifices À un Ëtre invisible, dont chaque tribu avait une image, formée d’un sac représentant le corpset d’une tête hideuse énorme surmontant le sac. Tous les arbres à leurs yeux étaient des objets sacrés, et ils décoraient les plus beaux de divers bijoux. A la mort d’un prince, ils enterraient avec lui, vivants, ses plus vieux serviteurs et ses favoris. Mais les autres morts, il les laissaient parfois dans les rues d’Yakoutsk pour être dévorés par les chiens. Dans les festins, ils se dépouillaient de leurs vêtements pour permettre à leur estomac de se dilater à l’aise, et il était de fréquente occurrence de voir des convives mourir sur place d’excès de nourriture engloutie.

« Jamais musulman fanatique à son approche de la Mecque, écrit M. Bush, ne fut plus heureux de voir accompli le grand but de sa vie et se terminer son pèlerinage, que je ne le fus en me voyant à 25 verstes seulement de ma destination. Cinq mois s'étaient écoulés

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depuis notre départ de Nicolayefsk, et le terme allait enfin être atteint, malgré les prédictions de nos amis de l'Amour, qui sans doute nous croyaient morts depuis longtemps. La distance parcourue n'était pas de plus

de 1,200 milles (plus de 1,900 kilomètres), mais le temps

| employé et les obstacles surmontés paraissaient l'avoir rendue trois fois plus considérable. » Une heure et demie après avoir quitté les yourtes ya-

“) koutes, M. Bush apercevait à l'horizon, tranchant sur © la plaine de neige, un point noir : « Okhotsk! » s’écria

le guide quiavait remarqué son anxiété. En approchant, : les objets se firent plus nets, et à la fin apparut le petit groupe de maisons en troncs bruts, basses et sales qui à constituent la ville, avec la petite église de mêmes matériaux surmontée d'un dôme qui domine le tout. Aux alentours, pas un arbre, pas un buisson, rien qui abrital “de la furie du vent.

7 «Jamais, continue le voyageur, je n'avais rien vu de “plus désolé comme aspect. Nous entrâmes dans la ville par le nord, et peu d’instants après en avoir dépassé l’en- “Uceinte, mon conducteur s'arrêta à une maisonnette de- “ant laquelle étaient deux ou trois traîneaux et vingtou Atrente beaux chiens. Je sautai à terre, mon voyage était ini. Le major Abasa, et Mahood parti en avant, ne ‘attendaient que le lendemain. »

Okhotsk a eu autrefois une importance comparative «assez grande qu'elle a presque perdue depuis la fondaion de Nicolayefsk. C'est de là que Behring partit avec 21pes vaisseaux pour son voyage de découverte. La ville “le compose d'une trentaine de maisons groupées sans D rdre ; au centre, sur une place, s'élève une misérable “Mglise de bois. La plupart des maisons primitives ont “lié abattues et dépecées pour servir de bois de chauffage. 2 Okhotsk renferme environ trois cents habitants, Rus-

ses, Cosaques et Yakoutes. Un ispravnik y réside. Il compose, avec deux ou trois marchands de fourrure, toute l'aristocratie du lieu.

En été, paraît-il, l'aspect est beaucoup plus gai. Le gibier de toute espèce abonde, depuis l'ours jusqu’au grouse, Dans le mois d'août, la rivière Okhota regorge de poissons. On en fait des provisions d'hiver pour les gens et les chiens. On peut faire pousser aussi de petites pommes de terre et quelques légumes. Les chiens sont là d’une belle espèce. En été, ils vont eux-mêmes à la rivière pêcher pour leur compte.

Par les soins empressés de l’ispravnik, les Américains furent bien vite confortablementinstallés pour attendre l’arrivée des navires au printemps. Toutefois l’inteniion du major Abasa était de repartir immédiatement pour Ghijigha, au-devant de M. Kennan, et de prendre les dispositions nécessaires à l'établissement de la ligne télégraphique, qu'on devait commencer dès l’arrivée des navires chargés d'amener sur ce point les ouvriers et le matériel.

À peine reposé depuis quelques jours, M. Bush conmençait à se faire à l'idée de passer dans l'ennuyeuse el misérable petite ville d'Okhotsk les quatre mois qui allaient suivre, quand un matin Vouchine, le Cosaque du

major Abasa, vint le trouver avec une lettre de celui-ci *

l’intormant qu'il partait le lendemain pour Ghijigha el iui demandant de l'accompagner.

M. Bush ne se fit pas prier ; non seulement il trouvail dans cette nouvelle expédition à satisfaire sa curiositt concernant le pays et les indigènes de l'extrême Nord- Est, mais les sept jours qu'il venait de passer à Okhotsk

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lui faisaient préférer toute espèce d'entreprise à une résidence plus prolongée dans cette ville. En outre, le voyage à Ghijigha devait être une partie de plaisir comparé à celui qu’il venait d'exécuter; désormais, en effet, on allait abandonner le moyen de locomotion à dos de renne pour les traîneaux à chiens, infiniment plus commodes et plus rapides, des Yakoutes et des Cosaques, par la route postale.

Les préparatifs furent bientôt faits. Le 15 mars, à neuf heures du matin, on traversait au galop la rivière gelée de l’'Okhota, et bientôt cn perdait de vue la tache noire qui représentait Okhotsk.

Les « pavochkas » ou traîneaux qui emportaient les voyageurs étaient bien préférables aux «nartas » dontils s'étaient servis sur l’'Ouda. Ces véh:cules sont longs, bas et étroits, comme les nartas ordinaires, mais ils ont des

parois de planches minces sur lesquelles sont cousuces 02 des peaux de phoque qui les rendent en quelque sorte

Limperméables au froid et à l'humidité; en outre, tout l'intérieur est garni d’une épaisse fourrure d'ours ou de

+ loup, dans laquelle le voyageur est pour ainsi dire en-

Iseveli. On seglisse les pieds les premiers dans cette boîte, joù l’on peut se tenir à vo'.…té assis ou étendu ; le couvercle sert de siège au conducteur, En cas de mauvais emps, une espèce de capote de peau abrite complètement la personne placée à l’intérieur ; le. conducteur, Aui, n'est protégé par rien. La pavochka n’est d’ailleurs bn usage que parmi les gens ricues qui peuvent se per-

mettre le luxe d’un conducteur, attendu qu'il est impos- Hible de conduire l’attelage dans la position où l’on se

ouve forcément. Presque tous les habitants préfèrent onduire eux-mêmes, et pour cela ils montent le traf-

+ eau simple, beaucoup plus léger et pius facile à diriger

ans les pays montagneux.

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