CHAPITRE PREMIER
Mobiles. —Actes criminels. — Fréquence.
Simulateur.
MOBILES
L'histoire générale nous a montré les mobiles, poussant l'homme à simuler la folie, être divers. Celui-ci simule pour échapper à une peine, celui-là pour ne pas aller à la guerre, cet autre pour faire revenir ses concitoyens sur un acte qu'il regarde comme honteux pour son pays, etc. Quand j'étudie non plus la seule histoire mais la clinique, je vois cette diversité s'augmenter encore.
« En recherchant, dit Laurent (i), les diverses conditions dans lesquelles la folie simulée a eu lieu, nous trouvons que ce moyen a été employé pour faire annuler des contrats, des achats, pour obtenir l'exemption du service militaire, pourfaire condamner l'auteur d'un acte de violence (coups sur la tête, frayeur, émotion vive). Des prisonniers de guerre
(1) A. Laurent. Etude médico-légale sur la simulation de la folie. Paris 1866, p. 9.
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s'en sont servi pour tâcher de se faire libérer. Certaines femmes nerveuses, volontaires, capricieuses, simulent des tentatives de suicide pour arriver à ce qu'elles désirent. Quelques personnes simulent par amour certains états d'excitation ou de dépression pour arriver à leur but; un amant, une demoiselle, prétextent des troubles intellectuels et moraux plus ou moins accentués pour obtenir soit un consentement, soit un refus. Une jeune fille, par affection pour sa sœur aliénée, a simulé la folie de cette sœur pour ne pas se séparer d'elle. Enfin, presque tous les asiles peuvent citer des exemples de simulation de folie d'anciens aliénés guéris qui, ne retrouvant pas dans leur famille, ni dans leur pays, le bien-être, la vie régulière et facile des établissements spéciaux, ont feint l'aliénation mentale pour y retourner. »
Cesontlàquelques-uns desmobiles delà simulation, mais ce ne sont pas les seuls. Une jeune fille simule une folie hystérique pour ne pas entrer au couvent ; un jeune homme simule une manie avec agitation pour sortir d'une école militaire où il ne veut pas rester; un cultivateur simule pour rompre un contrat de travail pour lequel il s'était fait payer d'avance (i).
Une enfant de dix ans (2) — on retrouve des simula-
(1) José Ingenieros. Simulation de la locura. Valence et Madrid.
(2) Paul Moreau. De la simulation des maladies mentales et nerveuses chez les enfants. Ann. méd. psych., 1905, t. IL p. 45.
Mairet; Simulation de la folie. 5
teurs à tout âge — simule des crises de peur dans la nuit, et cela pendant plusieurs nuits consécutives. A la suite d'une punition, elle cesse ses cris comme par enchantement et avoue que, le premier jour, elle avait eu un cauchemar et réellement peur, mais qu'ensuite elle avait trouvé bons les sirops et les bonbons qu'on lui donnait la nuit, et qu'elle avait continué ses cris pour en avoir.
J'ai reçu dans mon service plusieurs détenus qui, désireux de quitter la prison où ils étaient, simulaient la folie pour venir à l'Asile où ils pensaient trouver plus de liberté, une meilleure alimentation et d'où certains espéraient, avec juste raison, pouvoir s'évader plus facilement que de la prison. J'ai observé des criminels endurcis, qui simulaient la folie dans le but d'avoir dans leur dossier un certificat médical devant, espéraient-ils, leur servir de sauvegarde contre tous les délits ou les crimes qu'ils pourraient commettre ultérieurement.
Multiples, on le voit, et j'en passe certainement, sont les mobiles qui poussent l'homme à simuler la folie. Toutefois, si nous excluons les cas, comme celui de Solon visant l'intérêt public, nous voyons cette simulation avoir constamment pour but, soit d'obtenir une satisfaction personnelle immédiate, soit, et c'est là l'immense majorité des cas, d'éviter une punition.
Par suite, il n'y a rien d'étonnant que la simulation soit le plus souvent liée à la criminalité.
« Les cas de simulation, dit encore Laurent, fournis par les criminels, sont bien de tous les plus fré-