‹ La Situation des Ouvriers dans l'Industrie AutomobileChapitre 27 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

autant que les mécaniciens. Il semblerait donc qu’une organisation ouvrière, malgré son bon fonctionnement soit impuissante à lutter contre la crise.

Cependant, nous ne le croyons pas. Quels sont en effet les moyens que peuvent employer les ouvriers pour prévenir une crise ? Il en est un que nous avons vu employer par les mouleurs, non pas en vue d’une crise, mais pour maintenir la haute rémunération du travail : c’est la limitation de la production.

Le syndicat de Nouzon, qui se rendait parfaitement compte du péril que la .production intensive faisait courir à l’industrie automobile, ne pouvait cependant songer à employer cé moyen:en effet, il y à en France d’autres centres industriels où les fabricants d’automobiles auraient pu, devant l'insuffisance de la production nouzonnaise, envoyer leurs commandes. De sorte qu'une telle mesure aurait eu pour résultat de ruiner l’industrie de Nouzon, sans prévenir la crise.

Si au contraire les mécaniciens de Paris avaient été organisés en un syndicaf puissant et homogène,alors les dirigeants de ce syndicat, prévoyant la crise, auraient pu donner à tous ses membres l'ordre de limiter leur production à un taux raisonnable ; et comme l’industrie parisienne automobile jouit d’un quasi monopole, la crise aurait certainement été, sinon évitée, du moins atténuée.

Nous savons combien il est difficile de persuader,

CONCLUSION 131 aux ouvriers aussi bien qu'aux patrons, de sacrifier l'intérêt actuel et individuel, à l’intérèt futur et collectif: etle jour nous paraît lointain où la collectivité ouvrière sera assez disciplinée et consciente de son intérêt vrai pour pouvoir, en partie, régler la production.

Aussi, l’on peut se demander, devant l'importance du chômage déterminé par la crise de l'automobile, chômage que nul remède ne vient atténuer, s’il ne. serait pas possible, sinon de le prévenir, du moins d’en adoucir la rigueur.

Il nous semble que peut-être, on pourrait y trouver un palliatif en généralisant une mesure que nous avons vu appliquer à l'usine Panhard pour la constitution des retraites. On pourrait partir de ce principe, que les crises atteignent d'autant plus profondément les industries qu'elles ont été plus prospères. Et puisque les crises ont généralement comme cause principale l’intensité de la production, provoquant au bout d’un certain temps la surproduction, il semble juste que la cause mêmedu malen fournisse le remède.C’est-à-dire que les industriels pourraient prélever sur leurs bénéfices, lorsqu'ils dépasseraient un certain taux, une somme destinée à constituer une caisse de chômage, qui servirait hk secourir les ouvriers en temps de crise, où même, serait une sorte de réserve du fonds des salaires, qui

permettrait de continuer à payer les ouvriers, même

132 CONCLUSION lorsque leur travail serait devenu tout à fait improductif.

Toutes les sociétés prescrivent dans leurs statuts la constitution d'une réserve prélevée sur les bénéfices, et destinée à soutenir la société pendant les mauvaises années. Il nous semble qu'il n’y a aucune raison qui puisse s’opposer à la constitution de cette réserve spé-

ciale, la réserve du fonds des salaires. ;

Le Président de la thèse, Vu : Le Doyen, JAY. CH. LyoN-CAEN.

Vu bon à imprimer :

Le Vice-liecteur de l'Académie de Paris,

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