American Catholic Quarterly Review, avril 1882, p
plus hostiles à toute idée chrétienne, à toute morale divine. C'est au point que certains écrivains protestants commencent à s'alarmer et à dénoncer le péril de l'éducation sans religion que la jeunesse reçoit dans ces institutions de l'État. Mais la franc-maçonnerie veille et ne permettra pas qu'on porte atteinte à son œuvre de sécularisation.
Car les écoles publiques sont vraiment une institution maçonnique. Elles existaient, sans doute, dans les États de la Nouvelle-Angleterre avant l'organisation définitive de la franc-maçonnerie, en 1717. Mais la secte maçonnique s'est aperçue de bonne heure que ce système scolaire était un moyen merveilleux d'ébranler la foi catholique dans les âmes, et de répandre des idées naturalistes. Elle a donc pris cette mauvaise graine du Massachussetts et l'a semée partout, et partout cette mauvaise graine lève et produit des fruits de mort.
En mettant l'œuvre de l'éducation entre les mains de l'État, en faisant de la formation de l'enfance une affaire politique, la franc-maçonnerie a montré, une fois de plus, que les fils des ténèbres sont plus rusés et plus habiles que les enfants de la lumière. Grâce à ce système, il suffit, en effet, de gâter l'État pour gâter tout le corps social. Et l'on sait combien il est facile, l'amour du pouvoir aidant, de corrompre ceux qui gouvernent. L'État devenu mauvais, rend l'école mauvaise, puisque c'est lui qui la dirige. Et l'école mauvaise déprave la jeunesse. Sous ce régime, à moins d'un miracle de la grâce, chaque génération sera moins chrétienne, plus naturaliste que la génération précédente ; jusqu'à ce qu'enfin le monde soit
LA QUESTION SCOLAIRE
plongé dans la nuit complète. C'est le but que se propose la secte des naturalistes ; et sans le secours que le Christ a promis à son Église, la secte atteindrait son but diabolique par le moyen de ce terrible engin qu'on nomme l'école publique et neutre placée sous le patronage de l'État.
Aussi, ne faut-il pas s'étonner de voir la francmaçonnerie, aux États-Unis, comme ailleurs, faire sien le système de la Nouvelle-Angleterre, et l'inspirer partout.
Le célèbre O.-A. Brownson, qui, avant sa conversion, avait passé par presque toutes les sectes, y compris les sectes occultes, nous déclare formellement que, pour faire adopter le système des écoles publiques, la franc-maçonnerie avait établi, par toute la République, une organisation semblable à celle des Carbonari d'Europe. « Les membres de cette société secrète, dit-il, devaient se servir de tous les moyens dont ils disposaient, chacun dans sa localité, pour former l'opinion publique et pour faire élire à la législature de chaque État, des hommes qui seraient disposés à favoriser leurs desseins. Cette organisation, fondée d'abord dans l'État de New- York, s'étendit ensuite à toute l'Union (1). »
Le Père Bayma, dans ce même article, dit encore que Y American Fncyclopedia nous apprend que « l'attention des philanthropes (lisez francs-maçons) par tout le pays fut appelée sur ce sujet (de l'éducation), et en 1817 (année centenaire de la fondation de la franc-maçonnerie) commença ce que l'on a fort bien
1. Cité par le R. Père Bayma, S. J., dans Y American Catliolic Quarterly lieview de janvier 1877, p. 13.
nommé une renaissance (sécularisation) de l'éducation (1). »
La victoire de la secte des sans-Dmu fut facile partout, nous dit le Père Bayma, à cause de la faiblesse de la résistance.
La tyrannie maçonnique triompha donc sur toute la ligne, et partout l'État s'empara de l'œuvre de l'éducation, établissant des écoles soi-disant unsectarian — non confessionnelles, — « mais servant, en réalité, les intérêts de la pire des sectes, la franc-maçonnerie. Et ces écoles de l'État sont remarquables par leur intolérance sectaire et par leur haine pour toute forme de croyance religieuse (2). »
Les catholiques des États-Unis semblent avoir été bien lents à comprendre la nécessité de lutter vigoureusement contre l'influence de l'école publique, et cette institution maçonnique avait causé de terribles ravages dans leurs rangs avant qu'ils se soient aperçus du danger.
En 1876, un écrivain du Catholic World faisait l'aveu que voici, en parlant de l'état de l'Église dans les premiers temps de la République :
« On ne pouvait pas obtenir une formation catholique si ce n'est dans les deux ou trois collèges que nous avons mentionnés ; et, pendant longtemps, les quelques écoles élémentaires qui furent ouvertes, laissèrent infiniment à désirer. A vrai dire, on peut affirmer que ce n'est que depuis un quart de siècle que beaucoup d'évêques et de prêtres de ce pays son! par-
1. Les mots mis entre parenthèses se trouvent dans le texte de l'article du Père Bayma.