‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 66 sur 101 · Les États-Unis contemporains, tome I, p · texte numérisé non relu

Les États-Unis contemporains, tome I, p

l'accroissement de l'église.

L'Église n'a guère réussi à convertir les protestants. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. D'abord, il y a eu incontestablement un manque de zèle chez les catholiques. L'abbé F. -G. Lentz, écrivant dans le Catholic World de septembre 1892 sur la conversion du peuple américain, dit :

« Si le zèle des catholiques avait entrepris la conversion de ce peuple, il y a cinquante ans, on aurait trouvé qu'enlever quelques poutres pourries était une tâche plus facile que ne le sera celle qui nous incombe aujourd'hui, d'élever tout l'édifice... Si les catholiques ne travaillent pas à chasser de leurs concitoyens non catholiques le démon de l'incrédulité, il finira par les posséder eux-mêmes.... Cependant qu'a-t-on fait dans ce sens? Presque rien. Quelques âmes zélées ont, çà et là, fait leur petit possible ; mais y a-t-il eu une prière universelle pour la conversion de ce pays, comme celle qui, depuis des années, monte vers le trône de la Grâce pour obtenir la conversion de l'Angleterre ? »

Cette observation est extrêmement juste. On voit bien quelques tentatives isolées, en vue de convertir les protestants et les infidèles des États-Unis, mais nul effort général, aucune action commune tendant à ce but. Surtout, on n'a jamais songé, que je sache, à organiser une vaste ligue de prières pour obtenir la conversion du peuple américain. Ou si quelqu'un y a songé, aucune suite n'a été donnée à ce projet, car une semblable ligue de prières n'existe certainement pas. Je me demande même si quelqu'un, à part l'abbé Lentz, y a jamais sérieusement pensé. Vous pouvez parcourir les délibérations et les vœux des deux

Congrès catholiques de Baltimore et de Chicago, ternis •en 1889 et en 1893, sans trouver la moindre allusion à une ligue de prières pour la conversion des États- Unis. Pour dire le vrai, une semblable proposition n'est guère conforme à la tournure d'esprit des cathodiques américains, qui, à leur insu, sont plus ou moins imbus des idées naturalistes qui ont cours dans la grande République. J'ose dire que les catholiques .américains, pris dans leur ensemble, ne comprendraient pas la nécessité et l'efficacité d'une semblable ligue. C'est trop mystique pour eux ; cela sent trop le moyen-âge. Ils comptent à peu près exclusivement sur l'action personnelle et extérieure. Ils comprennent qu'on publie des écrits et que l'on fasse des discours pour exposer et défendre la doctrine catholique ; -qu'on donne le bon exemple aux protestants en prenant une part active aux mouvements en faveur de la tempérance et de l'observation du repos dominical. Ils commencent aussi à comprendre la nécessité des écoles catholiques pour conserver la jeune génération. Mais leur zèle ne va pas au-delà de ces moyens, excellents sans doute, indispensables, mais qui ont nn côté naturel. Les moyens purement surnaturels qu'il faut joindre aux moyens naturels pour que l'action •soit complète, ils n'en saisissent pas l'opportunité. Cela tient à leur trop grande admiration pour ce qu'ils «appellent les vertus actives, le côté naturel de l'homme, •et le peu de cas qu'ils font des vertus dites passives •ou de l'aspect spirituel des choses.

Devant le congrès catholique de Baltimore, M. Ileury-F. Brownson, fils du célèbre Brownson, a lu un travail sur l'action des laïques dans l'Église. Tout en

vantant le système américain, M. Brownson a dû faire cet aveu :

« Nous sommes entourés d'influences hérétiques et païennes. Nous sommes retournés presque au point où le monde était il y a 1900 ans, et toutes les nationsauraient besoin d'être converties de nouveau et la société d'être régénérée. Pendant que nous consacrons nos énergies à conserver ce que nous avons,. nos perles sont énormes. Nous continuerons à faire des pertes plus nombreuses si nous n'appliquons pas nos efforts au monde qui nous entoure. Ne pas avancer, c'est reculer. Si nous ne faisons rien pour convertir ceux au milieu desquels nous vivons, ils réussiront à nous enlever un grand nombre desnôtres (1 ). »

Et comme moyen de convertir les américains, il demande surtout l'action extérieure. « La prière est une bonne chose, dit-il, mais elle ne dispense pas de l'action. » Sans doute, mais c'est par la prière qu'il faut commencer, si vous voulez non seulement que votre action extérieure soit efficace, mais même qu'elle se produise. Tant que vous n'aurez pas une ligue deprières pour la conversion des États-Unis, votre action extérieure sera faible, le zèle des catholiques pour les œuvres apostoliques sera languissant, et les résultats de votre travail décourageants.

La prière, la prière publique, organisée, doit précéder toute action extérieure. C'est la base de tout. Elle fait descendre du ciel la rosée de la grâce qui seule donne la fécondité au travail de l'homme. Inu-

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