‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 77 sur 101 · Cf. The Beview, 4 mai · texte numérisé non relu

Cf. The Beview, 4 mai

LES PERTES DE L'ÉGLISE

demander à Dieu l'esprit apostolique pour tous les évêques et pour tous les prêtres, on dirait que le nombre de ceux qui pratiquent le zèle jusqu'à l'héroïsme va diminuant, à mesure que les facilités de la vie augmentent. Les vertus ordinaires n'ont pas disparu, mais les saintetés vraiment sublimes se font rares. Elles se font rares aux États-Unis. Je ne dis pas qu'elles y manquent beaucoup plus qu'ailleurs, mais assurément elles n'y abondent pas.

L'Église des États-Unis, n'étant guère appuyée que sur des vertus ordinaires,' continuera, pendant longtemps encore, à perdre beaucoup de ses enfants. On peut même se demander si, dans le cas où l'immigration des pays catholiques cesserait tout à fait, elle ne se mettrait pas aussitôt à reculer, au lieu d'avancer. Les chiffres que j'ai cités, d'après des auteurs américains, le font craindre. A l'heure qu'il est, encore, je le crois sincèrement, sans « la brutale accession du nombre » qui, chaque année, répare les brèches faites au catholicisme par les diverses causes signalées plus haut, la population catholique des États-Unis diminuerait au lieu d'augmenter. Les conversions ne compenseraient pas les apostasies.

Si l'on arrive un jour à pourvoir efficacement aux besoins religieux de toutes les familles catholiques dispersées dans les campagnes ; si l'on réussit jamais à faire instruire tous les enfants catholiques dans des écoles catholiques, alors les pertes de l'Église seront réduites au minimum. Mais ce double événement, si désirable, ne se produira pas de si tôt. Les catholiques qui ne sont pas groupés par paroisses ou congrégations, ^ verront rarement le prêtre, et seront nécessairement sans

écoles catholiques, pendant de longues années encore ; et même dans les centres où l'organisation paroissiale existe, on n'est pas près d'obtenir de tous les parents catholiques qu'ils envoient leurs enfants uniquement aux écoles catholiques.

L'aurore du beau jour qui verra les pertes de l'Église réduites au minimum, n'est donc pas encore levée.

Et même si l'organisation paroissiale et scolaire était complète, et si tous les enfants catholiques recevaient une formation catholique, il y aurait encore des pertes nombreuses ; car la terrible « ambiance » ferait toujours son œuvre. La malaria morale empoisonnerait un grand nombre d'âmes.

Cependant, avec toutes les familles catholiques fréquentant l'église et tous les enfants catholiques fréquentant l'école catholique ; avec, en plus, une sérieuse propagande, basée sur la prière, en vue de conquérir des âmes à Jésus-Christ, on pourrait espérer voir les conversions l'emporter enfin sur les désertions.

Mais que de travail à faire avant d'arriver à cette organisation complète de l'Église aux États-Unis !

CONCLUSION

J'ai voulu faire parler les faits. Je crois que cela suffît. De longues considérations théoriques, pour finir, me paraissent superflues.

Les faits exposés dans les pages qui précèdent confirment hautement la doctrine de l'Église, savoir que le régime du libéralisme, du droit commun, de V Église libre dans l'État libre, de la Séparation de V Eglise d'avec l'État,n est pas le régime le plus favorable au développement de la religion.

Si ce régime avait pu donner d'heureux fruits quelque part, c'est bien aux États-Unis. Il y a fonctionné en toute liberté pendant plus d'un siècle. Il n'y était gêné par aucune tradition du passé, par aucun vestige d'un autre régime, par aucune tentative de le remplacer. Il a donné la mesure de ce qu'il pouvait produire de plus acceptable. Et le résultat, examiné froidement, sans enthousiasme et sans hostilité systématique, n'est pas brillant.

Quoi que l'on ait dit, la religion catholique n'a pas fleuri sous ce régime. C'est à peine si elle a végété. Car si la vigne du Seigneur, en ces parages, s'est accrue prodigieusement, c'est par une transplantation continuelle et excessive que le phénomène s'est produit. Le sol même a donné un maigre accroissement. Ou plutôt, sans les nouveaux ceps, arrivant chaque année de pays étrangers, la vigne américaine se dégarnirait bientôt.

Les faits exposés nous disent encore autre chose. Ils proclament, une fois de plus, que l'État ne saurait rester dans une indifférence bienveillante à l'égard de l'Église. Là où il ne la défend pas, là où il ne la protège pas, où il ne la soutient pas et ne s'appuie pas sur elle comme sur un fondement très solide, il lui est toujours hostile ; tantôt ouvertement et furieusement, tantôt sourdement et hypocritement. Aux États-Unis l'hostilité de l'État à l'égard de l'Église est sourde et hypocrite, parce que l'Église s'y fait aussi petite qu'elle peut l'être, sans cesser entièrement d'être militante.

L'Église étant d'institution divine appelle ou l'amour ou la haine. La véritable indifférence est aiissi impossible à son égard qu'à l'égard de Jésus-Christ luimême. Là où l'État ne remplit pas le rôle d'Évêque du dehors, il est forcément amené à celui de persécuteur. Lorsque Constantin disparaît, c'est Julien qui le remplace.

Nous avons vu que l'Église d'Amérique, comme le peuple américain, est seulement en voie de formation ; qu'elle n'est pas américaine comme l'Église de France est française ; qu'il faut, par conséquent, tenir compte du problème des nationalités qui complique la situation et qui pourrait facilement devenir une source de troubles profonds, si l'on tentait de le résoudre par Yaméricanisation des divers éléments (1).

Enfin, ce qui se passe aux États-Unis nous montre clairement que l'on n'a pas découvert en Amérique un

1. On trouvera, à l'Appendice, des documents qui indiquent l'acuité de cette question des nationalités et la tension des esprits qu'elle occasionne.

CONCLUSION

moyen plus facile de se sauver et de sauver les autres. Ceux qui, dans ce pays, ont accompli les œuvres de Dieu, ont employé les vieux procédés que les Apôtres mêmes nous ont transmis. Pour se sanctifier, là-bas comme ailleurs, il faut prier, se mortifier et vaincre la chair 4e toutes manières. Ce que l'on a pris pour des vertus actives ne sont que des qualités naturelles, ou même des défauts, incapables d'élever l'homme à sa fin surnaturelle.

Les évêques et les prêtres qui ont opéré des prodiges en Amérique, venus presque tous de l'Europe, ont suivi les méthodes de l'ancien temps, les méthodes des saints de tous les siècles et de tous les pays. Ils étaient animés de l'esprit apostolique, non point de l'esprit moderne. Ils prêchaient Jésus-Christ crucifié et ne s'entretenaient guère de progrès et de liberté avec les reporters des journaux profanes. L'Évangile, et non la politique, était leur arme de combat. En un mot, ils savaient et enseignaient que de nos jours, comme autrefois, on arrive au ciel par le Chemin de la Croix, et non pas en chemin de fer.

APPENDICE

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