LA QUESTION DES ÉCOLES CATHOLIQUES AUX ÉTATS-UNIS
Les propositions scolaires de Mgr le délégué apostolique (ailes devant la réunion des archevêques, à New- York, le 1 6 novembre 1 892, et publiées sans V autorisation de Mgr Satolli.
« A l'Église catholique appartiennent le devoir et le droit divin d'enseigner à toutes les nations la vérité de l'Évangile et l'observance des commandements du Christ (S. Matt. xxvm, v. 29). En elle aussi réside le droit d'instruire les jeunes gens, car le royaume des cieux est à eux (S. Marc, x, v. 14). Conf.Conc. pl.Balt. III, N° 194. C'est-à-dire qu'elle se réserve le droit d'enseigner les vérités de la foi et les lois de la morale, afin d'élever les jeunes gens dans l'habitude d'une vie chrétienne.
» Donc, absolument et universellement parlant, rien ne répugne à ce qu'ils apprennent les premiers éléments et les plus hautes branches des arts et des sciences naturelles dans les écoles publiques contrôlées par l'État, lequel est tenu de fournir et d'encourager tout ce qui tend au bien-être moral des citoyens, à leur assurer une vie sociale paisible et une part suffisante de biens temporels, sous les lois promulguées par l'autorité civile.
» Pour le reste, les ordonnances du concile de Baltimore sont encore en vigueur, et, d'une façon générale, restent en vigueur.
» Non seulement, en vertu de notre amour paternel, nous exhortons les parents catholiques, mais nous
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leur commandons, par toute l'autorité que nous possédons, de procurer une éducation vraiment chrétienne et catholique aux chers enfants que Dieu leur a donnés, que le baptême a fait revivre en Notre-Seigneur et qui sont destinés au ciel ; car ils doivent les surveiller et les protéger pendant leur enfance et leur jeunesse contre les dangers d'une éducation purement mondaine, et par conséquent leur faire fréquenter les écoles paroissiales ou autres vraiment catholiques.
» Unis à ces devoirs se trouvent les droits des parents, qu'aucune loi ni autorité civile ne saurait violer ou affaiblir.
» L'Église catholique, en général, et particulièrement le Saint-Siège, loin de condamner ou de traiter avec indifférence les écoles publiques, désire plutôt que, par l'action conjointe des autorités civiles et religieuses, il y ait des écoles publiques dans chaque État, suivant les besoins, pour l'enseignement des arts utiles et des sciences nécessaires; mais l'Église catholique redoute certains caractères des écoles publiques qui sont opposés aux vérités du christianisme et à la moralité, et puisque, dans l'intérêt même de la société, il est possible de faire disparaître ces objections, non seulement les évèques, mais tous les citoyens devraient se prévaloir de leurs droits, dans l'intérêt de la moralité.
» Il y a longtemps que le Saint-Siège, après avoir consulté les évèques des États-Unis d'Amérique, a décrété que les écoles paroissiales et autres institutions sous la direction des évèques, chacune suivant les conditions de son diocèse, étaient opportunes et nécessaires pour la jeunesse catholique, parce qu'il était
alors certain que, pour diverses raisons, les écoles publiques offraient certains dangers pour la foi et la moralité (Conc. pl. Balt. III, N° 194, seq. app. p. 279) ;
» Parce que, dans les écoles publiques, une éducation purement séculière est donnée, en tant que tout enseignement religieux en est exclu ; parce que les instituteurs sont choisis sans distinction dans toutes les sectes, et qu'aucune loi ne les empêche de travailler à la ruine de la jeunesse, mais qu'ils sont libres d'inculquer l'erreur et les germes du vice dans ces jeunes intelligences. De même, une cause certaine de corruption semblait ressortir du fait que dans ces écoles, ou du moins dans un grand nombre, les enfants des deux sexes étaient réunis, pour leurs leçons, dans une même classe.
» Donc, s'il est clair que dans une localité donnée, grâce aux dispositions plus sages des autorités publiques, ou à la prudente surveillance de la commission scolaire, des professeurs et des parents, les dangers sus mentionnés pour la foi et la morale disparaissent, il est permis aux parents catholiques d'envoyer leurs enfants dans ces écoles pour acquérir les éléments des lettres, pourvu que les parents eux-mêmes ne négligent pas leurs devoirs les plus sérieux, et que les pasteurs des âmes fassent tous leurs efforts pour inculquer aux enfants toutes choses dont se composent le culte et la vie catholique. Il est laissé au jugement et à la sagesse des évêques de décider si, dans une certaine partie de leurs diocèses respectifs, une école paroissiale peut être construite et convenablement entretenue, de façon à ne pas être inférieure à l'école publique, prenant en considération la condition tem-
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porelle des parents, leurs besoins spirituels et la nécessité de maintenir convenablement le culte.
» Il sera donc recommandable, comme le faisaient nos ancêtres, et comme cela se pratiquait dans les premiers âges de l'Église, d'établir des classes hebdomadaires de catéchisme auxquelles assisteront tous les enfants de la paroisse. Que les pasteurs animés par leur zèle et les parents catholiques par leur amour n'épargnent aucun effort pour assurer le succès de ce système. (Cf. Conc. Bal. III, N° 19.)
» Aucun reproche, ni en public ni en particulier, ne sera fait aux parents catholiques qui enverront leurs enfants à des écoles ou à des académies privées où Ton donne une meilleure éducation que sous la direction de religieux ou de catholiques approuvés. S'ils pourvoient suffisamment à l'instruction religieuse de leurs enfants, qu'ils soient libres de s'assurer de toute autre manière l'éducation que requiert la position de leur famille.
» Il serait très désirable, ce serait le plus heureux arrangement possible, que l'évêque s'entendît avec les autorités civiles ou avec les membres de la commission scolaire pour la surveillance conjointe de l'école, toujours en tenant compte de leurs droits respectifs.
» Tandis qu'on nomme des instituteurs pour les branches séculières, auxquels il est légalement interdit d'insulter à la religion et à la moralité catholiques, que l'Église insiste sur son droit et son devoir d'enseigner le catéchisme aux enfants, afin de les prévenir contre tous les dangers qui pourraient porter atteinte à leur foi ou à leur moralité.
» Il semble à propos de citer ici les paroles de N. S.
P. Léon XIII (Voyez la lettre du Pape à l'archevêque de New- York et aux évêques de la province).
» Nous désirons de plus que vous fassiez tous vos efforts pour que les différentes autorités locales, fermement persuadées que rien ne contribue plus au bienêtre de FËtat que la religion, fassent en sorte, par une législation sage, que le système d'enseignement maintenu aux frais du public, auquel, par conséquent, les catholiques sont appelés à contribuer pour leur quote-part, ne soit, en aucune façon, préjudiciable à leur conscience et à leur religion.
» Car nous sommes persuadé que ceux de vos concitoyens dont la croyance diffère de la nôtre, avec l'intelligence et la prudence qui les caractérisent, mettront bien vite de côté tout préjugé, toute idée défavorable à l'Église catholique, reconnaîtront volontiers ce mérite qui lui appartient d'avoir dissipé les ténèbres du paganisme à la lumière de l'Évangile, et d'avoir créé une société nouvelle, distinguée par le parfum des vertus chrétiennes et par la culture de tout ce qui ennoblit l'homme. Personne, croyons-nous, après avoir étudié attentivement les circonstances, ne permettra, qu'à l'avenir, des parents catholiques soient forcés d'ériger et de maintenir des écoles dont ils ne peuvent pas se servir pour l'instruction de leurs - enfants.
» Quant aux enfants catholiques qui, en grand nombre, reçoivent l'instruction dans les écoles publiques sans y obtenir la moindre instruction religieuse, les plus grands efforts devraient être faits pour qu'ils ne restent pas dans l'ignorance de la foi et de la pratique du catéchisme. Nous savons, par expérience, que
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tous nos enfants catholiques ne sont pas dans les écoles catholiques.
» La statistique démontre que des centaines de milliers d'enfants catholiques aux États-Unis fréquentent les écoles sous le contrôle des commissions d'État, et où, pour cette raison, on trouve des instituteurs de toutes les dénominations. Il est hors de tout doute que la seule chose nécessaire est l'éducation religieuse et morale suivant les principes catholiques et que cette question doit être traitée, non pas superficiellement et en temporisant, mais au contraire sérieusement et avec énergie. L'adoption d'un des trois plans suivants selon les circonstances particulières dans chaque État est désirable :
» Le premier consiste en un arrangement entre l'évèque et les membres'de la commission scolaire, par lequel ceux-ci, agissant par esprit de justice et de bonne volonté, permettent aux enfants catholiques de se réunir pendant le temps libre pour apprendre le catéchisme. Il serait aussi très avantageux que ce plan ne se bornât pas aux écoles primaires, mais qu'il s'étendît également aux écoles supérieures et collèges sous forme de cours libres.
» Le second consiste à établir une classe de catéchisme en dehors de l'édifice public, et aussi des classes supérieures de doctrine chrétienne, où les enfants catholiques se réuniraient avec assiduité et plaisir, grâce à l'autorité de leurs parents, à la persuasion de leurs pasteurs et à l'espoir d'éloges et de récompenses.
» Le troisième plan ne paraît pas, à première vue, aussi convenable, mais il se rattache inséparablement
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aux devoirs des parents et des pasteurs. Les pasteurs devraient appuyer incessamment sur le devoir imposé par les lois naturelles et divines d'élever les enfants suivant la saine moralité et la foi catholique. En outre, Finstruction des enfants est l'essence même de la charge pastorale. Que le pasteur des âmes leur dise avec l'Apôtre : « Mes petits enfants que j'enfante de nouveau jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous. » (Gai. IV, 19.)
» Qu'il forme des classes d'enfants dans l'école paroissiale, telles qu'on en a établi à Rome et en bien d'autres endroits, et même dans certaines églises de ce pays avec d'excellents résultats.
» Pour le maintien et l'augmentation des écoles catholiques, il est nécessaire de veiller à ce que les instituteurs soient capables, non pas seulement par un examen devant la commission diocésaine et par le certificat ou diplôme qu'elle confère, mais aussi par un diplôme d'instituteur octroyé par la commission scolaire de l'État, après examens satisfaisants.
Ceci est prescrit, premièrement, afin de ne pas paraître négliger ce que requiert l'autorité publique en matière d'enseignement. Secondement, le public, en général, aura une opinion plus favorable des écoles catholiques. Troisièmement, les parents catholiques auront la garantie que les écoles catholiques ne sont pas inférieures à celles de l'État; qu'au contraire, on fait tout pour rendre ces écoles égales et même supérieures aux écoles publiques. Quatrièmement, enfin, nous pensons que ce plan ferait comprendre à l'État, qu'outre la compétence reconnue
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au professeur, les lois sont observées en toutes matières se rapportant aux arts, aux sciences et aux méthodes pédagogiques ordinairement en usage, pour maintenir la stabilité et l'utilité des écoles.
» Il est nécessaire que ce qu'on appelle les écoles normales atteignent le même degré en formant des professeurs de lettres, d'arts et de sciences ; et leurs gradués ne devraient pas manquer d'obtenir des diplômes de l'État. Dans l'intérêt de la cause catholique, que les laïques rivalisent entre eux pour l'obtention de ces diplômes, de sorte que, possédant les connaissances et les capacités requises pour l'enseignement, ils puissent concourir honorablement et obtenir des positions dans les lycées et les institutions scientifiques.
» La connaissance de la vérité en toutes choses, la franche justice unie à la charité, l'exercice et l'appréciation des arts libéraux, tels sont les boulevards de l'Église. »