Catholic World, février 1885, page
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difficile à rendre en français -- exclut rigoureusement l'idée que nous venons d'émettre. Zome est un des mots les plus tendres et les plus poétiques de la langue anglaise. Dire que l'Église trouve son home aux États- Unis, c'est affirmer que nulle part ailleurs elle ne trouve la paix, la tranquillité, la joie, la satisfaction qu'elle éprouve dans les domaines de l'Oncle Sam et à l'ombre du drapeau étoilé. C'est dire que la République de Washington est sa patrie et que dans les autres pays elle est plus ou moins étrangère. L'Église aux États-Unis, c'est presque l'Église triomphante. On ne l'y appelle l'Église militante que pour la forme et pour ne pas blesser les catholiques des autres pays. Voilà ce que renferme ce petit mot home.
Je n'exagère pas. Les américains américanisants s'imaginent que le monde n’a jamzis vu bonheur semblable au bonheur de l'Église en leur pays. Le rôle que les catholiques américains sont appelés à jouer dans le monde leur paraît aussi nouveau qu'important. Nous avons, dans le chapitre précédent, entendu Mgr Ireland leur dire qu'ils ont pour mission de résoudre, au bénéfice de l'Église universelle, les problèmes en face desquels la religion se trouve actuellement placée. Quelle est exactement la nature de ces problèmes ? Il ne faut pas trop le demander, car le grand enthousiasme exclut presque toujours la précision dans les détails.
Autant qu'on peut saisir leur pensée, ce sont eux, les catholiques des États-Unis, qui sont appelés à démocratiser l'Église, à la rendre populaire, acceptable à tous les hommes. Et si vous les pressez à s'expliquer davantage, vous trouverez que ce sont eux
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qui ont montré au monde que l'Église catholique est compatible avec la forme républicaine et la liberté civile.
Le moindre discours d'un de leurs orateurs devant la moindre réunion de catholiques américains constitue une « époque dans l'histoire de l'Église. » C'est ainsi que le Catholic World nous a déclaré que le congrès catholique de Chicago — non pas le congrès des religions — mais le congrès catholique, tenu en 1893, marque une époque non pas seulement dans les annales de l'Église aux États-Unis, ce qui serait à la rigueur admissible ; mais dans l'histoire du catholicisme. An Æ£poch in Catholicism, c'est le titre de son article. Et il y est dit, avec une assurance tout à fait charmante dans sa naïveté, que ce « congrès a ouvert une nouvelle ère pour l'Église catholique (1). » Vous ne vous en étiez pas aperçu, peut-être, en Europe ; mais c'est votre faute: vous devriez lire le Catholic World.
Ces braves gens veulent bien admettre Léon XIII à partager un peu leur gloire. Il les aide, dans la mesure de ses forces, à créer une époque. C'est ainsi que dans
ce même article du Catholic World nous lisons ce qui suit :
« Il semble un peu étrange que l'Église, qui est la première et la plus grande république sur la terre, ait été considérée comme l'appui traditionnel des monarchies et du despotisme, et comme l'ennemie traditionnelle des républiques. Mais personne ne peut nier que
jusqu'aux jours du grand Pontifé actuel, l'Église n'ait
1, Catholic World, octobre 1893, p. 132.
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été ainsi regardée universellement. Léon XIIT à complètement dissipé cette illusion. »
Nos catholiques de l'école américaine sont tellement pétris de l'idée que le vrai christianisme est d'invention moderne, qu'ils disent des horreurs sans la moindre malice. Ainsi, d’après cet écrit du Catholic World, tous les Papes jusqu'à Léon XIII auraient négligé leur devoir au point de laisser les hommes universellement sous l'impression que l'Église était l'ennemie traditionnelle des républiques et le soutien non moins traditionnel du despotisme. Voilà un joli certificat donné à deux cent soixante-deux papes sous prétexte de louer le deux cent soixante-troisième !
Le North Western Chronicle, de Saint-Paul, qui passe pour reproduire fidèlement la pensée de Mgr Ireland, disait, dans son numéro du 5 août 1892 :
« Léon XIII est le seul pontife qui, depuis des siècles, ait reconnu, d’une manière pratique, que l'homme n'est pas composé exclusivement d'une âme, mais qu'il est en partie matériel et en partie spirituel et qu'il faut pourvoir aux besoins du corps et de l'âme. »
Les américains américanisants ignorent-ils à ce point l’histoire de l'Église, ou font-ils seulement semblant de l’ignorer? Ne savent-ils pas que l'Église a toujours dit à ses enfants de respecter les pouvoirs publics régulièrement établis, que la forme du gouvernement fût monarchique ou démocratique; et que Léon XIII, dans ses instructions aux catholiques de France, n'a absolument rien innové, comme il l'a déclaré lui-même ? S'ils savent ces choses, qu'il n’est permis à aucun catholique d'ignorer, pourquoi calom-
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