‹ La situation religieuse aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 42 sur 132 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

PART ces actes de violence qui, après tout, ne se A sont pas produits tous les jours ni même tous les ans, et qui ne doivent pas être attribués à la majorité des citoyens, existe-t-il, aux États-Unis, un autre genre de persécution contre les catholiques ?

Il en existe deux. Il y a d'abord la persécution administrative, l'hostilité sourde des pouvoirs publics; puis, l’ostracisme politique et social exercé constamment contre les catholiques par ce tyran affreux, mais insaisissable, qu'on nomme l'opinion publique.

Examinons d’abord l'hostilité gouvernementale. Ce qui frappe et éblouit les catholiques d'Europe, de France surtout, c'est la liberté que je pourrais appeler purement matérielle dont l'Église jouit aux États- Unis. La constitution fédérale déclare que le Congrès de Washington ne pourra voter aucune loi soit pour établir, soit pour proscrire une religion quelconque (1). Elle ne reconnaît ni la seule vraie religion, ni les sectes. Elie les met sur un pied d'égalité, et se déclare

1. Le premier amendement à la constitution fédérale, voté en 1789, se lit comme suit : « Congress shall;ynake no law respecting an establishment of religion and prohibiting the free exercise thereof. »

tout à fait incompétente en matière religieuse. C'est, comme je l'ai dit plus haut, le libéralisme pur.

La population hétérogène des États-Unis, la multiplicilé des croyances que l'on y trouve, l'absence mème de toute foi religieuse chez un grand nombre, ont rendu ce régime nécessaire. Dans de telles circonstances, c'est incontestablement le moindre mal. C'est même un bien relatif, si l'on veut. Mais ce n’est pas l'idéal. Le pape Léon XII l'a formellement déclaré dans les paroles de son Encyclique Longinqua Oceani, que j'ai prises comme épigraphe. Si tous les catholiques américains se contentaient de dire que leur régime de libéralisme est le meilleur qu'ils puissent espérer dans le présent, il n'y aurait rien à dire. Mais beaucoup d’entre eux prétendent, plus ou moins hardiment, que nulle part et jamais l'Église n'a joui d'une situation aussi favorable à son développement que celle que lui fait la constitution des États-Unis. C'est là leur grande erreur et la cause première de toutes les discussions en ces derniers temps à propos d'américanisme (1).

L'Église est donc théoriquement libre aux États- Unis de se gouverner selon ses propres lois. Et, pratiquement, elle jouit d'une grande liberté ; surtout si l'on compare cette liberté aux entraves qu'elle porte en d'autres pays. Les évêques peuvent communiquer librement entre eux et avec Rome ; 5e réunir en concile aussi souvent qu'ils le veulent ; tenir des synodes ;

1. Tout dernièrement (4 mai 1899) le Midland Review, publication catholique de Louisville, ne pouvait pas croire que la Civilta Cattolica eût réellement prétendu que la doctrine de la séparation de l'Église et de l'État est condamnée par Léon XIII ! — Article cité et réfuté par The Review, de Saint- Louis, 18 mai 1899.

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nommer des curés ; ériger des églises, des écoles élémentaires, des académies, des collèges, des couvents, des uuiversités ; ouvrir des hospices, des orphelinats, etc., sans avoir à demander permission au gouvernement. Les évèques sont, de plus, nommés directement par le Saint-Siège sans que le pouvoir politique ait rien à y voir. Cette situation est vraiment brillante comparée aux tracasseries gouvernementales auxquelles la reiigion catholique est soumise en plusieurs pays de l'Europe. Elle est brillante, mais il ne faut pas en être ébloui.

D'abord, l'Église ne jouit de cette liberté qu'au même

titre que les différentes sectes. La franc-maçonnerie,

elle aussi, se gouverne d’après ses propres lois. Le gouvernement fédéral n'intervient pas plus dans la tenue des convents maçonniques que dans la convocation des conciles et des synodes. L'élection des grands-maîtres ne l’intéresse pas plus que la nomination des évêques et des curés.

L'Église n'est donc libre qu'à la condition d'être mise en parallèle avec toutes les sectes. Elle n'occupe donc pas une situation idéale aux États-Unis.

On peut même se demander, je crois, si cette situation n’est pas inférieure à celle que l'Église occupe en certains pays où l'État la reconnaît tou. :n la contrecarrant plus ou moins ouvertement. La paix dans l'effacement est-elle beaucoup plus désirabie que la reconnaissance dans la persécution? Passer librement, mais confondue avec les sectes, est-ce plus honorable pour l'Église que d'être enchaînée comme l'Épouse du Carisr? Ce sont là, assurément, des questions qu'on peut se poser.

Situation relig, aux États-Unis. 7

Mais ce que nous avôns à étudier ici, c'est la véritable situation de l'Église aux États-Unis en face du gouvernement et celle des catholiques en face de l'opinion.

. L'Église d'Amérique est libre, avons-nous dit, tant qu'elle ne sort pas de chez elle, de ses conciies, de ses temples, de ses écoles. Mais quelque désir qu'elle ait de se faire petite, de s’effacer, de se confondre avec la foule des sectes, il lui faut, nécessairement, prendre contact avec les pouvoirs publics. Et alors commence une véritable persécution.

Ici, ÿe puis terminer la citation da discours de M. Dougherty, commencée dans un autre chapitre :

« Nous, catholiques, nous avons été de temps en temps calomniés, dénigrés, méprisés, dans des journaux, dans des pamphlets, dans des livres, dars des discours, dans des sermons devant des assemblées sectaires, dans des réunions politiques, que dis-je, même devant le Congrès des États-Unis. Nous avons é.é proscrits aux urnes électorales. Les plus grands honneurs au sein de cette république nous sont refusés par un préjugé qui a toute la force d’une loi organique. Bien qu'ils soient les égaux de leurs concitoyens par lir'égrité, l'intelligence et l'instruction. les catholiques reçoivent bien rarement des positions élevées. Le droit de pratiquer notre sainte religion est refusé dans bien des institutions pour les malades, les infirmes et les malheureux, et aux criminels dans les prisons et les bagnes. Bien que les rangs de l’armée et de la marine 'se recrutent largement parmi les catholiques, cependant on peut compter les aumôniers sur les

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