Flotte (ï usage local
12 bâtiments, destinés au service de police locale, ou de petit trafic dans les déparlements maritimes, jaugeant au-dessous de 200 tonneaux; en outre les bâtiments ou embarcations nécessaires au service des arsenaux.
En 1878, M. Brin quitta le ministère de la Marine, après avoir mis en chantier le Lepanto, cuirassé du même type que Vltalia.
La démission de M. Brin entrava la rapide exécution de la réorganisation ; après lui, cinq mi-
nrstres se succédèrent : le vice-amiral de Brochetti , le député Ferracciu, le général Bonedli, l'amiral Acton et Tamiral Del Santo.
Cependant, malgré bien des doutes et bien des obstacles, suscités plus d'une fois au Parlement par les défenseurs des bâtiments cuirassés euxmêmes, dont plusieurs ne voulaient pas qu'on dépassât la grandeur, les types du Duilio^ le Dandolo, Vltalia et le Lepanto construits dans l'ordre que je viens d'écrire, furent achevés et lancés avec succès. Le dernier est encore en armement pour essais.
Le Duilio, que l'amiral de Saint-Bon considérait comme un inutile ponton, destiné à vieillir à l'ombre des oliviers de la Spezzia, eut un succès merveilleux, lors des essais faits en 1880. Il filait avec une vitesse incomparable et gagnait lui-même sa cause, devançant de plus d'une demi-heure le Principe AmedeOy jusque-là réputé le plus habile marcheur de la côte.
L'amiral Acton estimait qu'à côté des colosses de la flotte, il devait y avoir place pour d'autres bâtiments de dimensions un peu moins grandes, mais redouUibles encore, lesquels, dans les discussions célèbres qui eurent lieu, s'appelaient le type Acton et ne dépassaient pas 10 000 tonnes.
Leur nom est : Riiggiero di Lauria, Francesco Morosini et Andréa Doria. Ils ne sont pas très différents du Duilio.
En ce moment, la flotte italienne compte donc quatre grands cuirassés qui forment son escadre de combat, et elle a en achèvement à flot le Lauria, le Francesco Morosini et le Doria.
En novembre dernier, M. Brin, le nainistre actuel, visitait les travaux d achèvement du Francesco Morosini et pressait Tarmement des autres cuirassés qui sont à Venise.
M. Brin, a fait, m'a-t-on dit, mais je n'ai pas la certitude du fait, ses études dans lart des constructions navales, à l'École de génie maritime de Paris.
Le Duilio et le Dandolo sont des cuirassés sans mâture, à réduit central, ayant un cuirassement partiel de 55 centimètres d'épaisseur maxima et un armement de 4 canons de 100 tonnes, placés dans deux tours tournantes encastrées, 6 canons de 12 centimètres, 4 canons de 7 centimètres et 4 mitrailleuses Gattling. La saillie de l'éperon est de 4°, 38, la force motrice de 7 500 chevaux et la vitesse moyenne de 14 milles.
Le Duilio est muni, à l'avant et dans l'axe, à 4°,50 de la flottaison, d'un tube de lancement pour
torpilles Whitehead; deux sabords de son réduit sont munis d'affûts lance-torpilles; enfin, à Tarrière existe un tunnel de 25 mètres de long, 4", 40 de haut et 4 mètres de large, destiné à recevoir un torpilleur et refermé par une porte étanchc. Ce tunnel a été supprimé sur le Dandolo.
h'Italia et le Lepanto sont des cuirassés à réduit central sans tours ; leur armement se compose de 4 canons de 100 tonnes, placés par paires aux extrémités du réduit et tirant en barbette sur plates-fornies tournantes, H canons de 15 tonnes, 6 canons de 7 centimètres, 12 canons-revolvers de gros calibre, 4 mitrailleuses de petit calibre. Us embarqueront 2 torpilleurs de 2* classe, 4 appareils lance-torpilles, 24 torpilles ordinaires et 24 torpilles flottantes. La saillie de leur éperon est de 2 mètres; leur force motrice de 18000 chevaux et leur vitesse moyenne de 17 milles. On peut dire de ces géants ce que le maréchal Bugeaud disait des fantassins anglais : « Ce sont les plus redoutables du monde, heureusement ils ne sont pas beaucoup. »
Cependant, aucune puissance maritime n'a cru devoir les imiter. Tout en leur rendant justice, on discute la valeur de ces types, et la polémique incessante de la Chambre et de la presse italienne
justifie et alimente la controverse, à laquelle prennent part aujourd'hui presque tous les spécialistes contemporains.
L'un des bons écrivains militaires de l'Italie, le commandant Grillo, dans Sui inigliori tattià per una flotta moderna, nous paraît pencher sensiblement du côté des constructions moyennes, c'està-dire du type Acton, attendu qu'au delà de certaines limites^ les difficultés deviennent de plus en plus grandes et font penser aux colosses aux pieds d'argile. L'histoire nous affirme que les navires énormes ont toujours fait de médiocres preuves à côté des bâtiments légers et bien conduits; Salamine, Actium, rinvincible Armada, Trafalgar sont autant d'enseignements non encore démentis.
Les navires de 2" classe, qui portent le nom de croiseurs f cuirassés ou corvettes, sont représentés dans la flotte italienne par le Cristoforo Colombo, le Flavio Gioia, YAmerigo Vespucci, le Savoia, le Giovanni Bausan, le Vesuvio, ÏEtna et le Stromboli. Au dire des Italiens, ces navires réalisent tous les perfectionnements les plus récents et, dans son ouvrage YOrdinamento strategico délia nostra marina, le capitaine de vaisseau Paolo Cottrau s'efforce de démontrer que c'est d'un système de croisière très solidement établi que l'Italie peut
seulement attendre la défense de son littoral, et il limite expressément à ce genre d'action le rôle efficace de la flotte, en concluant : « ^augmentation du nombre des croiseurs est plus urgente que celle du nombre de nos cuirassés. » Le lieutenant de vaisseau Algranati, dans son article l'Organico délia flotta et gli incrocmtori del commercio, publié dans la Rioista maritima du 1" janvier 1884, arrive à une conclusion identique en discutant la valeur de chacune des unités de Tescadre de croisière. Après avoir admis la valeur des croiseurs dont nous venons de citer les noms, il ajoute : « Quant au Garibaldi, au Caracciolo, et au Vettor Pisaniy il est inutile d y compter pour le temps de guerre ; quant au Terribile, au Varese et au Formidabile^ il sera prudent d'en oublier Texistence, à moins que, pour rendre hommage aux longs services rendus jusqu'à ce jour, on ne préfère leur assigner un poste honorable, mais très secondaire, dans la défense de localités spéciales, avec la mission de vendre cher leur radiation du cadre de la flotte. Restent donc 8 croiseurs sur lesquels reposent aujourd'hui toutes nos espérances, mais qui ne peuvent être jugés, parce que Texpérience n'a pas encore été faite. » A un état de choses aussi peu rassurant, l'auteur
ne trouve qu'un seul remède possible : associer largement la marine marchande à la tâche de la marine militaire, en encourageant la transformation de ses constructions de telle sorte, qu'au moment de la guerre, la flotte y puisse trouver des éléments tout prêts à lui venir en aide. C'est la voie dans laquelle est entré ouvertement le Gouvernement par son' projet de loi sur la marine marchande, soumis aux études du Parlement.
« Malheureusement, dit le capitaine Âlgranati, la marine marchande italienne a été, — et ce qui nous en reste — n'est qu'un fantôme, hors d'état de rendre tous ces importants services, outre les services économiques du temps de paix. »
Mais les deux amiraux de Saint-Bon et Acton se sont trouvés d!accord sur les torpilleurs. Ehi 1880, l'Italie n'en possédait qu'un dans ses cadres, le Pietro Micca. Depuis, les efforts de l'administration se sont portés surtout de ce côté. Aujourd'hui, l'Italie possède 34 torpilleurs de 1" classe de 34 tonneaux, une vingtaine de deuxième classe de 15 à 25 tonneaux. Elle en achète maintenant à Ëlbing, et en Allemagne, chez Schichau, constructeur.
Les deux derniers, livrés par cette maison, les torpilleurs de haute mer 56 et 57, faisant route
d'Elbing pour la Spezzia dans la nuit du 26 au 27 novembre dernier, s'abordèrent sur la côte du Portugal, le 56 fut coulé et il est perdu.
Pour les torpilles, l'Italie se fournit tantôt chez Whitehead à Fiume, tantôt chez Schwartz Kopf à Berlin.
Le bruit court qu'elle va construire un atelier de torpilles à Venise et le confler à des industriels allemands.
Lorsque la France commande chez Whitehead des torpilles de 50 kilos, l'Italie en demande immédiatement de 100. Si la France met en chantier un torpilleur de 100 tonneaux, elle en met immédiatement un de 150.
L'Italie construit aussi des avisos -torpilleurs comme ceux que fait la France.
Elle n'a pas encore de grands croiseurs rapides, parce qu'il est dans son plan de localiser la guerre dans la Méditerranée.
En résumé, ce que l'Italie attend de sa flotte, c'est qu'elle maintienne les communications avec les îles, protège ses richesses maritimes, et que, par la menace de sérieuses représailles, elle oblige l'ennemi à renoncer au bombardement de ses cités maritimes.
Mais, avant que \ii flotte italienne ait acquis
assez d'accroissement pourêtre àla hauteur de cette tâche complexe, de longues années se passeront.
La nécessité s'impose de fortifier Vado pour fermer la zone de la Corniche et empêcher Fennemi de se servir de cette excellente rade comme base de ses opérations. Gêiies a besoin de compléter ses défenses de terre, assez défectueuses, et ses batteries de côte.
La Spezzia, le premier port de guerre de Tltalie, est complètement protégé contre une attaque par mer; les fortifications de terre, déjà considérablement développées, doivent l'être encore davantage, afin que cette place puisse servir de point d'appui à la défense générale de toute l'Italie.
La côte toscane est complètement ouverte, et le port de Livourne dépourvu de tout moyen de résistance. La protection de cette côte devra être confiée aux troupes de terre, au moyen d'un camp retranché établi à Pise. Les ports de Porto- Ferraio et de Porto-Longone, dans l'île d'Elbe, devraient être protégés par des ouvrages.
La rade de San Stefano sera défendue par les batteries du Mont Argentaro; Rome, par son camp retranché et ses forts.
Naples peut difficilement se défendre contre de sérieuses attaques.
La côte de Calabre, d'un accès très difficile, n'a pas besoin de protection. En Sicile, Messine doit être défendu du côté de la terre et du côté de la mer.
La position de la rade de la Maddalena est des plus importantes et est d*un intérêt capital pour la défense de toute la côte occidentale. Dans le courant de l'année dernière, l'Italie a installé des centres de torpilleurs en Sardaigne et a commencé à fortifier la rade de la Maddalena, à l'entrée des bouches de Bonifacio. La France a riposté en nommant un contre - amiral commandant de la marine en Corse et en installant des centres de torpilleurs a Bastia et à Ajaccio.
Tarente, occupant une position intermédiaire entre Spçzzia et Venise, a une importance considérable; il devra être fortifié du côté de la terre el du côté de la mer.
Bari devra être défendu par des batteries. Manfredonia est indéfendable.
Ancône, qui ne peut être défendu par des batteries de terre, doit être rayé du nombre des ports de guerre, mais conserver sa valeur comme place forte continentale.
D'Ancône à Ravenne, la défense des côtes doit être confiée aux troupes de terre appuyées à Ancône et à Bologne.
Le creusement de Testuaire de Malamocco ayant ouvert le port de Venise aux cuirassés, le port et la ville devront être protégés du côté de terre par une série de forts détachés. Tout le reste de la côte vénitienne est inaccessible, au point de vue militaire.
J'ajoute, à ce rapide exposé de la marine italienne, les paroles que le colonel Marselli prononçait au Parlement, dans la séance du 10 avril 1883 : « L'Italie a-t-elle une marine de guerre? » Je réponds tout de suite : « L'Italie possède quelques navires, au-dessous, quant au nombre, au-dessous, quant à la qualité de la plupart d'entre eux, des plus modestes exigences de sa défense. En outre, cette marine, envisagée comme institution, n'a point encore passé par toutes les phases que doit traverser une institution pour acquérir la plénitude de son organisation. » Depuis trois années, cette appréciation d'un homme fort compétent en la matière, reste tout entière.
Le personnel de la marine italienne se compose de :
Brin (Beneditto), ministre, député, inspecteur géDéral du génie naval.
Secrétaire général. — Contre-amiral Hacchta, figure énergique, esprit ouvert, marin expérimenté, député.
Directeurs généraux. — Le Contre-amiral comte Lovera di maria (artillerie et torpilles) ; Pucci (matériel).
Conseil supérieur et chef d'état-major. — Président : vice-amiral Pacorel de Saint-Bon, député.
Cet état-major est prêt à se transporter sur une flotte active.
Commandants en chef des départements maritimes, analogues à nos préfectures maritimes : Naples, vice-amiral F. Acton, sénateur, dont on peut discuter les opinions et les systèmes, mais qui est éclairé, instruit, loyal, et qui sait reconnaître une erreur avec une sincérité rare; la Spezzia : vice-amiral G. Acton, sénateur; Venise : contreamiral comte Bertelle.
Escadro permanente cuirassée : — Vice-amiral (h'engo.