L'ARMÉE
Si on veut apprécier la force militaire de Tltalie, il est absolument nécessaire de comprendre les forces de terre et les forces navales comme formant un seul ensemble. La flotte est un instrument indispensable de la défense du territoire, et les opérations des deux armées de terre et de mer se trouvent étroitement liées entre elles. L'armée navale doit protéger tout le littoral et couvrir en même temps les deux flancs de Tarmée de terre concentrée dans la vallée du Pô. En effet, par suite de la configuration de l'Italie, resserrée dans sa partie péninsulaire entre la Méditerranée et l'Adriatique, les communications entre la péninsule et les provinces du Nord, ne pourraient être maintenues que par la voie de mer; les longues et dangereuses lignes d'opérations qui courent parallèlement au littoral offriraient bien des points vulnérables aux coups d'une escadre ennemie.
La première obligation qui incombe à l'Italie et s'impose à elle, est donc de calculer l'action combinée des deux armées de terre et de mer. Tous
les orateurs et tous les écrivains militaires, amiral Pacorel de Saint-Bon, général Ricotti, général Ferraro, colonel Peruchetti, capitaine de corvette Carlo Grillo Maldini, commandant Morin, etc., ont été unanimes à indiquer les procédés à employer pour la défense du royaume et n'ont différé d'opinion que sur l'importance du concours de la mariné.
Sept groupes distincts ont contribué à la formation de Tarmée de terre : armée piémontaise, contingents lombard o-vénitiens, corps de Parme, de Modène, de Toscane, armées napolitaine et pontificale. C'est de 1848 à 1870 que tous ces éléments se fondirent et s'unifièrent.
Le 17 mars 1871, le roi Victor-Emmanuel prenait le titre de roi d'Italie et, le 4 mai suivant, le général Fanti, ministre de la guerre, notifiait à l'armée le décret royal qui abolissait la dénomination de l'armée en sept corps, et y substituait celle d'armée italienne.
Si l'on veut considérer comme un fait accompli la fusion des éléments si divers qui se partagèrent, il y a quelques années à peine, le territoire italien, c'est à l'armée qu'il faut faire remonter l'honneur de ce résultat considérable.
L'armée, par l'éducation donnée dans ses col-
lèges nationaux soumis au régime militaire : de Parme, de Macerato, d'Aquila, de Rome, de Florence, de Naples; dans ses aombreuses écoles militaires et dans ses corps d'instruction, a été la grande régénératrice, la véritable école nationale du patriotisme.
La loi du 8 juillet 1883, en donnant la série des services qui entrent dans l'organisation de l'armée, en a établi le fonctionnement. Cette loi est connexe avec le plan d'organisation de la marine, et le colonel Marselli établissait ainsi, au Parlement, les rapports qui devraient exister «ntre l'armée de terre et l'armée de mer.
« Je compare, disait-il, les puissants navires de premier rang à l'infanterie, arme de mouvement et arme de choc; je compare, si je regarde leur agilité dans la manœuvre et leur aisance à se mouvoir sur les bas-fonds, les gardes-côtes auxbersaglieri, etles torpilleurs aux mineurs. Assurémentles corps de mineurs sont un auxiliaire ; mais il se présente telle situation où cet auxiliaire devient d'une importance capitale. L'Italie se trouve précisément dans l'une de ces situations-là : l'étendue de ses côtes est énorme; elle n'a pas les moyens de les fortifier ; il est donc de toute nécessité qu'elle soit abondamment pourvue de moyens auxiliaires, et
qu'elle en ait d'autant plus qu'ils coûtent moins cher. Enfin, il y a une troisième espèce de navires, je veux parler des croiseurs, que j'appellerai volontiers les vélocipèdes marins. C'est la cavalerie de l'armée. Les avisos, les vedettes, appartenant à la même catégorie, font l'office de flanqueurs de cavalerie, et servent à protéger efficacement les navires de commerce, parce qu'ils les protègent, et par leur artillerie et par la rapidité de leurs mouvements ; ils peuvent éviter le combat quand ils so voient en péril d'être accablés par le nombre. »
Pour comprendre l'importance des lois d'organisation militaire de l'Italie, il faut, avant tout, connaître les grandes lignes de la défense nationale, auxquelles elles doivent donner satisfaction :
Les points faibles de la côte italienne sont très nombreux. Il est impossible que le Gouvernement songe à mettre chacun de ces points en état de résister. Il devient dès lors nécessaire, au lieu de disperser les moyens de résistance et de les immobiliser, de les rendre mobiles. La coopération des troupes territoriales échelonnées sur le littoral, pouvant se transporter sur des points de débarquement et opérer sous la protection de la flotte, peut seule donner à la défense son unité.
Si une escadre ennemie était assez forte pour
bloquer dans un port l'escadre italienne et si les croiseurs et avisos italiens étaient chassés du large, un débarquement aurait une influence décisive sur rissue de la guerre. Il pourrait isoler Tarmée, concentrée dans la Haute-Italie, de ses ressources de recrutement péninsulaire, et, plus le débarquement serait septentrional, plus désastreux en seraient les conséquences pour la défense du pays. Ainsi, un débarquement de plusieurs corps d'armée ayant lieu sur les côtes du bassin de FArno, que les Italiens considèrent comme le point central de la défense du pays, toutes les voies de communication et les lignes ferrées conduisant dans la Haute-Italie et situées à l'ouest de l'Apennin, seraient interceptées en quelques jours de marche ; toute la partie occidentale de l'Italie, 12 mitlions d'habitants, se trouverait coupée de la partie piémontaise, 13 millions d'habitants. L'armée d'opérations, séparée de tous ses moyens de ravitaillement, se verrait privée, pour ses manœuvres défensives, d'un vaste territoire, et l'issue fatale de la campagne serait précipitée.
Si le débarquement était opéré sur la côte toscane, les suites en seraient encore plus sérieuses. En efPet, au moment d'une mobilisation, l'armée d'opérations de première ligne, avec ses effectifs
de paix, se portera au plus vite sur les positions de la haute Italie qui lui sont assignées, et c'est là que rejoindront de toutes parts les réserves.
L'Italie espère achever cette mobilisation en 15 ou 20 jours, et compte, pour couvrir cette opération, sur la résistance de ses places fortes; mais, prévoyant une surprise de son armée en formation dès sa première étape déconcentration, elle a créé des régiments alpins pour parer à ce danger, régiments de choix par leur constitution, leur recrutement, et qui stationnent en temps de paix sur les points importants qu'ils sont destinés h défendre en temps de guerre.
Puis , la mobilisation exigeant un excellent service dechemins de fer, si un débarquement heureux avait lieu, il compromettrait peut-être irrémédiablement le transport des réserves , la formation de la milice mobile et de la milice territoriale.
Il est donc d'une importance décisive pour les opérations de l'armée principale, pour l'issue de la guerre et pour le sort du pays, que l'Italie reste
maîtresse de la péninsule et qu'elle puisse la défendre contre les entreprises du côté de la mer. Et ce n'est pas tout. Si la flotte ennemie était maîtresse de la mer, les 3 millions d'habitants des îles seraient coupés de la Métropole.
3a2 LA SOCIÉTÉ DE ROME.
En outre, sur la côte Adriatique, entièrement exposée à toutes les attaques. Tunique voie ferrée d'Ancône-Bologne avec la Haute-Italie, peut être atteinte de Florence en quatre jours, ou être mise hors de service par une expédition maritime momentanée.
Pour parer à ces éventualités, Tltalie dispose d'un matériel suffisant ; elle peut concentrer rapidement des forces considérables, grûce à un réseau très bien disposé. Par une distribution intelligente de ses milices, il lui est facile d'arrêter des tentatives de débarquement, avec des troupes assez nom breuses pour attendre l'arrivée des renforts. L'ennemi ne pourrait naturellement compter sur des facilités semblables.
Mais, il faut tenir compte de ce fait que le transport des troupes par les voies ferrées réclamera, selon la distance des points attaqués, deux ou trois fois plus de temps que le débarquement du corps ennemi, en admettant que tout se passe bien et par un beau temps.
L'un des meilleurs écrivains de l'Italie, le colonel Peruchetti, professeur à l'École de guerre, dans son remarquable ouvrage : la Difesa dello SiatOj a fait ce curieux calcul :
Si la distance du point de concentration exige,
pour le transport par voie ferrée, une durée de deux jours et si la profondeur en colonne de chaque corps sur la ligne ferrée, correspond à deux jours, le déploiement d'un corps se ferait en cinq jours, celui de deux corps en sept jours ; tandis qu'une colonne expéditionnaire de même force pourrait, y compris l'opération de son débarquement, être prête à marcher en deux ou trois jours, dans rhypothèse du blocus, de la défaite ou de la destruction de la flotte nationale.
Dans ces conditions générales, l'organisation d'un système d'informations rapides et l'installation des services de surveillance de toute la côte, exigent le plus grand soin. Pour le service d'informations rapides, l'Italie a donné un développement considérable à l'organisation des colombiers militaires ; elle leur consacre annuellement une somme de 13 000 francs.
Le premier colombier a été créé à Ancône, en 1876, par le 12* régiment d'artillerie. Aujourd'hui, ce service est confié au génie et est placé sous la direction supérieure du général commandant à Rome; dans chacun des 12 colombiers existants, les pigeons sont matricules comme les chevaux et sont soignés par un sous-officier dit colombiculteur y assisté d'un soldat.
Les colombiers sont construits sur un modèle spécial, et divisés en un certain noinbre de zones, correspondantes chacune à un groupe de sujets habitués à faire un voyage déterminé. Ainsi, le colombier de Rome a son groupe d'Ancône, son groupe de Naples, son groupe de la Maddalena; mais, chose particulière aux colombiers italiens, on est parvenu à ouvrir toutes les zones à la fois sans qu'aucun mélange puisse se produire; en outre, le colombier est divisé en compartiments de façon qu'au cas assez fréquent d'épizooties, on puisse isoler complètement les sujets malades.
Les ouvertures du colombier sont munies d'une petite trappe spéciale qu'on dispose, lorsqu'on attend des dépèches, et qui demeurerait constamment ouverte en temps de guerre. Cette trappe est construite de telle sorte que le pigeon porteur d'une dépêche y demeure emprisonné avant qu'il ait pu se mêler à ses compagnons et qu'en se renfermant, elle fait agir une sonnerie électrique pour prévenir la vigie de l'arrivée d'un messager.
En temps ordinaire, on met plusieurs mois à dresser un pigeon pour un trajet fixé, mais on compte, qu'en cas urgent et avec un entraînement forcé, douze jours suffiraient à lui donner une instruction suffisante.
xMARLNE ET GUERRE. 38*
. Les résultais des expériences, faites sur une très grande échelle, ont permis de constater Tinstinct singulier des pigeons qui n'hésifent point, pour rentrer au nid, à quitter la terre ferme, en tendant vers un but qu'ils n'aperçoivent point, et que, lâché à une altitude de 4000 mètres, le pigeon perd toute aptitude au vol et tombe, asphyxié, comme inerte. Le colombier de Cagliari possède des sujets qui sont revenus de Naples en franchissant, au-dessus des eaux, la distance de 450 kilomètres qui sépare ces deux points.
La correspondance par pigeons voyageurs est destinée à remplacer le service d'informations rapides, par la poste ou le télégraphe, quand on est privé de ces deux moyens d'obtenir ou de donner des nouvelles. Ce système de communication est organisé pour être utilisé :
V Dans les places fortes, en cas de siège;
2" Dans les îles, pour se relier au continent;
3° Aux armées en campagne, pour se tenir en rapport avec une place assiégée ;
4° A bord des bâtiments de la flotte ou des aérostats, pour demeurer en communication avec le continent et avec les îles ;
5" Dans le service d'exploration sur le continent;
G° Dans les correspondances entre les troupes
alpines elles forts d'arrêt. Enfin, dans une foule de circonstances où les communications ordinaires seraient interrompues d'une façon imprévue.
Cependant, si le pigeon voyageur emporté loin de son colombier sait en retrouver le chemin avec une aptitude merveilleuse, on n'a pas pu le dresser encore à retrouver un colombier mobile, tel que pourrait être celui que transporterait un fourgon suivant une armée en marche.
Dans le but d'encourager l'institution des colombiers militaires, le colonel Lodi, dans une conférence faite à Plaisance, s'exprimait ainsi :
« Supposons le Piémont envahi, la vallée supérieure du Pô, les deux Dora entre les mains de l'ennemi, Turin occupé. L'armée de la défense occupera probablement les hauteurs deMontferrat, Alexandrie tiendra bon en avant du défilé de Stradella, et l'on utilisera le Tessin comme barrière. Mais, dans de telles circonstances, comment aurons-nous des nouvelles de l'ennemi? Celui-ci attaquera-t-il par la rive droite du Pô, ou par la rive gauche? Se dirigera-t-il par la voie la plus courte sur Milan ?Formera-t-il une armée d'occupation et une autre d'observation? Vous voyez que notre système d'informations sera mis à une rude épreuve : il y aura bien des questions et des ordres auxquels
MARIiNE ET GUERRE. 387
il faudra répondre. Des hommes intrépides, des patriotes courageux chercheront à nous renseigner sur Tenneifli ; mais vous apercevrez le danger de mort auquel ils s'exposeront, la difficulté de franchir les lignes ennemies, la lenteur avec laquelle ils devront opérer, forcés qu'ils seront d'attendre le moment opportun.
« Au contraire, si nous possédions là un ser\îce de renseignements bien organisé, c'est-à-dire si nous avions eu soin d'envoyer d'avance dans les zones occupées, en les tenant cachés dans les villes, les châteaux, les villages, des pigeons provenant de nos colombiers militaires et même des colombiers que l'initiative privée entretient à Alexandrie, à Plaisance, à Bologne, à Ancône, à Vérone, à Venise, on voit immédiatement quelles facilités auraient nos correspondants secrets pour nous faire parvenir, sans aucun danger pour eux-mêmes, des renseignements sur les mouvements, la force de l'ennemi. »
L'expérience la plus curieuse faite en Italie par la direction des colombiers militaires a eu lieu entre Rome et l'île de la Maddalena, située au nord de la Sardaigne, soit une distance de 240 kilomètres au-dessus de la mer et 30 kilomètres de terre ferme, total 270 kilomètres. 48 messagers
furent échanjçés, par séries de 4, 5 ou même 6 sujets. Les pigeons partis de la Maddalena n arrivèrent que 2 sur 5; ceux envoyés de Home, 2 sur 3. La plus grande vitesse obtenue fut de 4 h. 50 m. ; la plus lente, de 8 h. 18 m. Cette variété de vitesse s'explique, du reste, par la différence du temps, beau ou pluvieux.
Dans d'autres colombiers on a obtenu, par heure, des vitesses moyennes de 73 à 48 et 29 kimètres, suivant la nature du temps.
Le jour où on aura résolu le problème de dresser le pigeon voyageur de façon qu'il puisse retourner à un colombier mobile, mais ne se déplaçant que dans une zone limitée, ce système de communication prendra immédiatement le premier rang. On est arrivé déjà à envoyer les pigeons manger et boire à 100 kilomètres; mais les dislances supérieures n'ont pu être franchies encore, avec des pigeons apprivoisés. Peut-être, en utilisant le ramier sauvage, qui parcourt des distances bien plus considérables que le pigeon domestique pour aller chercher sa nourriture ou trouver de Teau, arrivera-t-on à faire de nouveaux progrès. Plus que tout autre pays, l'Italie est intéressée à cette solution du problème.
Je prends l'armée italienne lelle qu'elle existe en
MARINE ET GUERKE. 389
ce moment, d'après la récente loi d'organisation et, pour point de départ, le budget du ministère de la Guerre de 1886-87, déposé à la Chambre des députés le 26 novembre dernier.
250 473 000 francs sont demandés pour Texercice budgétaire du 1" juillet 1886 au 30 juin 1887. Sur cette somme, 214 438 000 francs représentent les dépenses ordinaires et 36035000 francs, les dépenses extraordinaires. Ce budget, dans son ensemble,présente une diminutionde 798300 francs sur le budget de Tannée précédente.
En examinant les 54 chapitres que comporte ce budget, nous remanjuoHs que Teffectif budgétaire des troupes est de 13 985 officiers, 3 528 employés, et 215 475 hommes de troupe, inférieur à l'effectif organique qui comprend 14 380 officiers, 3 598 employés et 248 152 hommes de troupe. L'effectif budgétaire est cependant supérieur de 3 414 hommes à celui de l'année précédente, parce que le contingent de la classe appelée a été fixé a 82 000 hommes au lieu de 80 000, et que le nombre des sous-ofliciers a été augmenté.
En ce qui concerne les chevaux, Teffectif budgétaire compte 10135 chevaux d'officiers et 32 644 chevaux de troupe , au total 42 780 chevaux, alors que l'effectif organique est de 10403 chevaux d'officiers,
34 001 chevaux de troupe, au total 4i 404 chevaux.
La cavalerie a presque atteint, en chevaux, son effectif organique; mais le rassemblement des animaux de réquisition constitue, au début de la mobilisation, une grande difficulté, car il est difficile, même à prix d'argent, de trouver les chevaux et les mulets nécessaires, sans s'éloigner par trop de l'emplacement du corps. Pour assurer la mobilisation rapide des corps d'infanterie et progressivement celle des batteries et des services des transports de première urgence, on a enrôlé à l'avance, sur place, les animaux dont chaque corps aura besoin, environ 12000 chevaux et mulets, pour le premier jour de la mobilisation.
Le développement pris par les écoles militaires, supérieures et inférieures, l'essai en coursi, dans les collèges nationaux de Milan et de Salerne, du remplacement partiel du personnel civil par un personnel militaire, le désir de donner une vigoureuse impulsion et une plus grande cohésion à l'organisation des écoles miliUiires en général, la suppression des bataillons d'instruction et leur remplacement par des pelotons d'élèves sergents dans les régiments d'infanterie, ont amené la création, au ministère de la (luerre, d'une direction des écoles militaires.
Un crédit de 2 miUions est affecté aux dépenses du corps expéditionnaire de la mer Rouge, sur lesquels 50 000 francs sont consacrés à la création d'écoles d'arabe et à Tétude des questions concernant le théâtre de l'expédition. Mais si, dans son ensemble, le budget présente une diminution, comparé à celui de Tannée dernière, en réalité le budget ordinaire a subi une augmentation de 3 490 700 francs. C'est donc par compensation avec les 4 290 000 francs de diminution du budget extraordinaire, que s'établit l'économie de 798 300 francs que nous avons indiquée.
Cette réduction du budget extraordinaire a porté sur la partie des crédits affectés aux travaux de défense intérieure et à l'armement, réductions que le ministre de la guerre, général Ricotti, avait lui-même annoncées à la Chambre, sur le projet de 240 millions de dépenses extraordinaires présenté en 1884 par son prédécesseur, le général Fancio, et qui devaient être répartis en huit exercices.
La situation financière du pays ne permettant pas de supporter une charge aussi élevée, le crédit, de ce chef, a été ramené à 30677 000 francs.
La commission technique avait proposé la création de 12 grandes places fortes : Vérone, Mantoue, Venise, Bologne, Plaisance, Alexandrie, Gênes,
Spczia, Ancône, Rome, Capoue, Messine. Mais le général Ricolti se montre opposé en principe à l'extension un peu exagérée donnée à la fortification, surtout en ce qui concerne là création projetée à l'intérieur du royaume. Il fait continuer les travaux commencés à Home et à Capoue.
Sous le ministère du général Mezzacapo, les travaux de défense entrepris autour de Rome n'avaient d'autre but que d'empêcher la ville d'être surprise et enlevée, en trois ou quatre jours, par un corps d'armée débarqué inopinément à Civita-Vecchia ou à Volo, et de donner le temps à l'armée italienne de venir à son secours ; 12 millions devaient suffire. Aujourd'hui on a déjà dépensé 23 millions pour ces fortifications, et il faudra en dépenser encore 12 au moins. Deux corps d'armée seront nécessaires pour la défense de ce vaste camp retranché pour lequel on avait prévu 1 000 pièces de canon.
Le général Ricotti a enrayé cette folie de la fortification en prouvant la nécessité de 15 000 bouches à feu pour armer les fortifications projetées en Italie, exigeant environ 150 000 canonniers ou auxiliaires. La démonstration a fait réfléchir, et les crédits alloués à l'artillerie ont été réduits. Je vous parlerai maintenant de la constitution organique de l'armée.
L'armée italienne forme trois grandes divisions correspondantes aux échelons de la loi du recrutement : armée permanente ; milice mobile; milice territoriale.
Varmée permanente comprend des troupes de toutes armes destinées à former Tarmée de campagne, au moyen des réserves et des troupes de complément ;
La milice mobile se compose de troupes de toutes armes, et d'une milice spéciale pour Tile de Sardaigne. En temps de paix, elle ne prend les armes que temporairement pour son instruction, ou éventuellement, pour des motifs d'ordre intérieur. En temps de guerre, elle forme Tarmée de 2° ligne au moyen des troupes de complément, et peut être appelée à coopérer, avec Tarmée permanente, pour toute espèce de service. Elle doit être formée en brigades, divisions, corps d'armée, armée, soit avec ses propres troupes, soit conjointement avec des troupes de Tarmée permanente.
Les officiers et la troupe de complément sont destinés à porter et à maintenir au complet de guerre les corps de Tarmée permanente et de la
milice mobile. La troupe de complément est formée avec les hommes de la 2"* catégorie des classes n'appartenant pas à la milice territoriale, et de ceux de la 1" catégorie qui se trouveraient en excédent de Teffectif réglementaire des diverses unités de Tarmée permanente et de la milice mobile.
La milice territoriale ne comprend que des troupes d'infanterie, d'artillerie de forteresse et de génie. En temps de paix, elle n'est appelée sous les armes que pour son instruction ou pour des raisons d'ordre intérieur. En temps de guerre, elle forme l'armée de 3" ligne et est spécialement destinée à la garnison des forts et des places du royaume. Néanmoins, elle peut être employée aux opérations de guerre et à tout autre service militaire, et être constituée en régiments et unités plus considérables.
La loi prescrit, en outre, que tous les militaires de l'armée permanente en congé illimité, tous les hommes de la milice mobile et de la milice territoriale, font partie de la milice communale de la commune dans laquelle ils sont domiciliés, instituée pour fournir un service de garde et d'ordre public. Le p-remier essai du fonctionnement de cette milice a été tenté récemment dans les communes d'Alba et de Tortone.
L'armée est alimentée par un recrutement comprenant trois catégories auxquelles appartiennent tous les citoyens de 20 à 40 ans, dans les conditions suivantes :
La formation de la levée a lieu dans l'année où les jeunes gens atteignent leur 20° année. Le tirage au sort détermine le classement des jeunes soldats dans la 1"^ et la 2° catégorie, d'après le chiffre fixé chaque année pour l'effectif de la 1"^° catégorie. Le contingent de cette catégorie est de 82 000 hommes pour l'année 1886-87 ; sur ce nombre 17 000 hommes ne feront que deux ans de service.
Les hommes affectés à la 1" catégorie sont incorporés dans l'armée permanente et soumis à un service actif d'une durée de 3 ans pour l'infanterie, l'artillerie et le génie; de 4 ans pour la cavalerie. Après cette période d'activité, les uns pendant 9 ans, les autres pendant 8 ans, forment les troupes de complément et passent dans la milice mobile dans leur dernière année ou 12'' année de service.
Les hommes placés dans la 2"" catégorie sont divisés en deux portions, d'après leur numéro de tirage. La première portion est spécialement affectée à la troupe de complément de l'armée permanente et passe de 2 à 6 mois sous les drapeaux.
Les hommes de la deuxième portion ne reçoivent qu'une instruction élémentaire égale à celle des hommes de la S"" catégorie. Après 8 années passées comme troupe de complément de Tannée permanente, les hommes de la 2" catégorie sont versés, au même titre, dans la milice mobile; puis dans la milice territoriale à l'expiration de la 12* année et jusqu'à Tàge de 40 ans.
La troisième catégorie est composée des hommes qui ont des cas de dispense ou d'exemption.
Les militaires de la 1*^ catégorie confèrent à leur frère le droit de passer dans la 3* catégorie.
Les étudiants des Universités peuvent obtenir des sursis jusqu'à l'âge de 26 ans, à la condition formelle de verser 600 francs de garantie, dans les caisses du Trésor public.
Les engagements volontaires sont reçus, pour l'armée, à partir de 18 ans; pour les élèves admis dans les écoles militaires, à 17 ans.
L'engagement conditionnel d'un an est autorisé, moyennant le paiement d'une taxe de 1 200 francs pour l'infanterie, l'artillerie et le génie; de 1 600 francs pour la cavalerie.
Les rengagements des militaires sous les drapeaux sont autorisés : pour un an, sans prime; pour 3 ans, avec prime.
La prime de rengagement est constituée par une rente annuelle de 150 francs, et le rengagé sous les drapeaux a droit à autant de primes qu'il a contracté de rengagements.
Les sous-officiers se recrutent parmi les caporaux des corps de troupe qui ont 18 mois de service, les élèves sous -officiers des corps d'instruction, les élèves des écoles militaires ou de l'Académie militaire qui n'ont pas entièrement satisfait aux examens de sortie. Ils sont liés au service pendant \2 ans, dont 5 dans Tarmée permanente et 7 en congé illimité. Ils passent ensuite dans la milice territoriale. Pendant les deux premières années de congé illimité, les sous-officiers qui n'ont pas 32 ans révolus, peuvent rentrer dans Farmée en contractant un engagement de 5 ans, et des rengagements successifs.
Après 12 ans de service actif, le sous-officier a droit à un emploi civil comportant un traitement de 900 francs au moins, et à une indemnité une fois payée de 2000 francs. Après 16 ans de service, l'indemnité est de 3000 francs. Les sous-officiers promus sous-lieutenants , après 8 ans de service, reçoivent une indemnité de 500 francs augmentée de 200 francs par année de service en plus. Après 20 ans de service, le
sous-officier a droit à une pension de retraite.
Les officiers de Tarmée permanente sont recrutés parmi les élèves des écoles militaires et parmi les sous-officiers proposés pour le grade de sous-lieutenant, après avoir suivi les cours de Técole militaire.
Les établissements d'instruction militaire sont :
Cinq collèges militaires qui préparent les jeunes gens pour Vadmission à rEcole militaire et à l'Académie militaire ; '
L'Ecole militaire^ destinée à former les officiers dlnfanterie et de cavalerie et ceux du commissariat. Une annexe de rÉcole est spécialement réservée aux sous -officiers proposés pour sous-lieutenants;
V Ecole normale de cavalerie, dans laquelle les souslieutenants de cavalerie sortant de TEcole militaire vont compléter leur instruction technique ;
V Académie militaire, qui fournit les officiers de Tartillerie et du génie ;
L'École d'application de V artillerie et du génie;
V École d^application de santéy dans laquelle se recrutent les officiers du corps de santé;
L'École normale d'infanterie^ destinée à servir de centre d'enseignement pour le tir et les diff'érentes autres branches de rinstruction militaire ;
L'École de guerre, instituée dans le but de développer chez les officiers les connaissances scientifiques et militaires qui sont nécessaires pour servir dans le corps d'étatmajor, ainsi que pour exercer le commandement supérieur et occuper les hauts emplois de l'armée.
Les officiers qui, n'appartenant pas à Tarmée permanente, peuvent être appelés à servir en temps de guerre, se divisent en 4 catégories :
i'^Les officiers de comphhnent, recrutés parmi les officiers démissionnaires encore liés au service jusqu'à 40 ans; parmi les volontaires d'un an qui ont satisfait à des examens déterminés; parmi les sous-officiers qui ont terminé leur 8* année de service et qui sont notés comme pouvant être nommés officiers de complément; enfin, parmi les militaires de la première catégorie, étudiants de première année dans les lycées, instituts techniques du Gouvernement ou établissements assimilés, qui ont terminé leurs études avec succès et ont été nommés caporaux au bout de 6 mois de service, sergents 6 mois après, et officiers de complément au bout de 18 mois de service, pour continuer à servir comme tels pendant 6 mois encore "Les officiers de complément doivent servir dans Tarmée permanente jusqu'à Tâge de 37 ans ; dans la milice mobile jusqu'à 40 ans.
2" Les officiers du service auxiliaire sont recrutés parmi les officiers de tous les grades de l'armée active qui, soit en raison de leur âge, soit parce qu'ils ne réunissent plus toutes les qualités nécessaires pour un service dans l'armée active, possèdent cependant encore des qualités suffisantes pour remplir certains emplois à titre permanent ou à titre temporaire.
3® Les officiers de réserve, recrutés parmi les officiers en retraite ou en réforme reconnus aptes à remplir certains emplois, parmi les officiers démissionnaires de l'armée permanente ou de milice mobile qui en font la demande. Lorsque les officiers de réserve ont atteint la limite d'âge
lixco, ils conservent, à titre honorifique, le droit de porter Tuniforme.
4* Les officiers de la milice temtoriale se recrutent : 1° pour tons les ^rrades, parmi les officiers de Tamif^e de première ligne pourvus du grade immédiatement inférieur à celui qu'ils doivent avoir dans la milice territoriale; 2® pour le grade de sous-lieutenant, parmi les sous-officiers de Tarmée permanente ou de la milice mobile et parmi les citoyens qui remplissent certaines conditions. Après leur sortie du service par limite d'âge, ces officiers conservent le droit de porter l'uniforme .
Le territoire du royaume est divisé en 12 commandements de corps d'armée ; 24 commandements de divisions territoriales; 12 commandements supérieurs de districts; 87 commandements de districts; 1 commandement militaire de Tîle de Sardaigne ; 6 commandements et 4 directions d'artillerie; 6 commandements et 19 directions du génie; 12 directions du service de santé; 12 directions du commissariat; 11 commandements de légions territoriales de carabiniers royaux; 19 tribunaux militaires territoriaux.
Tous les corps de l'armée sont répartis entre les grandes divisions territoriales et forment 12 corps d'armée, 24 divisions et 48 brigades d'infanterie; 2 divisions et 7 brigades de cavalerie; tous ces corps ayant l'artillerie, le génie et les services accessoires nécessaires.
MARIxNK ET GUERRE. 401
Chacun des corps d'armée se compose de :
2 divisions d'infanterie ot de troupes de réserve de corps d'armée appelées troupes supplétives, La division d'infanterie comprend : 2 brigades de 2 régiments, à 3 bataillons ; un demi-régiment de cavalerie ; 3 batteries d'artillerie; 1 parc d'artillerie chargé de réapprovisionner les troupes en munitions, matériel, chevaux; une section de santé; une section de subsistances.
Les troupes supplétives du corps d'armée comprennent :
1 brigade de cavalerie de 2 régiments à 4 escadrons; i régiment de bersaglieri; 1 brigade d'artillerie de 4 batteries; 1 brigade du génie de 2 compagnies; l parc d'artillerie de corps réapprovisionnant les troupes supplétives et les parcs divisionnaires; 1 parc du génie d^ corps; 1 équipage de pont; 1 section de santé; 1 s(»ction de subsistances; I parc de réserve de vivres; 1 colonne de train de pain; 1 caisse de corps d'armée.
Les 12 corps d'armée sont répartis en 3 armées et, dans chaque armée, les services généraux comprennent :
1 parc d'artillerie d'armée, desservi par deux compagnies d'artillerie de forteresse et par des détachements spéciaux; l parc du génie d'armée; 1 compagnie de chemins de fer ; 1 compagnie de sapeurs télégraphistes ; 2i hôpitaux d'armée; 1 parc de vivres desservi par une» compagnie de mihce; 3 sections de boulangers; 1 parc d'habillement et d'équipement de réserve ; 1 caisse d'armée; 3 intlrmeries de chevaux.
Sous le commandement du général en chef, la direction générale de Tarmée se partage en deux grandes divisions :
1® Le grand quartier général qui comprend Télat-major et se compose d'officiers du service d'état-major et d'officiers de diverses armes, de médecins, de commissaires, de vétérinaires, du commandant général de l'artillerie ot du commandant général du génie. Ce grand quartier général est chargé de la conduite des opérations.
2» L'intendance générale, composée d'officiers généraux qui ne sont pas de Tordre administratif, mais des combattants, à laquelle incombe le soin de pourvoir à tous les besoins administratifs : santé, commissariat, télégraphes,. postes, transports, étapes, ser\ice vétérinaire, prévôtés, approvisionnements en matériel et en munitions.
Dans les corps d'armée, le quartier général comprend :
1 état-major; i commandant de l'artillerie et 1 commandant du génie; une direction de santé et une direction du commissariat. Le quartier général d'une division a la même composition, mais avec des effectifs moindres dans les différents emplois. Le parc de réserve de vivres est formé par la réunion des voitures de vivres des régiments d'infanterie.
Toutes les troupes de Tarmée italienne sont réparties entre les 12 corps d'armée territoriaux placés sous la haute autorité du Roi, le ministre
MAIILNE ET GUERRE. 403
de la Guerre étant chargé de la partie administrative, avec mission de constituer l'armée, de pourvoir à tous ses besoins et de la commander pendant la période de paix.
Le ministre remplit cette mission à Taidc de l'administration centrale de la guerre et d'agents spéciaux qui sont : le corps d'état-major, les comités, les commandants de corps d'armée et de divisions, les commandants des cercles, le» directeurs des services et des établissements spéciaux,les bureaux de l'administration et de la comptabilité des corps, les chefs des divers services.
L'armée italienne n'a qu'un drapeau, aux couleurs nationales : vert, blanc et rouge, disposées, par bandes égales et parallèles à la hampe ; la bande blanche du milieu porte, au centre, les armes de Savoie surmontées d'une couronne royale. La hampe se termine par une pointe dorée dont le soc porte également les armes de Savoie.
L'Italie possède cinq ordres de chevalerie, dont un, l'ordre militaire de Savoie, est spécialement réservé à l'armée, savoir :
Vordre de l'Annonclado, fondé en 1632, ne comprend que 20 chevaliers qui tous ont droit au titre do cousins du roi. L'ordre des Saints-Maurice et Lazare. Vordre militaire de
Savoie auquel est attaché un traitement viager. L'ordre de la Couronne d'Italie et Vordre Civil de Savoie.
Cinq médailles militaires :
La médaille de Maurizianay en or, accordée après 50 ans de ser\'iccs militaires aux membres de Tordre des Saints Maurice et Lazare. La médaille de la Valeur militaire, en or ou en argent, avec pension de îîOO ou de 100 francs par an, destinée à récompenser les actions d'éclat. La médaille de la Valeur civile. La médaille commémorative de la Guerre pour r indépendance et l'unité de V Italie. La médaille des Mille, accordée à ceux qui ont pris part à Texpédition de (Jaribaldi en Sicile.
Il y a, en outre, des récompenses personnelles ou collectives, sous forme de mentions honorables.
L'armée italienne, au point de vue de la hiérardiie, forme deux grandes divisions :
i* Les of/iciers^générQ,\x\, supérieurs, inférieurs et subalternes;
2** Les troupes^ sous-officiers, caporaux et soldats.
Les officiers des services auxiliaires ont le grade effectif, avec des droits et des obligations identiques à ceux des autres officiers de Tarmée, dont ils portent les insignes; mais ils ont une carrière distincte et ne peuvent jamais, en cas d'absence, remplacer les officiers d'autres corps, à l'exception des comptables servant dans les districts ou les dépôts, lesquels, à défaut d officier du grade supé-
rieur ou égal au leur, peuvent prendre temporairement le commandement.
Pour les officiers, la hiérarchie est établie de In manière suivante :
Officiers généraux: Génér^X d'armée, lieutenant-général, major-général, major-général médecin, major-général commissaire. Le titre de colonel brigadier, qui est donné aux colonels commandant des brigades, ne fait pas partie du cadre dos officiers généraux.
Officiers supérieurs: Colonel, colonel-médecin, colonelcommissaire, colonel-comptable. Lieutenant-colonel, lieutenant-colonel-médecin, licutenant-colonel-comniissaire, lieutenant-colonel comptable, lieutenant-colonel-vétérinaire. Major, major-médecin, major-commissaire, majorcomptable, major-vétérinaire.
Officiers inférieurs : Capitaine, capitaine-médecin, capitaine-commissaire, capitaine-comptable , capitaine-vétérinaire.
Officiers subalternos : Lieutenant, lieutenant-médecin, lieutenant-commissaire, lieutenant-comptabbî, licMitenantvétérinaire. Sous-lieutenant, sous-lieutenant- médecin, sous-lieutenant-commissaire, sous-lieutenant-comptable, sous-lieutenant-vétérinaire.
Sous-officiers : Chef de musique, marécbal des logis des carabiniers royaux, fourrier-major, fourrier, brigadier des carabiniers royaux, sergent, vice-brigadier des carabiniers royaux.
Caporaux : Caporal-major, soldat de W classe des carabiniers royaux, caporal, caporal-fourrier, carabinier.
Soldats : Soldat de l'^ classe, soldat, élève-carabinier.
i06 LA SOCIÉTÉ DE HOME.
Toutes les troupes de l'armée italienne ont une étoile au collet et le nœud hongrois sur les manches. Le vêtement national porté par toute Tarmée consiste en un dolman-tunique.
L'insigne de service des officiers est une écharpe de soie bleue portée en bandoulière sur l'épaule droite. La distinction des grades est marquée aux parements des manches par des galons d'or ou d'argent posés en chevrons et qui se terminent par un nœud hongrois en tresse mince et simple, montant vers le coude.
La tenue de l'armée est généralement très bonne.
L'armée italienne se divise de la manière suivante :
Armée permanente : État-major général^ composé des offleiers généraux; le corps d'état-major, qui se recruto parmi los capitaines de toutes armes ayant suivi avec succès les cours de TEcole de guerre ainsi que le cours expérimental de 6 mois fait au quartier général du corps et ayant été déclarés aptes au service d'état-major. Le corps se compose d'un chef d'état-major général de l'armée et d'un nombre déterminé d'officiers d'état-niajor. Les officiers généraux exerçant un commandement ont, auprès d'eux, des officieras (T ordonnance y choisis parmi les officiers inférieurs d'infanterie ou de cavalerie ayant au moins 2 ans de service comme officiers, et cies aides de camp, spécialement affectés à l'état-major d'une brigade
d'infanterie ou de cavalerie et choisis parmi les capitaines d'infanterie ou de cavalerie, de préférence parmi ceux qui ont suivi avec succès les cours de TÉcole de guerre.
Le personnel du corps d'état-major pourvoit à la constitution des états-majors du grand quartier général, des armées et des intendances, des directions de transport et, s'il y a lieu, au complément des états-majors des corps d'armée et des divisions. Les colonels désignés pour remplir, en cas de guerre, les fonctions de chef d'état-major des intendances d'armées, se li>Tent à des études nécessaires pour acquérir une connaissance parfaite du service de l'intendance.
Lés troupes : Infanterie, cavalerie, artillerie, génie, carabiniers royaux, corps de santé, corps du commissariat, corps des comptables, corps des vétérinaires, corps des invalides et vétérans.
La MiLiCb: MOBILE comprend les états-majors nécessaires, les troupes d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, du génie, les services de santé et de subsistances ; une milice spéciale pour l'île de Sardaigne.
La milice territoriale ne comprend que des troupes d'infanterie, d'artillerie de forteresse et du génie.
Infanterie.
L'ai'me de Tinfanterie comprend :
96 régimenU ée ligne; 12 régiments de bersaglieri et 6 régiments alpins; les troupes des districts, les compagnies de discipline et les détachements pénitentiaires ; les officiers de forteresse. Les régiments, commandés
408 LA SOr.lÉTh: DE HOME.
par les colonels, ont 1 riat-inajor, 3 bataillons ù 4 compagnies et l dépôt.
Le lieulonant-colonel commande Tun des bataillons, les deux autres sont commandés par un major. Les adjudants-majors sont montés, les autres capitaines ne le sont que lorsqu'ils sont portés au tableau d'avancement.
Les 96 régiments de ligne sont groupés en 48 brigades de 2 régiments. Deux de ces régiments, numérotés 1 et 2, sont dits de Grenadiers et forment une brigade dite grenadiers de Sardaigne; les deux régiments suivants forment la brigade du Bai; les régiments 9 et 10, la brigade de la ^w/^; les autres brigades portent les noms de villes ou de provinces.
Le régiment mobilisé a un effectif de 76 officiers, 2 820 hommes de troupe, 14 chevaux de selle, 34 chevaux de trait et 17 voilures.
Les régiments de bersaglieri ont leurs capitaines montés. Ils sont appelés à jouer le rôle de corps de réserve; à ce titre, ils font partie des troupes supplétives des corps d'armée, à raison d'un régiment par corps d'armée.
Les troupes alpines se composent de 72 compagnies formant 20 bataillons de 3 à 4 compagnies, groupés en 6 régiments, qui sont échelonnés sur les frontières de Test et de l'ouest, et dont les bataillons sont désignés par les noms géographiques des régions qu'ils ont chacun mission d'occuper et
MAIIINK ET GUEURE. 400
(le défendre en cas de guerre. Ils ont la même organisation que les bersaglieri et forment 6 dépôts. Ces troupes ont pour mission de protéger et de couvrir là mobilisation de l'armée. Contrairement au principe de recrutement sur tout le royaume adopté pour Tarmée, les bataillons alpins sont recrutés dans la région qu'ils occupent. Le colonel d'un régiment alpin est un chef territorial exerçant son commandement sur toutes les troupes alpines des 1", 2*" et 3" lignes delà zone qui lui est affectée.
Outre les exercices ordinaires des troupes d'infanterie, les troupes alpines, pendant la saison favorable, font de longues excursions destinées aies habituer aux marches pénibles de la montagne et à leur faire étudier topographiquement et tactiquement les vallées dont ils ont la garde. Ils manient souvent la pelle, la pioche et le pic. Dans leurs courses, qui durent ordinairement du lever du soleil jusqu'à 4 et 5 heures du soir, ils quittent la vallée pour atteindre les sommets les plus élevés, traversant même les glaciers et campant où ils peuvent. En temps de paix l'effectif de ces troupes est de 10240 hommes ; en temps de guerre, leur effectif est porté à 30000 hommes.
Les troupes de districts se composent de
98 compagnies, réparties dans les 87 districts du royaume et l'île de Sardaigne.
Ces districts ont une organisation analogue à celle des corps de troupe : 8 sont de première classe en raison du chiffre élevé de la population soumise à leur juridiction ; tous les autres sont de 2* classe. Tous ont un état-major et une ou deux compagnies dites permanentes qui sont chargées de maintenir Tordre et la discipline dans tout le district et dans tous les détails du service. Des secrétaires et des employés, ainsi qu'un certain nombre d'officiers comptables leur sont affectés pour la composition des bureaux d'administration. En outre, un personnel supplémentaire variable, officiers et soldats, est affecté à chaque district.
Ce service comprend :
1190 officiers, 8 496 hommes de troupe, 560 secrétaires et employés.
Ces districts sontdes bureaux de recrutement. Ils sont rattachés aux régiments de chaque brigade, en ce qui concerne le contingent de !'• catégorie affecté à l'armée permanente; ils reçoivent ce contingent au moment de Tappel, font visiter les hommes, les répartissent dans les différentes armées, les habillent et les équipent, et les dirigent sur
Marine et guerre. 4ii
leur corps d'affectation. Ils les reçoivent plus tard, quand ils partent en congé illimité et les renvoient dans leurs cantons respectifs après leur avoir retiré les effets d'habillement prescrits. Ils opèrent de même pour les contingents de 2' catégorie affectés à l'armée permanente.
Ces districts sont aussi les centres de formation des unités d'infanterie de la milice mobile qui doivent se constituer avec les hommes de ces circonscriptions. Les hommes destinés à l'artillerie et au génie sont convoqués au district d'où, après avoir reçu une partie de leur équipement, ils sont dirigés sur les corps de ces armes chargés de les organiser.
Les districts sont également les centres de formation de la milice territoriale. A cet effet, les districts ont des magasins d'habillement, d'équipement, d'armement, de harnachement, ainsi que les voitures, accessoires et tous les objets divers du service général des corps de troupe qu'ils ont mission d'approvisionner au moment des appels ou de la mobilisation.
Le rôle des districts est donc considérable dans le fonctionnement des institutions militaires de l'Italie.
Les officiers de forteresse, destinés au comman-
\\2 LA S04:iÉTÉ DK KOME.
dément des places fortes, sont pris dans les différents corps de Tarmée, de préférence dans lartillerie et le génie, et sont classés ensuite dans rinfanterie.
L'infanterie de la milice mobile comprend :
48 réjriments dn lijarne de 3 bataillons à 4 compagnips, 18 balaillons.de bersaglieri à 4 compagnies, et 36 compajçnies alpines.
Celle de la milice territoriale :
320 bataillons à 4 compagnies; 72 compagnies alpines formant 20 bataillons.
L'infanterie de l'armée permanente va être armée du fusil à répétition Vitali, qui a été récemment expérimenté au polygone d'Acqua-Catosa. La milice territoriale, qui a en ce moment le fusil Minié, prendra probablement le fusil Vitali actuellement en service dans l'armée permanente. Les troupes de la milice mobile se distmguent de celles de l'armée permanente par un M qui remplace l'étoile au collet de la tunique.
Dans la milice territoriale, l'étoile du collet est jaune.
MARINK KT GUEKHE. 4i:J
Cavalerie.
C'est en Italie, à Padoue, Ferrure, Pise, Rome et Naples, que se produisirent, à Tépoque de la Renaissance, les premières écoles d'équitation de TEurope. Frédéric Grison, gentilhomme napolitain, fui le premier qui en formula les leçons. Après lui Hanibale, Romano, Cazzio, Cuisius, Fieschi, Carracciolo, propagèrent les bonnes doctrines. La plus célèbre de toutes les académies fut celle de Pignatelli, qui attira toute la noblesse de France et d'Allemagne.
Les plus célèbres élèves de Pignatelli sont : Salomon de Labroue, auteur de l'ouvrage Cavalerie françoise, publié en 1610 ; Antoine de Pluvînel, écuyer principal de Louis XIII, auteur de l'ouvrage Instruction du Roi en l'exercice de monter k cheval, publié en 1625; Saint-Antoine, célèbre écuyer de son temps.
Mais, à partir du xvni° siècle, la cavalerie italienne avait perdu sa brillante réputation, ainsi que nous Tapprend Bonaparte, à la veille de sa brillante cîimpagne d'Italie, en 1796.
L'aspect général des chevaux de troupe de la cavalerie italienne actuelle est peu favorable, à
première vue. Des animaux de tout pied et de tout modèle donnent, comme impression d ensemble, une regrettable disparate. Les chevaux sont en général petits, avec la tète lourde, l'encolure mal sortie; leurs allures paraissent relevées et raccourcies; le trot est dur et rend presque impossible Fenlever de Fassiette. Le galop est lent et alourdi, sans aucune réaction, pas même au saut. Les chevaux sont d'ailleurs faciles à monter et à conduire. Mais leurs qualités principales sont la sobriété, la rusticité et. l'endurance.
Les animaux de race étrangère, encore nombreux dans la cavalerie italienne, sont loin de lui fournir les meilleurs éléments. Les hongrois notamment, qui formaient jadis le fond de sa remonte, sont en général étroits de poitrine, haut perchés et peu résistants.
C'est donc, en résumé, sur le cheval de race indigène que se porte tout l'espoir de la cavalerie italienne. Or, la remonte nationale, malgré l'apparence médiocre de la plupart des sujets^ est en réalité très supérieure à ce qu'elle a été autrefois, et, dès maintenant, elle est meilleure que l'on ne serait tenté de le croire après un examen superficiel. Enfin, l'Italie possède les germes dont le développement peut lui assurer une cavalerie ca-
pable de tout ce qu'on est en droit d'attendre de cette arme. D'ailleurs, les progrès incontestables de . l'élevage national depuis dix ans, en démontrent expérimentalement les avantages. L'opinion publique, qui s'était montrée souvent hostile aux dépenses qui ont trait à l'amélioration de la race chevaline, est donc près de se rallier à l'opinion de Tarmée ; cela malgré la plaisante doctrine d'un député qui, partant de ce principe que tous les citoyens sont égaux devant la loi, a pu soutenir à la tribune que, mémiB pour les chevaux, la noblesse d'origine et le sang étaient de vains mots, d'où l'inutilité de reproducteurs spéciaux pour l'espèce chevaline. Mon appréciation de la cavalerie italienne est prise dans les travaux d'un écrivain autorisé de la Revue militaire de l'étranger numéro du 15 octobre 1885. Actuellement, l'arme de la cavalerie comprend :
22 régiments, ayant chacun l état-major, 6 escadrons et
1 dépôt, donnant, sur le pied de guerre, un effectif de 45 officiers, 1 082 hommes de troupe, 888 chevaux de selle, 52 chevaux de trait ot 20 voitures.
Ces régiments sont groupés en 7 brigades de
2 à 4 régiments. — Il y a 6 dépôts d'élevage. Les dix premiers régiments forment la cavalerie
de ligne et sont armés de la lance ornée d'une
tlamme bleue et blanche; les 12 derniei's composent la cavalerie légère, ou chevau-légers.
Le régiment est divisé en 2 demi-régimenl$ à 3 escadrons, dont Tun est commandé par le lieutenant-colonel et l'autre par un major; le second major est chef de l'administration.
Toute la cavalerie est armée de la carabine Wetterli pourvue d'une baïonnette non coudée lixée en haut de l'arme, ou bien introduite, la pointe en bas, dans le fût à la façon d'une baguette, la douille s'engageant dans le bout du canon.
Les cavaliers sont exercés à mettre pied à terre et à monter à cheval à droite ; le port du sabre suspendu à l'arrière et du côté gauche de la selle, rend ce mouvement possible.
Il est toujours question de créer deux nouveaux régiments, ce qui porterait à 24 le nombre des régiments de cavalerie; 12 seraient affectés aux corps d'armée, et les 12 autres formeraient 3 divisions de cavalerie indépendante.
Lorsque les ressources du budget le permettront, cette création sera réalisée.
Artillerie.
L'arme de rartillerie comprend :
12 régiments d'artillerie de campagne ayant chacun : 1® 2 brigades à 3 batteries, constituant Tartillerie de
deux divisions d'infanterie ;
V i brigade à 4 batteries, pour l'artillerie de corps d'un corps d'armée:
3** 1 brigade du train à 3 compagnies ;
4° 1 dépôt.
Kn outre, o régiments d'artillerie de forteresse ayant chacun 12 compagnies et 1 dépôt.
Soit 17 régiments. Aux li'' et IB*' régiments sont rattachées 2 brigades d'artillerie de montagne à 4 batteries;
2 batteries d'artillerie à cheval sont rattachées au S'' régiment d'artillerie de campagne, et 2 batteries d'instruction au 7* et au 10" régiment de campagne.
L'artillerie compte aussi 5 compagnies d'ouvriers, 1 compagnie de vétérans d'artillerie, des gardes d'artillerie, chefs et sous-chefs ouvriers techniques.
L'effectif de la batterie de campagne est de 5 ofiiciers, 7 sous-ofliciers, 22 caporaux, 12 soldats de i" classe,
3 trompettes, 148 hommes de troupe, 153 chevaux, 6 pièces et 15 voitures. Si les ressources le permettent, les batteries sont portées à 8 pièces et 20 voitures.
L'ensemble des batteries de campagne donne un effectif de 1032 pièces.
L'artillerie de la milice mobile comprcml :
13 brigades d'artillerie de campagne, à 4 batteries;
32 compagnies d'artillerie de forteresse et de côtes; 4 batteries de montagne.
L'artillerie de la milice territoriale :
100 compagnies d*artillerie de forteresse, dont 35 sont groupées on brigades et 65 restent indépendantes.
La couleur dislinctive de Fartillerie est le jaune.
Génie.
L'arme du génie est chargée des travaux d attaque et de défense des places fortes, travaux de sape et de mine, construction des fortifications de campagne, emploi des substances explosives dans la guerre de campagne, travaux nécessaires pour l'improvisation des campements et cantonnements des troupes, construction, réparation et destruction des voies de communication, des lignes télégraphiques, des transports au moyen de locomotives routières.
Outre Tétat-major qui fournit les officiers nécessaires à ces différents services, le génie comprend.
A régiments, dont les 2 premiers ont 14 compagnies de sapeurs, 2 compagnies du train, 1 peloton d'instruction et 1 dépôt. Le S*', 4 compagnies de sapeurs, 6 compagnies de télégraphistes, 4 compagnies d'ouvriers de chemins
MAIUNE ET GUERRE. 410
de fer, 2 compagnies du train, 1 peloton d'instruction et 1 dépôt. Le 4% 8 compaj^nies de pontonniers, 2 compagnies de laguniers, 4 compagnies du train et 1 dépôt.
L'arme comprend en outre : 1 corps de géomètres comptables, des secrétaires, des agents locaux, des gardes, des chefs ouvriers.
Des colonels commandent les régiments; les lieutenants-colonels sont chargés de l'administration et les majors commandent les brigades, composées de 2 compagnies.
Le génie de la milice comprend :
16 compagnies formant 5 brigades de sapeurs, 4 compagnies de pontonniers, 1 brigade d'ouvriers de chemins de fer, 1 brigade de télégraphistes et 4 compagnies du train.
Le génie de la milice territoriale :
30 compagnies.
La couleur distinctive du génie est le cramoisi et velours noir.
Montant à la tribune pour répondre aux interpellations de quelques membres du Parlement qui avaient manifesté des craintes au sujet de la situation réelle de Farmée, le ministre de la Guerre, général Ricotti, s'empressait de faire les déclarations suivantes :
Les districts militaires possédant aujourd'hui
tout le personnel et tout le matériel nécessaires, Farmée italienne peut, dès à présent, mobiliser 12 corps d'armée de 32000 hommes, dans d'excellentes conditions.
La transformation du fusil actuel en fusil à répétition va être poussée très activement, et toute Tarmée en sera pourvue au printemps de 1888.
Les régiments de cavalerie pourront mobiliser 5,6 ou 7 escadrons, s'ils le désirent, et Tartillerie, également à son désir, aura ses batteries à 6 ou 8 pièces. La milice mobile formera 6 divisions d'infanterie auxquelles on attachera les septièmes escadrons que la cavalerie consentira bien certainement à mobiliser, et l'artillerie permanente a tout le matériel nécessaire pour doter ces divisions des batteries dont elles auront besoin.
Les conclusions ministérielles déclarent, en résumé, que ritalie est en mesure de mettre sous les armes 500 000 hommes et qu'elle est prête à toute éventualité. Que, dans tous les cas, soit qu'elle se trouve seule en face de Tennemi, soit qu'elle combatte aux côtés de puissances alliées, elle saura faire son devoir avec honneur.
Sans remonter au déluge, ni même à l'épopée romaine, on peut cependant considérer que, dans l'histoire du passé, l'armée italienne n'a pas eu
MARINE ET (iUERRE. 42i
d'existence caractérisée. — Nous voyons bien, parmi les contingents que l'Italie fournissait aux armées de Napoléon V% figurer très honorablement la cavalerie napolitaine, souvent citée pour son audace et sa bravoure. — Sous Charles-Albert, l'armée sarde lutte et succombe avec honneur pour l'indépendance nationale ; mais il faut réellement arriver à l'époque contemporaine pour trouver la véritable aurore, le noyau de l'armée italienne, représenté par le corps expéditionnaire du général La Marmora, pendant la campagne de Crimée, en 1856, où il s'illustra à la sanglante bataille de la Tchernaïa.
En 1859, c'est encore à côté de l'armée française, à Montebello, à Palestro, à Solférino, que l'armée italienne affirme sa valeur.
Elle succombe honorablement, en 1866, dans la plaine de Custozza, et la marine n'a pas une chance meilleure à Lissa.
Depuis, c'est plutôt politiquement que s'accomplît l'œuvre d'organisation nationale, à laquelle présidèrent trois hommes qui, à des titres divers, ont bien mérité de la Patrie : Victor-Emmanuel, le comte de Cavour, Garibaldi.
Réaliser l'union , sous un même drapeau national, de populations si diverses de caractère, d'habitudes.
de tempérament, n'était point chose aisée. On peut même affirmer que si celte union existe politique* ment, à la surface au moins, au point de vue militaire la fusion est beaucoup plus lente à se produire entre le Sicilien, le Napolitain, le Calabrais et le Piémontais. Les statistiques du recrutement nous fourniraient, à cet égard, d'assez nombreux et intéressants documents. Quoi qu'il en soit, Napoléon P"" , dans ses Mémoires , Description de T Italie, ayant écrit : « L'Italie est une seule nation ; l'unité de mœurs, de langage, de littérature doit, dans un avenir plus ou moins éloigné, réunir ses habitants dans un seul gouvernement. Pour exister, la première condition de cette monarchie sera d'être puissance maritime , afin de maintenir la suprématie sur ses lies et de défendre ses côtes. » Le Conseil supérieur de la marine, dans son projet de loi de 1876, s'était empressé d'insérer que : un'armata navale costituisce per l'Italia una questione di essere o non esserc, questione di vita o di morte.
Nous avons vu comment s'est réalisé ce projet pour la marine, et les efforts considérables faits par le pays dans ce sens. Il serait donc injuste de dire avec un écrivain militaire italien, à propos de la prophétie de Napoléon : Avoï ci siano accon-
tentati di vedere avverata la prima parte, nia abbiamo dimenticata la seconda.
Mieux inspiré, un vétéran de la guerre de Tindépendance de 1849, le général Guglielmo Pepe, avait dit : Crediamo nazione invincibile qxiella, dove ogni cittadino nella pubblica prospérité rinviene la 'propria ; dove infamia ignota sarebbe il non acûorrere alla comune difesa, e dove i legislatori riguardana la militare educazione di tutti, quai base délia independenza délia patria.
Militare educazione di tutti, tel est, en efiTet, le thème favori des écrivains italiens et, comme nous Tavons vu, par la création des collèges militaires, le Gouvernement a fait droit à ce desideratum général dans la mesure du possible.
Victor-Emmanuel a été plus bref dans sa conception patriotique : « Farsi rispettare et temere, » a-t-il dit, pour compléter la pensée politique de la nostra Italia pud fin dora.
Lltalie militaire travaille donc beaucoup. Un récent programme ministériel d'instruction pour les troupes de toutes armes, pendant Tété de 1887, a fixé le degré d'instruction que devra avoir acquis chacune de ces armes avant de prendre part, dans les camps d'instruction, aux grandes manœuvres de brigades, de divisions, de corps d'armée, pour
lesquelles les troupes permanentes seront renforcées par une classe de la réserve. Les forts de la frontière seront occupés pendant quelques jours par des compagnies d'artillerie de forteresse et des bataillons d'infanterie, et prendront part à des manœuvres de places fortes et de forts d arrêt. L'artillerie et le génie exécuteront des manœuvres d attaque et de défense d'un fort ou d'une forteresse. Une classe de la milice mobile sera appelée pour une période de 15 jours; quelques classes de la milice territoriale seront appelées pendant huit jours et constitueront un certain nombre de bataillons d'infanterie et de compagnies d'artillerie et du génie. Enfin, partout où cela sera nécessaire, la milice communale fera le service de garnison pour rendre libres les troupes permanentes.
Comme on le voit, par le résumé de ce programme, c'est un effort d'instruction très considédérable que l'armée italienne va accomplir celle année, sans doute pour être en mesure de réaliser la promesse faite du haut de la tribune parlementaire par le général Ricotli, au printemps de l'année 188... 7 ou 8.
Et cependant, des deux millions d'hommes promis par les statistiques officielles du dénombre-
MARINE 1:T guerre. 42o
ment de larmée, aux 12 corps d'armée de 32. 000 hommes promis par le général Uieolti, il y a une marge considérable, qu'expliquent suffisamment la situation financière et les difficultés du recrutement de la partie septentrionale du royaume; c'est l'éternelle théorie en lutte avec la pratique.
En attendant la création des 2 régiments de cavalerie qui sont nécessaires pour opérer le groupement de l'arme en 8 brigades de 3 régiments ; l'augmentation dans de fortes proportions de l'artillerie ; la réalisation des projets de lois concernant l'avancement réclamés depuis longtemps par l'armée; la création d'un T*' régiment alpin ; la fondation d'une École d'application d'infanterie; la réduction du nombre des officiers d'état-major et la réorganisation des régiments d'artillerie et du génie, tout cela en projet, l'Italie arme précipitamment les ouvrages de Vorradio, sur la route de l'Argentière et travaille, jour et nuit, à améliorer le casernement reconnu trop défectueux et à créer des magasins. De son côté, la commission du budget s'empresse d'approuver l'ouverture d'un crédit de 12 500 000 francs à répartir entre les ministères de la (îuerre et de la Marine, pour achat de chevaux et de mulets, la transformation du iusil actuel , la construction de
nouveaux forts d'arrêt et des constructions navales.
Dans, la mer Rouge, le développement progressif des possessions italiennes semble indiquer que cette région inhospitalière, poste sans importance, composé de quelques huttes que dominait l'habitation du consul italien, tend à se transformer en une colonie d'avenir, en un groupement de possessions fortement occupées, ayant près de 600 kilomètres de côtes.
Ces possessions présentent actuellement la situation suivante :
Territoire gardé et administré par les Italiens : Emberemi, Mnssouah et environs, Arkiko, Arafoli^ Macalileh, Dalilak.
Territoire appartenant en toute souveraineté à Tltalie : Assab et ses dépendances, Beibul, Goubbi, Raheita, Aussa.
Territoire placé sous le protectorat de Tltalie : Aouakil, Mader et Edd,
Ces possessions sont gardées par une force de 3 600 hommes européens et un corps de 1 000 bachibouzouks, passés du service égyptien au service d'Italie.
Des écoles italiennes pour les jeunes indigènes ont été organisées et il paraît que ces derniers s'assimilent facilenient la langue italienne.
En résumé, c'est une colonie de négoce que
r Italie cherche à créer lentement et non une colonie d'exploitation. Elle s'efforce d'attirer dans les ports coloniaux tout le commerce des riches régions que domine le plateau d'Ethiopie.
Cependant, cette expansion coloniale à laquelle s'est laissé tenter l'Italie n'est pas sans causer quelques préoccupations dans le pays, et, tout récemment; au Parlement, M. le député de Reuzis a demandé au ministre des Affaires étrangères, des explications sur la marche d'une peuplade indigène dirigée par le chef Rasaloula contre les postes avancés italiens étabHs à Saati.
Le ministre a répondu que des troupes italiennes avaient été envoyées pour relever les bachibouzouks, aux avant-postes, dès que le général Gêné, commandant le corps d'occupation, avait été prévenu de la marche du chef abyssin; qu'il avait, lui personnellement, pleine confiance dans l'énergie et la prudence du général, et qu'il ne voyait pas le moindre sujet d'inquiétude dans cet incident. Toutefois cet incident, qui peut amener une lutte d'un moment à l'autre, continue à préoccuper fortement l'opinion publique. L'amiral Noce, qui commandait la station navale de la mer Rouge, a été remplacé par le capitaine de frégate Chigi.
C'est à Naples, sous la dépendance directe et
immédiate du ministre de la Guerre, qu'est établi le dépôt central administratif, unique pour tout ce qui concerne le personnel et le matériel nécessaires aux possessions italiennes d'Afrique, ainsi que les transports.
A cette unité administrative en Italie correspond, en Afrique, une unité de commandement, le commandement supérieur en Afrique,
Pour le succès futur de celte colonie de négoce, les Italiens auront bien des difficultés à vaincre : pour le développement et la prospérité des marchés de la région qui ont surtout besoin de sécurité pour leurs caravanes, il faudra lancer des colonnes dans Tintérieur du pays pour mettre fin aux brigandages des indigènes, les Danakils, race guerrière et féroce, et surtout à la traite des esclaves qui continue à être Tarlicle principal du trafic indigène de cette région. Le gouvernement italien paraît résolu à tenter Tavenlure, malgré le vieux proverbe arabe qui dit que si Djeddah est un four, Aden est une fournaise et Massouah un enfer (1).
Si, maintenant, nous jetons un coup d'œil sur
(1) Leréceiil désastre de Saati a produit la plus douloureuse émotion, en Italie. Le général Gêné annonce une perte de 23 officiers et 407 soldats tués; 1 oflicier et 81 soldats blessés, dans les combats du 23 et du 2C janvier!
la frontière française, nous voyons le chemin de fer qui relie Ivrée à la ville d'Aoste certainement appelé à jouer un rôle important dans le cas d'une guerre entre Tltalie et la France. L'étatmajor italien considère, en effet, que cette nouvelle ligne ferrée qui remonte la vallée constitue une excellente ligne d'invasion en France et en Suisse. Le colonel Marselli, un des membres les plus éminents du Parlement, déclarait le 8 février 1883, à la Chambre des députés, que le chemin de fer d'Ivrée à Aoste a un caractère offensif, et qu'il est d'une utilité incomparable au point de vue militaire; il rappelait que. Tannée précédente, le ministre de la Guerre avait réclamé la construction immédiate de la ligne. En 1884, dans le même ordre d'idées, le général Ferrero se fit autoriser par le Parlement à inscrire dans le programme des travaux à exécuter la construction d'un quai et de voies militaires à Aoste.
Il est donc impossible de méconnaître la destination assignée à cette voie ferrée par les stratèges italiens. Elle accroît la valeur des routes qui relient la Haute-Italie avec la Tarentaise et le Valais, et dès aujourd'hui Aoste n'est plus qu'à quelques pas de Martigny.
D'un autre côté, faut-il attribuer à l'attitude de
M. de Bismarck, blessante pour ritalie, un revirement d'opinion favorable à la France, qui s'est manifesté lors du passage récent de deux députés français à Rome? Au banquet traditionnel de ces sortes de choses, on a bu à l'union des races latines, déclarant toute guerre entre la France et l'Italie impossible, monstrueuse, fratricide, — les qualificatifs ne font jamais défaut en ces libations; — souhaitons pour les deux peuples, qui n ont rien à gagner à ces luttes, que c'est là, des deux côtés des Alpes, le vrai sentiment des deux nations.
L'Italie, du reste, nous témoigne en ce moment un bon esprit de souvenir : elle érige à Alexandrie la statue commémorative de la campagne de 1859, en l'honneur de l'armée française, elle roiHumbert, par un acte de justice historique qui l'honore, a fait rétablir, dans la galerie du Palais-Hoyal de Naples, réservée aux statues des souverains des Deux-Siciles, la statue du roi Joachim Murât.
Que si, maintenant, il me faut exprimer mon opinion personnelle sur la valeur des affirmations du général Ricotti sur l'armée dont il est le chef, je n'hésiterai pas à reconnaître que l'armée italienne, de création toute récente en résumé, a su, à force de travail, de persévérance el de légitime
fierté nationale, accomplir de très grands et très sérieux progrès. Elle a vu avec satisfaction le jeune prince de Naples subir avec succès les examens nécessaires pour obtenir, comme un simple mortel, le grade de sous-lieutenant, et le 10** régiment d'infanterie lui a ouvert ses rangs avec enthousiasme. On raconte môme que, recevant sa solde mensuelle, le nouveau promu a subi avec gaieté la retenue proportionnelle pour sa quote-part de la dépense de sa réception par ses nouveaux camarades ; mais, rien n'est parfait en ce monde, et je n'oserai être tout à fait aussi optimiste que le général Ricotti, n'ayant pas les mêmes raisons que lui pour l'être. Sans doute les Italiens ont la parole du père de l'Italie dans le cœur : Farsi rhpettare et temere ; c'est une force dont il faut savoir tenir compte parfois.
Carabiniers royaux.
Cette troupe d'élite dépend du ministère de l'Intérieur pour le service relatif à l'ordre public et à la police civile juridique; mais elle fait partie intégrante de l'armée permanente et tout son personnel est rattaché au ministère de la Guerre.
L'arme des carabiniers royaux constitue, dans
la puissance mililaire de Tltalie, un élément de force dont il est nécessaire de tenir compte. Son effectif comprend :
Un commandement général qui a son siège à Rome, c'est-à-dire un lieutenant général, commandant général; un général-major commandant en second, un lieutenantcolonel secrétaire, 2 capitaines et 4 lieutenants ; l i légions territoriales : 609 officiers, 93 secrétaires permanents; arme à pied, 19148 hommes; arme à cheval, 3 856 hommes; au total, 23 000 hommes de troupe et 3 726 chevaux.
Les légions se subdivisent en divisions, compagnies, lieutenances et stations ; le nombre et la force de ces subdivisions sont subordonnés au chiffre de la population et aux mœurs des habitants à surveiller.
Une école préparatoire au service spécial de Tarmc, comprenant des élèves carabiniers, est stationnée à Turin, et à Gagliari se trouve un dépôt de carabiniers. qui a la même destination.
Le service de police intérieure des arsenaux maritimes est confié à un personnel spécial de carabiniers mis à la disposition du ministère de la Marine.
Le recrutement de ce corps spécial se compose d'hommes de la levée annuelle, sur leur demande ; d'engagés volontaires: de militaires sous les dra-
MARINE ET (iUERRE. 433
peaux ou en congé illimité, appartenant à Tarmée permanente.
La durée du service est de 5 ans en activité, 4 ans en congé illimité.
Les rengagements sont de deux sortes : d'un an sans prime et de 3 avec prime de 150 francs par an, jusqu'à l'âge de 40 ans.
Tous les emplois de sous-lieutenants, dans Tarme sont donnés à des maréchaux des logis de carabiniers. Une moitié des vacances de lieutenants est remplie au choix par des lieutenants des autres corps et l'autre moitié à l'ancienneté par des souslieutenants de larme. Les emplois de capitaines sont donnés aux lieutenants de Tarme et ceux de majors et de lieutenants-colonels exclusivement au choix dans l'arme, tandis que les colonels peuvent provenir indistinctement des lieutenants-colonels de carabiniers ou des colonels des autres armes.
Les officiers de carabiniers sont soumis à l'autorité des commandants de corps d'armée, de division, de place et de district militaire pour les opérations du recrutement, la surveillance des militaires en congé et des troupes en marche, et pour tout ce qui concerne la police de garnison.
Les carabiniers ne font pas partie des troupes de garnison et ne sont, en principe, employés a
aucun service militaire étranger à leur fonctions ; mais ils assistent aux revues et accompagnent les généraux en chef et les généraux de division dans les cérémonies militaires.
En temps de guerre, ils sont employés soit groupés en unités tactiques pour prendre part aux opérations de campagne de concert avec les autres troupes, soit organisés en sections pour assurer les services de police, d'escorte et de guides auprès des états-majors.
Les instructions sur la mobilisation prévoient la possibilité de mobiliser des légions entières et même de grouper des légions en brigades.
Dans ce cas, le bataillon de carabiniers est normalement formé à 3 compagnies. Dans son cours d'organisation militaire professé à l'École supérieure de guerre, le major Brusati indique comme probable l'affectation d'un bataillon de carabiniers a chacun des corps d'armée de campagne.
Les infirmiers, brancardiers, sapeurs et conducteurs nécessaires aux unités mobilisées des carabiniers sont fournis par l'infanterie.
Outre le service spécial de gendarmerie aux armées, les carabiniers sont aussi chargés de fournir les escortes et guides près des états-majors et près des oflîciers en mission voyageant en voiture;
MAHINË ET GUERRE. 435
et (l'escorter les voitures renfermant des valeurs ou des papiers importants. Le service qui a pour but la transmission rapide et sûre des ordres verbaux ou écrits est fait par les carabiniers à cheval.
Des missions spéciales de confiance, telles que recherche de personnes connaissant le pays pour conduire et guider les colonnes, les reconnaissances, ou simplement pour fournir des renseignements, et les émissaires chargés d aller observer l'ennemi, confiscation de caisses publiques, de correspondances postales, télégraphiques, etc.
Le corps des cent-gardes, qui forme Tescorte royale, est choisi parmi les carabiniers.
Milice spéciale de l'Ile de Sardaig^e.
Cette milice est formée avec tous les hommes de 1" et 2*^ catégorie en congé illimité, comptant dans les districts de Tîle, qui conservent cette affectation jusqu'au moment de leur passage dans la milice territoriale.
Elle comprend :
3 régiments d'infanterie, 1 bataillon de bersaglieri, i escadron de cavalerie, 1 brigade d'artillerie de campagne de 2 bataillons et 1 compagnie du train, 1 compagnie d'artillerie de forteresse avec 1 section de montagne,
i compagnie du génie, i coni|)agni<» de santé, 1 compagnie de subsistances.
La milice territoriale comprend :
forteresse sistances.
bataillons d'infanterie, 1 compagnie d'artillerie de resse, 1 compagnie de santé oi l compagnie de subnces.
Corps des différents services.
Corps de santé. Les médecins, et 12 compagnies de santé.
Corps du commissariat, qui a, par délégation du ministre de la Guerre, la haute main sur les services d'administration générale et, sous l'autorité des commandants de corps d'armée et de divisions, sur les services particuliers des subsistances, (lu casernement et des approvisionnements.
Corps des comptables^ chargé d'assurer le service de la comptabilité intérieure des corps et établissements militaires et des subsistances. Il se compose d'officiers des différents grades et de 12 compagnies de subsistances pourvues.de 150 fours locomobiles. La milice mobile organise également 12 compagnies, et la milice territoriale 13.
Corps des vétérinaires.
Personne/ de la justice militaire comprenant :
1"* un personnel civil de : un avocat général et des substituts ; d'avocats fiscaux et de substituts ; de secrétaires et de substituts ; 2" un personnel militaire emprunté aux officiers de Tarmée : instructeurs et sous-instructeurs.
Corps des ingénieurs géographes et topographes, qui constitue le personnel technique de Tlnstitul géographique militaire.
Les secrétaires peitnanents, employés dans les divers services de l'administration de la guerre, pour les travaux d'ordre et d'écritures.
Le corps des douaniers, organisé en 95 compagnies, groupées en 23 bataillons de 3 à 6 compagnies, présentant un effectif de 15600 hommes et concourant avec les autres troupes à la garde des côtes et à la protection des voies ferrées du littoral.
Le corps des in rai ides et des vétérans se compose de : un état-major à Naples, et des compagnies établies à Asti, à Naples et à Massalubrense. Il reçoit les militaires qui, par suite de blessures ou d'infirmités contractées pendant le service ou à l'occasion du service et ayant 18 ans de service, sont dans l'impossibilité de pourvoir à leur subsistance.
Établissements militaires.
2 arsenaux de construction, 4 fabriques d'armes, 3 fonderies, 2 poudreries, 2 laboratoires de pyrotechnie, 1 laboratoire do précision, i atelier de construction du malérieT du génie, 3 magasins centraux de matières premières à distribuer aux districts et aux corps |)our Thabillement et l'équipement, i atelier de confections militaires chargé de préparer les modèles d'habillement et d'équipement, 1 pharmacie centrale.
La création d'une fonderie h Pouzzoles a eu pour but de sortir l'Italie de la situation périlleuse où elle se trouvait ces dernières années, en cas d'hostilités avec certaines puissances de l'Europe dont elle a tiré jusqu'ici, et dont elle tire encore aujourd'hui, son matériel de guerre, pour la marine surtout. C'est la maison Armstrong qui s'est engagée à créer cet établissement aux environs de Naples, dans le plus bref délai.
Remonte des officiers.
Les officiers de tous grades et de toutes armes, tenus d'avoir des chevaux doivent, à leurs frais, pourvoir à l'achat de leurs montures. A cet effet, une indemnité de remonte, variable suivant le
grade, Tarme ou le service, allège quelque peu la charge qui incombe à Tofficier.
Par ce moyen, TÉlat fait aux officiers ravance des fonds nécessaires à leurs montures et se rembourse à Taide de retenues sur cette indemnité annuelle qui est payée avec la solde mensuelle de Tofficier. Les officiers qui achètent leurs chevaux dans le commerce ont la jouissance entière de leur indemnité. Elle est retenue à ceux qui achètent des chevaux à TÉtat, et aux officiers qui, ayant droit à la ration de fourrages, ne possèdent pas de cheval. La retenue cesse quand Tofficier a remboursé le cheval, mais elle persiste aussi longtemps que l'officier n'est pas monté, servant alors à constituer une masse individuelle de remonte administrée par le conseil d'administration du corps auquel appartient Tofficier, jusqu'au prix fixé pour les chevaux de l'arme. Au delà de ce prix, l'indemnité est remise à l'officier.
Le fonctionnement de ce service permet aux officiers généraux du corps d'état-major et de la cavalerie de se pourvoir à crédit d'un cheval d'une valeur de 2200 à 1 800 francs ; aux officiers d'artillerie et du génie, d'une monture du prix de 1 600 francs, et aux officiers d'infanterie, de 1 200 francs.
Les chevaux mis à la disposition des officiers
par les régiments de cavalerie et par l'Ecole de cavalerie, sont dits chevaux de favewr et sont classés par nature d'arme et de service. C'est parmi ces chevaux que les officiers sont appelés à exercer leur choix.
Les officiers qui désirent se remonter directement dans le commerce, peuvent obtenir du ministère de la Guerre l'autorisation de recevoir une avance de fonds qui ne doit pas dépasser le maximum du prix du cheval fixé pour l'arme à laquelle il appartient.
Les sous-offîciers des armes à cheval, promus sous-lieutenants, peuvent obtenir la concession de deux chevaux de faveur, en contractant une dette de 2400 francs envers la masse de remonte.
Effectifs généraux de r armée italienne en 1884.
1* ARMKB PBRMANKNTB.
Ofliciers en activité
Officiers de complément. . . .
Officiers du service auxiliaire. .
Officiers de réserve
Hommes de la i" catégorie. . 170 500 Hommes de la 2* catégorie . . .