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LA POLICE

la conscience des gens les plus inoffensirs.

Cette conviction que je n'ai jamais essayé d'ébnmler, tant je l'ai vue profondément enracinée à l'élranger, est encore une decesnombreuseserreurs qui sont accréditées sur notre compte. La vérité est que, nulle part en Europe, il n'existe une aussi détestable police que chez nous, et que, loin de tout savoir et de se mêler de tout ainsi qu'on le suppose, elle se laisse au contraire duper de la façon la plus inouïe, n'a même pas un personnel sûr et dévoué et ne découvre que par le plus grand des hasards une conspiration.

Lorsqu'on la compare à la police des autres pays, à celle de l'Allemagne par exemple, on reste stupéfait devant son infériorité.

En Prusse, une nuée d'agents provocateurs est répandue comme un réseau à mailles serrées sur toute l'étendue du pays : chez nous, on ne possède, en fait de limiers, que ceux dont la finesse est plus que grossière, dont les procédés sont si apparents qu'il faut être bien simple d'esprit pour se laisser prendre à leurs pièges.

Tandis que la police prussienne surveille tout le monde, n'importe h quelle classe de la société on appartienne, la police russe se borne à avoir l'œil sur certaines personnes, qui, celles-là, sont soumises à tout un système de tracasseries bien inutiles. On aeocore chez nous l'illusion de croire qu'une baute position sociale est une sauvegarde contre l'infamie, on a le respect de certaines situations, et aussi le préjugé que les conspirateurs ne se rencontrent que dans certaines castes. Ce défaut, joint à celui d'un personnel insuffisant, composé de gens sans aveu, appartenant souvent au parti qu'ils ont la mission de surveiller, fait de notre police secrète l'une des plus piteuses organisations qui existent en Europe. Ils lut ont valu un discrédit complet et ont eu pour résultat que, même dans les sphères gouvernementales, on ne lui accorde qu'une confiance des plus hmilées.

Le comte Tolstoï a bien essayé de la relever, en la forçant à être moins brutale et plus vigilante, mais ses efforts n'ont pas été couronnés d'un très grand succès, et, h l'heure qu'il est encore, je suis

persuadé que la police des nihilistes, et les espions entretenus dans le pays par les puissances étrangères sont plus au courant de ce qui s'y passe que les employés du ministère de l'intérieur.

Il ne faut pas se le dissimuler, notre service secret ne vaut rien, pas plus que notre police crirainelle, el si. Dieu nous en préserve ! il vient dans l'esprit des nihilistes, l'idée de tenter un coup de main quelconque, ilest probable qu'il leur réussira comme ont réussi jusqu'ici les conjurations qu'ils ont organisées. Notre gouvernement a toujours été le plus mal informé de l'Europe. Ses employés partent de ce principe qu'il vaut mieux tout présenter en rose qu'en noir à ses chefs. Aussi, dans leurs rapports, se donnent-ils le mot pour passer sous silence les côtés sombres qu'ils ont observés. Il en est résulté que toute notre politique depuis vingt ans a été un tissu d'hésitations, de tâtonnements.

En Prusse, on était informé du nombre exact de canons que contenait chaque forteresse française ; chez nous, jusqu'au moment du premier assaut de

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Plewna, on était dans l'ignorance la plus complète quant à la force de l'armée turque.

Tandis que M. de Bismarck a su parfaitement où et comment il fallait frapper le monstre socialiste, et le rendre, sinon inoffensif, du moins à un certain degré peu dangereux, nousavons lutté contre les progrès du nihilisme sans pouvoir les arrêter; et si ces progrès se sont en apparence ralentis durant ces deux dernières années, cela tient à des causes extérieures avec lesquelles les répressions et la vigilance de la police n'ont rien à voir.

Otte dernière ne sait bien que pendre; elle n'est pas au courant des moyens par lesquels on pourrait empêcher les gens d'être pendus.

En ce moment la police est placée sous l'administration immédiate du comte Tolstoï, qui a en mains les rênes du Gouvernement. Il est secondé dans sa tâche par un adjoint spécial, lequel ne s'occupe que du service politique sous sa haute direction. Au fond, si on examinebien la chose, la troisième section existe toujours sous un autre nom. Elle a conservé ses attributions d'autrefois avec

tette différence que, n'étant pas officiellement reconnue, son activité se trouve, dans un certain sens, circonscrite et gênée. Elle doit, en tous cas, s'exercer d'une façon, bien plus discrète que lorsqu'elle représentait la seule force brutale. Je ne crois donc pas que son déguisement lui soit favorable, mais, ce que j'espère, c'est qu'avec le temps elle s'organisera et, au lieu d'être un danger, de^ viendra enfin ce qu'elle devrait être depuis longtemps, une sauvegarde pour la société russe, pour le pays, pour le souverain qui préside à nos destinées.

L'adjoint actuel du comte, dans les difficiles et délicates fonctions de chef de la police secrète de l'Empire, est le général Orgewski. Le général, homme d'une intelligence remarquable, est certainement un des caractères les plus énergiques parmi tous ceux qui sont en ce moment au pouvoir en Russie. Encore jeune, il a fait rapidement, par la seule force de ses qualités intellectuelles, sa brillante carrière et il est probable qu'il s'élèvera avec le temps jusqu'aux plus hauts sommets de l'échelle du fonc-

tionnarisme. C'est un ambitieux, un égoïste même si l'on vent, mais un de ces égoïstes qui (ienneat à réussir d'une manière glorieuse. Son amour pour son pays, de même que sa bonté, sont des plus problématiques, mais il saura s'en donner les apparences et en obtenir le mérite.

Dépourvu de scrupules, il agira toujours bonnêtement, parce qu'il est assez fort pour reconnaître que l'honnêteté est le meilleur de tous les calculs. C'est un de ces hommes qui ne reculent et n'hésitent devant rien, une nature dans le genre de celle de Richelieu. Il ne lui en coûterait pas de faire tomber la tête d'un innocent, et peut-être qu'il aurait de la mansuétude pour un coquin, si ce coquin était susceptible de lui devenir utile.

Forte tête, esprit réfléchi, calculateur, homme d'un courage à toute épreuve, d'une énergie sans pareille , le général Orgewski a un extérieur fort agréable et des manières très courtoises. Il a le grand talent de savoir être affable sans devenir familier. Il ne promet que ce qu'il peut tenir, s'efforce d'être aimable et d'obliger ceux qui s'adres-

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i-cnlii lui. Un iieii ttciluigneux, il a quelque chose (le l'astuce lie César Borgia el de la férocité politique de Machiavel. Ce n'est pas encore riiominc d'aujourd'hui, maisce sera, je vous l'aHirme, celui de demain.

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