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Mais les carrefours, ceux de Québec en particulier, sont nombreux, et je crois deviner que vous en tenez un qui vous offre, sur l’à-propos, de merveilleux avantages : un quadruple chemin pour battre en retraite devant l’épouvantail de la charité catholique. Et vous me dites :
Je vous refuse :
19 Parce que vos quêtes, vos loteries, vos souscriptions sempiternelles, quêtes à domicile, bazars perpétuels, et autres niais traquenards tendus à notre sensibilité (?) en faveur de vos gueux de pauvres, se renouvellent trop souvent.
2° Parce que j'ai ASSEZ donné.
3° Parce que même j'ai DÉJA TROP donné.
Parce que je suis fermement résolu à NE PLUS RIEN DONNER à l'avenir, la chose étant désastreuse pour ma bourse, inutile à rassasiér votre canaille enguenillée, superflue à une race inexterminable de paresseux, qui n'ont d'aptitudes qu’à avaler, se chauffer et dormir, comme d’hypocrite finesse que pour exploiter votre béate sympathie.
A cela je répons :
10 Parce que cela vient trop souvent ! Mais la faim, le froid, l’hiver, le manque d'ouvrage, la maladie, le désespoir, viennent encore plus souvent frapper aux portes des classes ouvrières.
209 Parce que j'ai assez donné ! Mais pourquoi donc, à tous les jours de la semaine, (le lundi spécialement) entendez-vous à votre porte des mendiants qui ne semblent pas s'être aperçus que vous leur aviez “ assez ” donné. Ne persistez pas dans cette triste résolution : votre égoisme ressemblerait trop à de la mauvaise foi,
30 Parc que j'ai TROP donné! Malheureuse redite d’un piètre argument qui ne gagnera jamais rien de bon à être répété. Vous êtes peutêtre exclusif, tranchant, ne souffrant pas de réplique à nul des mille et un travers qui vous passent en tête Que m importe ! ! Tant pis à votre
caractère irascible, car je suis bien résolu, mot, à me montrer obstiné, implacable et logique jusqu’à la dernière limite de ma thèse. A vous, après cela, de vous cramponner à votre erreur ou de vous engluer à vos sottises. Si le cœur vous en dit, faites. Consultons derechef la statistique. La population de ville de Québec s'élève aujourd’hui à 60,000 hs. Or, voulez-vous maintenant connaître le recensement des auberges licenciées et non-licenciées, avec celui de nos fumiers de prostitution ?
Réponse : 302 auberges et 23 bouges, (1)
Défaisons-nous de suite de la plus sale besogne.
J'ai dit 23 bouges : neuf mauvais lieux de rendez-vous et quatorze maisons de prostitution proprement dites ; total : 23 égoûts pour assainir une population comme la nôtre. Ce hideux système de drainage est, paraît-il, l’une des nécessités aéso/ues de notre moralité publique. Si triste qu'il soit, ce chiffre n’est pas de grandeur à comprom.ttre les bonnes mœurs d’une cité de 60,000 habitants. Les centres maritimes
(1) Statistique obtenue aux bureaux de M. le Greffer de la Cour du Recorder, Je n’expérimente ici que sur des chiffres officiels et positifs.
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d’ailleurs sont naturellement exposés à recevoir des ferments de corruption inconnus des villes bâties à l’intérieur des terres. Nous avons ici régulièrement tous les étés une flotte variant de onze à douze cents navires, sans compter notre marine de cabotage. Avec la meilleure opinion de cette population nomade on ne peut s'empêcher de la tenir responsable pour un tier: dans l’estimé comme dans le surcroît de ces désordres. Cette équitable répartition des responsabilités à assumer allègera, d'autant la conscience québecquoise catholique. Le relevé des
femmes perdues hébergées par ces 23 lupanars est de 87. Or la prostitution coûte cher, la vie du crime est même exhorbitante, car l’on calcule de 20 à 40 piastres, par mois, la pension de l’une de ces DAMES (!) Acceptons le plus petit de ces deux chiffres : cela nous donnera une somme Je n’alloue rien pour les toilettes ébouriffantes qui doivent peser quelques drachmes dans les plateaux du budget. ($5 x 4 = $20 par mois x 12 = $240 piastres par année). Multipliez ce montant par la donnée officielle de courtisanes (240 x 87) et vous arriverez à un agrégat de $20,880. Tel est le coût annuel w7#5mum de la prostitution à Québec. En justice pour la ville retranchez en le tiers, (lequel est supporté par les équipages de la marine militaire ou marchande) et vous aurez une somme ronde de (20,880—6,960) $13,920.
Quel en sera, maintenant, le coût »waxtmum annuel ?—[La démonstration en est facile. Soit $ro. 00 par semaine, base du calcul. 87 x 10 = $870, total d’une semaine ; $870 x 4 = $3,480, total d’un mois ; $3,480 x 12 — $41,760, total d’une année. Te ce montant énorme, ? ($41,760) retranchez un tiers ($13,920.00) contribution de la classe étrangère et flottante, tel que susdit, et il vous reste un coefficient égal à $27,840.00 coût du maximum annuel. 28,000.00 piastres CRIMINELLEMENT perdues à des fins inavouables ! Quel détournement opéré dans les trésors de la charité ! Cette somme ($41,76c.00) eut suffi à toute une année de la Société St-Vincent de Paul en Canada ; elle eut rencontré, même avec excédant, les dépenses générales de la Communauté des Sœurs de la Charité, (1) de même qu’elle eut dépassé le plus abondant déboursé à la Maison du Bon Pasteur (2).
Mais, me dites-vous, votre statistique est ridicule d’exagération. Je consens d’être de votre avis si vous m'apportez une SEULE excuse allant à justifier la moitié du montant wénimum ! En vérité, monsieur, vous êtes sincère, c'est pour vous une obligation d’être convaincu d’avoir trop donné. Je me rends sans réplique à cette indéniable évidence. LE FAIT D'AVOIR TROP DONNÉ me dit pourquoi VOUS NE DONNEZ PLUS ASSEZ,
Je n'ai fait, tout à l'heure, que signaler une dépense COUPABLE : que dirais-je donc au chapitre de la dépense FRIVOLF ? Le traiter serait chose téméraire : il y aurait trop de fantaisies, trop de faiblesses à contredire ou à rudoyer. Je ne ferai qu’effleurer au vol de plume un sujet
(1) La plus grande dépense à l'Hospice des Sœurs de la Ch: arité, a eu lieu en 1869, elle était de 33; 300.00 piastres,
(2) La plus haute dépense à la Maison du Bon l'asteur a été celle de 1875, elle s'élevait à $33, 506.00.
formidable : Ze Zuxe (non pas celui de vos toilettes, mesdames, vos pré: dicateurs de retraites se réservant ce cas réservé), mais ce luxe de borre sec, infiniment plus imbécile et plus ruineux. C’est, de nos jours, la sottise masculine à la mode, et m'est avis, avec la statistique, qu’on la tient en haute estime à Québec.
Le nombre de tavernes, restaurants (!) clubs, buffets, cafés, échoppes, etc. etc., peu importe enfin le genre de ces pouvoirs d’eau.... de vie, s'élève actuellement, dans notre ville, à 222. Cette statistique représente seulement lc relevé des débits de liqueurs autorisés par la municipalité à vendre aw verre. La buvette (bar-room) est l'idéal de cet ingénieux système. Les autres établissements (les magasins d’épicerie, par exemple) licenciés pour la vente en gros du susdit article dépassent l: chiffre 80. Ce qui donne un total de 300 fontaines publiques ; soit 302 pour les amateurs de science exacte. A ce compte, je fais grâce, et sans remords, aux contrebandiers de ceite enivrante industrie, Multipliez maintenant $75.00 (taux wenimum d'une licence au verre) par 222 et vous aurez, comme par magie, grossi votre escarcelle d’un merveilleux obole : $16,650. Mais $16,650 dira-t-on, qu'est-ce que cela pèse sur la conscience de certains esprits forts qui n’ont de scrupules qu'en chimie ?
Voici un œnsidérant qu va vous amener à la connaissance de son poids spécifique. Chacun de ces restaurateurs paie, en moyenne, un loyer annuel de 100 piastres, plus, les taxes municipales ( ($20,00) ; qui plus est: ces messieurs vert. Or le plus petit de ces aubergistes consomme, bon an mal an, lui et les siens, $f400.00 en nourriture et vêtements.
Cette moyenne, trouvée exacte par de plus experts que moi, vous donne approximation de dépenses suivante : Soit 222 aubergistes payant chacun $100.00 de loyer. + $20.00 de taxes. + $400.00 prêtes à rencontrer les besoins quotidiens les plus inévitables, cela rapportera, en total, une somme équivalente à $115,440.00. Additionnez, avec ce montant, le revenu perçu par le gouvernement de ces 222 aubergistes payant la licence minimum ($i 15,440.00 + $16,650 — $132,090.00). J'excepte de ce calcul les magasins d’épiceries et les marchands de gros, lesquels sont reconnus nécessaires. Je veux les croire d’ailleurs d’une probité indéfectible. CENT TRENTE-DEUX MILLE QUATRE-VINGT DIX PIASTRES ! Quel magot ! En vérité, la soif à Québec est d’un meilleur rendement que nos mines de la Beauce. Aussi comme on l’exploite! fai dit la soif, par charité (lisez galanterie), car c'est faire, avec ce mot, une grande aumône à la réputation de plusieurs.
Et maintenant, chers lecteurs, faites subir à ces faits, déplorablement véridiques, l’examen de votre conscience, Demandez-vous, devant-elle, si, avec /oilié moins de tavernes, les ALTÉRÉS de Québec seraient aussi bien abreuvés ? Demandez-vous encore si la majorité des jeunes gens qui achalandent l’estaminer boivent par habitude ou par passion ? ‘Demandez-vous enfin si la consommation des liqueurs enivrantes est due moins
au plaisir de boire qu'à ses occasions attrayantes et multiples? La ten tation devient irrésistible lorsqu'elle emprunte pour vous séduire la voix bien connue des amis. Enfin, pour demeurer pratique avec cette étude, demandez-vous si /a moitié de cet argent distillé en alcool ne constitue pas déjà un véritable gaspillage ? Gaspillage ( ($66,045.00) qui évité, eut
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peyé l'abri, la table, le vêtement, le lit des pauvres femmes infirmes, des oi phalits des petites orphelines pendant DEUX ans à l’hospice des Sœurs de la Charité, y compris l'entretien personnel des Religieuses. Entre les mains de la Société St. Vincent de Paul, la même somme assisterait à Québec 2,000 pauvres (à raison de $2.00 par tête), pendant SEIZE ans, soit de 1880 à 1896. L'on atteindrait même au printemps de 1897. Ce même item encore eut maintenu, pendant 10 ans, 2,201 enfants à l'Ecole du Patronage (à raison de $3.00 par écolier) ou nourri, pendant une année, 3,885 affamés à l'Œuvre du Réfectoire (à raison de $17.00 par chaque couvert). Il suffira, aux incrédules, de comparer mes chiffres avec les tableaux statistiques et les vérifier, pour se convaincre que je suis demeuré dans les bornes d’une sévère exactitude.
4° Enfin, vous avez le triste courage de me dire que ‘VOUS NE RONNE- REZ PLUS AUX PAUVRES.” Il faudrait avoir le cœur bien atrophié, bien corrodé par l’avarice et la haine pour oser persévérer dans une telle résolution. Ce ne serait plus alors de l'injustice, de la mesquinerie, de la cruauté, mais de la turpitude ! Savez-vous où conduirait, au point de vue des résultats pratiques, semblable aberration ?
A la catastrophe suivante : il faudrait retrancher un tiers des Revenus et Dépenses de toutes nos maisons de Charité à Québec. Un tiers aux Sœurs de la Charité, un tiers au Bon Pasteur, un tiers à l'Hôpital du Sacré-Cœur, un tiers à l'Ecole de Réforme, un tiers à l'Hospice de la Miséricorde. Et, d’autre part, ces mêmes institutions de sauvegarde et de bienfaisance publiques seraient contraintes à renvoyer de leurs asiles, les Sœurs de la Charité : un tiers de leurs petits orphelins, un tiers de leurs orphelines, un tiers de leurs vieilles femmes infirmes ; le Bon Pasteur : un tiers de ses filles repenties, un tiers des jeunes détenus de la Réforme ; l'Hôpital du Sacré-Cœur : un tiers de ses épileptiques, de ses incurables, de ses enfants-trouvés. Les orphelins iront se joindre aux gamins de la rue, les vieilles femmes infirmes mendieront leur pain, les filles repenties retourneront à leurs bouges, et derrière elles, les suivant hélas, marcheront les petites orphelines qui avaient hier une Sœur de la Charité pour mère et un toit d'église pour refuge. Quant aux réprimés de la Réforme ils termineront leur éducation criminelle avec leurs anciens camarades d’auberge, de débauche et de rapine, pour s’en aller mourir honteusement, les uns sur l’échafaud,la plupart dans les pénitenciers de la province. Ne me demandez pas ce que seront alors devenus les enfants-trouvés, les incurables et les vieillards épileptiques. Dieu seul s’en sera rappelé et, plus tard avec Lui, la ville châuée qui ne s'était pas souvenue des pauvres s de son Christ.
Cette situation désespérée faite à la société par l’égoisme coupable de ses membres entraînerait-elle, nécessairement, ce lamentable résultat ? Absolument, non. Car, dans certains pays anti- catholiques, l’on a remplacé, auprès des moribonds, la Sœur de Charité par la garde-malade salariée, et la religieuse du Bon Pasteur,dans les écoles de Réforme, s’est effacée devant le gendarme. IL expédient pourrait, a fortiori, se répéter ici. Car l’on admettra que dès l'instant où la canaille d’une ville augmente d'un tiers, l'effectif de la police et les dépenses de la prison s'accroissent en proportions égales. Or, le conseil munic ipal de la cité devra aviser à maintenir son budget en équilibre et contre-peser le surcroît des
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dépenses encourues. Et, de même que l’on aura substitué la gardemalade à la Fille de St. Vincent de Paul, le geôlier à la religieuse du Bon Pasteur, les cachots aux dortoirs de Nazareth, de même le Conseil de Ville, contraint d'accepter les fâcheuses conséquences par vous-mêmes amenées, substituera la TAXE à l’aumône. Et de la sorte, ce qui pour vous était un mérite, ne sera plus qu’un devoir impérieux, humiliant, tyrannique, et, disons-le, entre nous, un châtiment que vous n'aurez pas volé.
Et n'allez pas croire, dans votre dépit, que vous êtes les plus maltraités. Certes non. Avant d’en venir à cette conclusion songez d’abord à tous ces misérables, petits orphelins, vieux épileptiques, enfants-trouvés, femmes infirmes, auxquels vous aurez donné un Hôtel de Ville pour Hôtei-Dieu, une marâtre en guise de mère !
Chargés d'impôts comme vous l’êtes aujourd’hui, ne commettez pas l’impardonnable balourdise de troquer contre une misérable taxe votre magnifique droit d’ainesse à la reconnaissance et à la philanthropie humaine, N'échangez contre rien cet apanage exclusif et inaliénable à vous transmis par la Charité Catholique le jour où vous êtes devenu son partisan juré en ce monde, cette faculté de privilège d’être bienfaisant sans contrainte légale, bienfaisant sans arrière-pensée de lucre ou de gloriole personnelle, bienfaisant sans peurs d’ingratitudes et sans souci de reconnaissances. Telle est, telle doit être cette philanthropie aussi idéale que réalisable et réalisée par laquelle l’homme fait l’aumône à son Christ et Seigneur Jésus Souffrant, dans lapersonne et par l'entremise des mendiants qui le représentent sur la terre.
C'est le propre des gens profondément convaincus de discuter quand ils interrogent. J'ai peut-être de bonnes raisons pour contracter, suivant une idée yankee, le défaut de cette qualité. Si mon libre arbitre en assume la responsabilité, il n’est pas équitable que je vous en impose l'ennui. Je termine donc en toute hâte mon plaidoyer, confiant en votre impartial verdict.
Favorable, il n’ajoute rien à mon bonheur; injuste, il ne m'atteint à aucune distance ; inique, il ne frappera que le pauvre pour qui jintercède ; intègre, il ne réhabilitera que lui dans sa dignité d'homme, comme il n’aura rétabli que lui dans ses droits indéniables de citoyen méconnu par une société frivole qui le traite en paria parce qu'il a faim plus souvent que ses parasites, ou parce quil a pris l'habitude de venir frôler avec ses haïllons sa valetaille en livrée.
J'abandonne à votre tribunal et à sa justice ce même mendiant qui vous conjure, à genoux, de comparer seulement votre luxe à sa misère, vos ressources à ses nécessités, votre orgueil à ses opprobres, votre superflu à son dénûment, vos joies d'avenir à ses expédients du lendemain, votre table à sa faim, son désespoir à vos radieuses espérances ! Malheur à moi si je l'avais livré, même de bonne foi, aux rudesses de votre égoisme, au caprice de vos passions, où, qui pire est, à l'ignorance de vos préjugés.
Souffrez, en terminant cette première Æfude, que je vous suggère et vous rappelle le conseil de divine sagesse donné par le grand-prêtre Joad à l’oint du Seigneur, Joas, en la solennité de son sacre royal :
“ Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour Juge.”