SÉANCE DU DIMANCHE 20 JANVIER 1793 L'AN IP DE LA RÉPUBLIQUE
Une citoyenne fait déposer sur le bureau un habit, une veste, des guêtres et un bonnet de grenadier pour les défenseurs de la patrie. [Applaudi.)
Mention honorable.
Il a été arrêté, sur la proposition d'un membre, que la tribune du logographe ', qui est fermée depuis quelques temps, serait ouverte pour recevoir les citoyens et les citoyennes dont l'affluence était considérable.
Après la lecture du procès-verbal, on a rappelé la promesse faite par Desfîeux, vice-président, que Dumouriez viendrait aujourd'hui à la séance.
Goupilleau a assuré la Société que ce général était malade.
Le Président a annoncé que la lecture de la correspondance apprendrait que les Sociétés égarées sont parfaitement revenues.
Les citoyens ont demandé à entrer dans l'intérieur de la salle ; mais La Faye a observé que le peu d'espace qui restait était réservé aux députés de la Convention, qui depuis plus de huit jours n'ont pu assister aux séances, et dont la présence est nécessaire.
La Société a chargé deux commissaires d'exprimer au peuple ses regrets de ne pouvoir l'admettre dans son sein.
[Un secrétaire fait lecture de la correspondance.]
Un citoyen a présenté un jeune soldat qui a perdu un bras au siège de Lille. [Applaudissements.)
La Société lui a accordé une carte d'entrée ^.
Robespierre a obtenu la parole et a dit, à l'occasion de ce jeune héros entré au milieu de la salle :
« Citoyens, le spectacle que vous venez de voir est digne du pre-
1. Il s'agit sans doute de la tiùbune où le citoyen Guiraut avait cssaj'é ses procédés logotachygraphiqucs.
2. Il s"agit sans doute ici de l'incident dont il est question avec plus de détail dans la pièce suivante.
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mier jour de la République. L'énergie va s'accroître à compter de cette époque. Il faut que la France connaisse et le nom de ce jeune guerrier et le nom de celui qui Ta présenté. (Son nom est Charles Bernier.) Je demande que l'extrait du procùs-verbal soit envoyé aux Sociétés affiliées et à l'armée. »
Cette proposition est adoptée.
La mère de cette jeune victime du sort des armes a été présentée, et on a réclamé pour elle des secours.
« Ce n'est pas à la Société, s'est écrié Bourdon, à venir au secours de cette mère respectaljle, c'est à la nation. La dette qu'elle a contractée me parait trop sacrée pour qu'elle puisse s'en dispenser. »
Le Président a donné à cette mère le baiser fraternel, et lui a promis, au nom de la Société, que tous les membres solliciteraient avec elle et pour elle une récompense méritée.
Sur la proposition de La Faye, on a procédé à une collecte pour six militaires qui n'ont ni asile ni vêtements.
L'orateur de la députation des sans-culottes de Lyon est monté à la tribune :
« C'est dans ce temple de la liberté, a-t-il dit, que vous avez appelé les fédérés des quatre-vingt-trois départements; vous nous avez ouvert nos yeux, et vous nous avez prouvé que les ennemis de la pairie n'étaient pas tous à Col)lenlz; vous nous avez prouvé que les Tuileries renfermaient des ennemis encore plus dangereux. Nous venons, au nombre de quinze mille citoyens, sanctionner le décret que nous devons au. courage de la Montagne, que nous devons à la persévérance du peuple.
« Les sans-culottes de Lyon se sont rassemblés; ils ont exprimé leur vœu, ils ont choisi des membres pour le présenter à la Convention. Par ime fatalité qui est ordinaire, ils n'ont pu être admis, mais ils viennent parmi vous exprimer les sentiments qui les animent. Nous nous réunirons demain aux fédérés dans cette salle, et nous nous féliciterons avec eux de la chute du tyran. Il faut que les Urissot, <|ue les Buzot, que les IJarbaroux, qui f)nt voulu régner, soient anéantis politiquement. » [Applaudi.)
Cet orateur a lu l'adnssc à la Convention, rédigée par le citoyen Lambert. Cette adresse avait pour objet de prouver que le renvoi aux assemblées i)rimaires du procès de Louis Capet pourrait embraser la République du feu de la guerre civile, et que la léte de Louis Capet devait tomber sur l'échafaud. 11 a lu ensuite une circulaire adressée aux autres Sociétés adiliées, par laquelle la Société de Lyon dit : << Les
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Roland et les Brissot n'ont aucune prépondérance dans leur département, et bientôt l'illusion cessera dans tous les coins de la France. L'ambition règne au sein de la Convention, les droits sacrés de la liberté y sont méconnus. Le plan de nos ennemis est de nous attaquer, non par la force des armes, mais par des écrits perfides et calomnieux ; des phalanges sont en route pour sauver Louis Capet de Téchafaud. Mais nous ne suivrons pas l'exemple de ces hommes égarés, nous ne cesserons de rendre justice aux Jacobins. Les députés patriotes qui siègent ici sont ceux qui ont sauvé la liberté. »
TuuRiOT. — Je vous conjure, au nom du bien public, de m'accorder toute votre attention; j'ai des choses importantes à vous révéler; je vais vous parler comme on parle à une famille. Nous avons besoin de nous serrer et de ne suivre que les insinuations du patriotisme. . Les chevaliers du poignard sont en activité. Je crains qu'une nuit ensanglantée ne nous prive des fruits du triomphe le plus glorieux pour les vrais amis de la liberté. Déjà, au moment où je vous parle, un de nos membres, un citoyen vertueux... {Bruit.) Je prie mes frères de ne pas m'interrompre ; je ne dirai que ce qu'exige le salut de la République.
Déjà un homme (Le Peletier de Saint-Fargeau) qui a servi la chose publique avec courage, dès l'époque de l'Assemblée constituante, n'existe peut-être plus... Nous avons besoin de tout le calme, de toute la tranquillité possible, pour déconcerter le plan de nos ennemis. On ne doit pas ignorer que, depuis quatre mois, on calcule tous les moyens de sauver le tyran ; on veut exciter un soulèvement pour l'empêcher de parler. Les intrigants craignent que leur complicité soit révélée et punie... Je dis qu'il est important qu'à l'instant même la Société fasse une députation vers la municipalité pour l'inviter à prendre toutes les mesures de surveillance qui peuvent déjouer les projets des malveillants. Il faut que la même députation soit chargée de demander que la garde soit doublée dans les sections et quartiers de Paris. Il faut que nous sacrifiions notre propre sang pour que le tyran monte sur l'échafaud.
Il faut encore avertir les quarante-huit sections qu'il existe un complot, afin qu'elles prennent des mesures pour arrêter nos ennemis et les faire monter à l'échafaud. A la veille d'un grand événement, les parties intéressées se heurtent et s'agitent. Lorsqu'un grand acte doit avoir lieu, il y a toujours un parti intéressé à exécuter un soulèvement. Des hommes iront de corps de garde en corps de garde pour annoncer qu'il y a un mouvement pour les arrêter [sic] ; vous les consignerez pour vérifier ensuite le principe des mouvements et em-
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pèclier l'explosion, qui n'a d'aulre but que de Poustraire le tyran à l'échafaud. Nous aurons ainsi l'avantage de sauver la chose publique et d'empêcher le sang des patriotes de couler. [Applaudissements.)
Robespierre. — Je viens appuyer la motion de Thuriot et y ajouter quelques réflexions importantes. De la punition de Louis Capet dépend le salut public; aussi tous les efforts des ennemis de la République tendent-ils à bouleverser Paris pour sauver le tyran.
Nous ne devons le salut de la chose publique qu'à la réunion fraternelle des fédérés que l'on avait voulu armer contre nous. Thuriot vous a indiqué les principales mesures propres à maintenir le calme. Je vous invite à prémunir nos concitoyens contre tous les pièges. On ne manquera pas d'employer tous les moj^ens possibles pour nous égarer. S'il était vrai qu'un défenseur de la liberté eût été outragé, oublions-le pour le moment, allons au tyran, c'est par lui qu'il faut commencer. Pour cet effet, il faut maintenir autour de l'échafaud, autour de la Convention, un calme imposant et terrible, pour glacer d'effroi tous les ennemis de la liberté. Nous voulons bien périr, pourvu que la tyrannie périsse avec nous. Quand la tète du tyran sera tombée, vous éclairerez les départements sur les complots qui ont été tramés contre la liberté.
Gardons-nous, après l'exécution (car je suis persuadé que cette exécution aura lieu), gardons-nous de faire aucun acte qui puisse donner à l'intrigue le moindre prétexte de calomnier l'héroïsme du patriotisme. Oublions les intrigants, laissons-les tomber sous le mépris public. Nous n'avons qu'une passion, c'est la liberté; nous en jouirons, et nous ferons le bimheur de la République.
Je demande qu'on avertisse le commandant de la garde nationale de déployer une activité extraordinaire, et qu'on communique ces déterminations de prudence à la section des Droits de l'iiomme, alin qu'elle unisse ses efforts aux nôtres.
Je demande qu'il soit fait une aflichc, ipii paraîtra demain à la pointe du jour, pour inviter le peuple au cahuc, et lui faire coiiuaiire les pièges (prou lui tend.
Je demande aussi que vous présentiez une adresse à la Convention pour lui présenter le tableau des manœuvres employées par les intrigants pour perdre la chose jtubli(iue et anéantir les patriotes le lendemain de l'exécution de Louis Capot; celte adresse sera envoyée aux déparlements, aux autorités constituées et à l'armée. Je prie Thuriot de voubjir bien rédiger à rinstanl l'adresse qu'il a ébauchée, en y ajoutant mes observations. {A/tjtlaudi.)
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Les propositions de Robespierre et Thuriot ont été arrêtées par la Société.
Une agitation extrême a régné dans l'Assemblée ; le président s'est couvert : le calme s'est rétabli.
Le Président a invité les commissaires à s'inscrire, et a dit qu'il n'y avait que de mauvais citoyens qui voulussent sortir dans un moment où l'on traitait une question du plus grand intérêt. On a empêché les membres de sortir jusqu'après la nomination de douze membres, pour se transporter au département et à la Commune ^
La Société s'est déclarée permanente pendant le reste de la nuit.
Thuriot a fait l'appel des sections, et chaque citoyen domicilié dans l'étendue de la section appelée s'est fait inscrire au bureau, et a pris l'engagement de se transporter dans sa section pour rendre compte des arrêtés de la Société relatifs aux mesures de prudence que nécessitent les circonstances.
Un membre a lu le projet d'afTiche dont la substance suit :
«Citoyens, c'est votre réunion qui a vaincu la tyrannie, c'est le calme que vous avez maintenu qui a conduit le tyran à l'échafaud. Du calme, citoyens, et la chose publique est sauvée. »
Cette rédaction a été approuvée.
Un membre. — Les mesures proposées par Thuriot et Robespierre sont très bonnes, mais je crois qu'il faut y ajouter celle d'envoyer des commissaires au pouvoir exécutif.
Le Président a répondu que les commissaires choisis avaient mission de se rendre auprès du Conseil exécutif provisoire.
Un militaire a observé qu'il importait de nommer une force armée pour protéger la sûreté des membres de la Société.
Un citoyen a dit que personne d'entre eux ne redoutait les poignards. « Au surplus, s'est-il écrié, il serait glorieux de mourir pour une si belle cause, et nous envions tous le sort de Le Peletier. »
[Communicalions de diverses Sociétés =.]
1. Le même jour, 2U janvier ITO:}^ la Société envoya une circulaire aux sections de Paris, signée de Monestier (du Puy-de-Dôme), président, de Desfieux, vice-président, et de Debuscher, secrétaire. On y annonçait l'envoi d'une députation de douze membres auprès du Conseil exécutif, du département, de la Commune et des sections, << pour les inviter à doubler de surveillance et à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l'exécution des projets des ennemis de la liberté... et à être en garde contre les nouvelles alarmantes. La Société arrête en outre qu'elle sera permanente jusqu'après l'exécution du décret pénal rendu contre le tyran. » — Nous ne connaissons cette circulaire que par l'analyse qui en est donnée dans le Catalogue d'une importante collection de documents autographes, Paris, Charavay, 18G2, in-8. (N« 37.)
2. 11 faut rapporter à cette séance l'imprimé intitulé : Société des amis de la
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EXTHAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SEANXE DES JACOBINS DU -20 JANVIER 1793, LAN IF DE LA RÉPUBLIQUE'
Bemujer, comme le plus vieux soldat de la République , qui se trouvait à cette séance, en présente le plus jeune. II offre aux rejLiards de la Société, ainsi ([u"à sa sensibilité, un enfant tpii a perdu un bras au siège de Lille.
Un membre demande que, pour honorer la Société, dont les généreux efforts ont consolidé la liberté, le trait de ce jeune héros soit consacré. En conséquence, il demande, et la Société arrête la proposition, qu'extrait du procès-verbal soit envoyé à l'armée et à toutes les Sociétés qui fraternisent. Un autre membre demande que la mère soit félicitée... Elle prend place à cùlé du président, qui avait déjà à sa droite son brave fils.
Berruyer annonce que cette citoyenne a besoin de secours. « Ce n'est pas à la Société, s'écrie un secrétaire, c'est à la nation à se charger des dépenses de la patrie. » « Ceux-là ont aussi perdu leurs membres, continue Bourdon en montrant six soldats mutilés : je jure par la tête du tyran que nous ne nous séparerons pas que nous n'ayons assuré l'existence de ces généreuses victimes! »
La Société, provisoirement, arrête en leur faveur une collecte, qui s'est montée à la somme de 250 1. 15 s. G d.
PoW'extrail conforme à l'original:
T. Rousseau, secrétaire du Comité d'administration.
liberté et de l'ér/alUr, séanti' <tiir ci-devant Jarohins Sdint-Itoiiuré. Ertrait du procès-verljul de la séance du )Hi janvier il'.y.i. — liiip. l'ulior de Lille, s. d., iii-8 de 4 p. — IJibl. nat., Lb 40/2298. — Cet extrait conticut sculoment la diJnonciation et les arrrlés relatifs au Journal des Jacobins des 19, 21 et 'M décembre 1793, avec une lettre adressée à .Maure par un citoyen de Perpignan, Dufcy, lettre où Birotlcau est dénoncé.