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aura de ligne de démarcation qu'entre le crime et la vertu ; vous conserverez dans toute sa pureté ce culte sublime dont tout citoyen est le ministre, dont la vertu est la seule pratique ; vous veillerez sur cette citadelle de la République, et l'aspect imposant de sa force répondra à l'énergie d'un peuple immense, puissant par son amour pour la liberté, par son attachement inviolable à la représentation nationale.

« Avec vous, ce peuple vertueux, confiant, bravera tous ses ennemis ; il placera son devoir et sa gloire à respecter et à défendre ses représentants jusqu'à la mort. »

{Vifs applaudissements, insertion au Bulletin.^

[Sources de cette séance et de celle du 9 thermidor. — Bûchez et Roux {Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 2) s'expriment à cet égard dans les termes suivants :

<( Nous n'avons conservé aucun monument du temps qui puisse servir à l'histoire du Club des Jacobins, pendant les soirées si orageuses des 8 et 9 thermidor. Nul journaliste n'a sténographié les débats, et les procès-verbaux, dressés par le bureau du Club, ont été saisis par les thermidoriens et dérobés par eux à la postérité. Il ne fut publié alors de ces séances que ce qui en fut raconté daus la Convention et que les deux ou trois lignes des procès-verbaux originaux, qui figurent dans les notes du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor. A ces documents fort incomplets s'ajouteront maintenant les passages du procès-verbal de la Commune (voir plus bas) où sont rapportés quelques actes du Club des Jacobins. »

Depuis l'époque où Bûchez et Roux composaient leur Histoi^'e parlementaire, on n'a découvert à notre connaissance aucun document nouveau relatif aux séances des Jacobins des 8 et 9 thermidor an II, L'original manuscrit du procès-verbal de la Commune, pour la séance du 9 au 10 thermidor, existe aux Archives nationales, F 7/4433. Ce procès-verbal a été imprimé par Bûchez et Roux, t. XXXIV, p. 41 et suivantes, et par M. Ch. d'Héricault, La révolution de Thermidor, p. 437 et suivantes.

Mais nos recherches, secondées par l'obligeance de M. A. Tuetey, nous ont donné la conviction que les procès-verbaux de ces deux séances des Jacobins n'existent plus aux Archives nationales. Or, comme Courtois, dans son rapport de l'an IV, donne la cote que portaient alors ces pièces dans les cartons du Comité de sûreté générale, il est probable q.u'elles ont été "dérobées, peut-être par Courtois lui-même.

En effet, les pièces indiquées par Courtois sous d'anciennes cotes ont presque toutes disparu. Celles qui restent se trouvent dans deux cartons des

Archives, F 7/4432 et F 7/4433, lesquels renferment les débris des dossiers réunis par le (Comité de sûreté générale à propos des événements des 8, * et

10 thermidor an II.

Dans F 7/4432 on trouve sur une chemise l'indication suivante : « 2 liasses, 71 pièces. — IL en a été donné récépissé aux Archives le llmessidor an 3". Ces pièces ont été portées le 18 chez le citoyen Courtois, rapporteur. »

Dans le même carton, on trouve la liste manuscrite des « Pièces remises au citoyen Courtois, représentant du peuple, rapporteur de Va/faire du 9 thermidor ».

Cette liste, assez détaillée, nous apprend qu'on remit à Courtois, entre autres dossiers, « des extraits des pièces composant le /4« carton concernant les Jacobins » et elle indique, parmi ces papiers d'un 14« carton qui furent confiés à Courtois, « les pièces principales n"^ 2352, 2380 » : ce sont peut-être les procès-verbaux originaux des séances des Jacobins du 8 et du 9 thermidor.

Toutes ces pièces, nous le répétons, paraissent n'avoir jamais été restituées aux Archives nationales.

Parmi les papiers communiqués à Courtois, et dont la liste conservée aux Archives donne les numéros selon la classification d'alors, un seul se trouve dans les cartons de la série F 7. C'est celui qui était désigné à cette époque sous la rubrique n° 578, 4" carton. Il porte l'ordre donné par Hanriot aux adjudants généraux de se réunir à la Maison-Commune. — Nous devons faire remarquer que nous n'avons pu retrouver le n" 579, porté dans la liste cidessus comme ayant été confié à Courtois en même temps que le n° o78.

11 est donc probable que ce dernier numéro, le S78, aura été laissé en place par mégarde lors de la remise des dossiers à Courtois, et que tous les autres papiers désignés dans la liste manuscrite ont été portés chez ce député et conservés par lui.

Il ne nous reste donc, comme documents qui puissent servir à reconstituer en partie les séances des Jacobins du 8 et du 9 thermidor, que les pièces suivantes :

1° Convention nationale. Discours prononcé par Robespif.rre, à la Convention nationale, dans la séance du 8 thermidor de l'an II de la République une et indivisible, trouvé parmi ses papiers, par la Commission chargée de les examiner. Imprimé par ordre de la Convention nationale. Paris, Imprimerie nationale, l'an II de la République, in-S" de 44 pages. — Bibl. nat., Le 38/869. Robespierre répéta ce discours à la séance des Jacobins du même jour, et c'est à ce titre que nous le reproduisons.

On trouvera des détails sur la publication de ce discours dans Ernest Hamcl, Histoire de Robespierre, t. III, p. 733, note 1.

•2° Convention nationale. Réponse de J.-N. Billald, représentant du peuple, au^ inculpations qui lui sont personnelles. Imprimée par ordre de la Convention nationale. Paris, Imprimerie nationale, ventôse an III, in-8° de 28 pages. — Bibl. nat., Le 38/1261. — Cette justification renferme, comme on le verra, un long récit de la séance des Jacobins du 8 thermidor.

3° Convention nationale. Rapport fait au nom des Comités de salut public et de sûreté générale, sur les événements du 9 thermidor an II, précédé d'une préface en réponse aux détracteurs de cette mémorable journée, prononcé le 8 thermidor au III, la veille de l'anniversaire de

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la chute du tyran, par E.-B. Courtois, député de l'Aube. Paris, Imprimerie nationale, tloréal an IV, in-S" de 210 pages. — Bibl. nat., Le 38/1767.

Cette pièce, extrêmement importante, qui ne doit être confondue ni avec le premier rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre, ni avec la suite de ce rapport intitulé : 3Ia Catilinaire, nous fournira quelcpics détails sur chacune des deux séances du 8 et du 9 thermidor, et plusieurs notes concernant les seuls extraits connus du procès-verbal officiel de la Société des Jacobins pour ces deux séances.

4° Récit de ce qui s'est passé dans la Maison-Commune de Paris, fait à la Convention nationale par l'orateur d'une députation de la section des Gravillicrs, dans la séance du IG thermidor an II. {Moniteur, t. XXI, j). 385.)

Enfin, nous reproduisons quelques traditions recueillies par ïoulongeon et par Bûchez et Roux.

Dans le tome XI (p. 83) de VHistoire de France pendant le XVIIP siècle, par M. Lacretelle, Paris, 1825, 14 vol. in-8°, se trouve un récit long et assez. diffus de la séance des Jacobins du 8 thermidor. Nous n'avons pas jugé à propos de le reproduire, parce que rien ne permet de conjecturer qu'il ait été composé d'après des documents ou d'après des traditions.]

Discours prononcé par Maximilien Robespierre a la Convention dans LA séance du 8 thermidor, et dont il donna lecture aux Jacobins le soir du même jour.

Citoyens,

Que d'autres vous tracent des tableaux flatteurs ; je viens vous dirfr des vérités utiles. Je ne viens point réaliser des terreurs ridicules répandues par la perfidie; mais je veux étouffer, s'il est possible, les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais dévoiler des abus qui tendent à la rwme de la patrie et que votre probité seule peut réprimer. Je vais défendre devant vous votre autorité outragée, et la liberté violée. Si je vous dis aussi quelque chose des persécutions dont je suis l'objet, vous ne m'en ferez point un crime; vous n'avez rien de commun avec les tyrans que vous combattez *. Les cris de l'innocence outragée n'importunent point votre oreille, et vous n'ignorez pas que cette cause ne vous est point étrangère.

1. Des deux phrases de cet exorde que nous avons imprimées en italiques, la première manque dans l'imprimé pubUé par ordre de la Convention, la seconde (répétée plus bas, p. 249) y est abrégée ainsi : « Je me défendrai aussi moimême ; vous n'en serez point surpris ; vous ne ressemblez point aux tyrans que vous combattez. » Nous les donnons d'après M. Hamel {Histoire de Robespierre, t. III, p. 721), qui a eu entre les mains le manuscrit de Robespierre. Il nous apprend {ibid.) que ce manuscrit fut remis à la famille Duplay quelque temps après le 9 thermidor. Il est fâcheux que M. Hamel n'ait pu donner une édition complète de ce manuscrit, et se soit borné à des extraits. En effet, comme on le verra, le texte publié par la Convention offre bien des obscurités.

Les révolutions qui jusqu'à nous ont cliangé la face des empires n'ont eu pour objet qu'un changement de dynastie, ou le passage du pouvoir d'un seul à celui de plusieurs '. La Révolution française est j la première qui ait été fondée sur la théorie des droits de l'humanité, ; et sur les principes de la justice -. Les autres révolutions n'exigeaient ^ que de l'ambition; la nôtre impose des vertus. L'ignorance et la force les ont absorbées dans un despotisme nouveau; la nôtre, émanée de la justice, ne peut se reposer que dans son sein. La République, amenée insensiblement par la force des choses et par la lutte des amis de la liberté contre des conspirations toujours renaissantes, s'est glissée pour ainsi dire à travers toutes les factions; mais elle a trouvé leur puissance organisée autour d'elle, et tous les moyens d'influence dans leurs mains; aussi n'a-t-elle cessé d'être persécutée dès sa naissance dans la personne de tous les hommes de bonne foi qui combat-

1. Deux lignes effacées : « Elles ont pris leur source ou dans l'ambition ou dans la lassitude dune espèce particulière de tyrannie. » {Note de l'original.)

2. Suivent deux pages effacées : » Si des ambitions particulières lui ont donné le branle ou hâté son mouvement, elle n'a dû son origine et sa direction qu'à l'amour éclairé et profond de la justice et de la liberté ; ce caractère a déterminé à la fois ses moyens et les attaques de ses ennemis. Pour atteindre le but des autres, il ne fallait que courir à la fortune sous les auspices d'une puissance nouvelle ; la nôtre, au contraire, exige le sacrifice des intérêts privés à l'intérêt général; elle seule impose la vertu. Les autres étaient terminées par le triomphe d'une faction ; la nôtre ne peut l'être que par la victoire de la justice sur toutes les factions; émanée de la justice, elle ne peut se reposer que dans son sein; elle a pour ennemis tous les vices.

« Les factions sont la coalition des intérêts privés contre le bien général. Le concert des amis de la liberté, les plaintes des opprimés, l'ascendant naturel de la raison, la force de l'opinion publique ne constituent point luie faction : ce n'est que le rappel du pouvoir aux principes de la liberté, et les effets naturels du développement de l'esprit public chez un peuple éclairé.

« Ailleurs, l'ignorance et la force ont absorbé les révolutions dans un despotisme nouveau : la nôtre émane de la justice, ne peut se reposer que dans son sein. Tous les efforts des intérêts privés contre le droit du peuple ne peuvent qu'agiter la nation entre deux écueils, les abus de l'ancienne tyrannie, et les systèmes monstrueux qui dénaturaient l'égalité même pour ramener sous son nom la tyrannie.

« La cause de tous nos maux a été dans cette lutte perpétuelle des factions contre l'intérêt public. Celle d'Autriche et celle d'Orléans, toutes deux puis santés, l'une, parce qu'elle régnait au commencement de la Révolution ; l'autre, parce qu'elle avait puissamment contribué à la préparer pour régner à son tour, ont arrêté jusqu'ici les destinées de la République. Ajoutez à cela les intrigues \ de l'Angleterre, coalisée avec la faction d'Orléans, et l'influence des cours étran- V gwres, et vous vous ferez quelque idée des germes de discorde, de corruption ; et de dissolution que les ennemis de la liberté ont jetés au milieu de nous. La' faction d'Orléans surtout avait acquis une influence d'autant plus grande qu'elle avait arboré la première l'étendard du patriotisme pour renverser la cour, et que ses partisans, cachés sous ce masque, avaient usurpé la confiance des patriotes, et s'étaient introduits dans toutes les fonctions publiques. » [Note de l'original.)

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laient pour elle. C'est que, pour conserver Tavantage de leur position, les chefs des factions et leurs agents ont été obligés de se cacher sous la forme de la République; Précy à Lyon et Brissot à Paris, criaient Vive la République! Tous les conjurés ont même adopté, avec plus d'empressement qu'aucun autre, toutes les formules, tous les mots de ralliement du patriotisme. L'Autrichien, dont le métier était de combattre la révolution; l'Orléanais, dont le rôle était de jouer le patriotisme, se trouvèrent sur la même ligne, et l'un et l'autre ne pouvaient plus être distingués du républicain. Ils ne combattirent pas nos principes, ils les corrompirent; ils ne blasphémèrent point contre la révolution, ils tâchèrent de la déshonorer sous le prétexte de la servir; ils déclamèrent contre les tyrans, et conspirèrent pour la tyrannie; ils louèrent la Hépublique, et colomnièrent les républicains '. Les amis de la liberté cherchent à renverser la puissance des tyrans par la force de la vérité; les tyrans cherchent à détruire les défenseurs de la liberté par la calomnie; ils donnent le nom de tyrannie à lascendant même des principes de la vérité. Quand ce système a pu prévaloir, la liberté est perdue ; il n'y a de légitime que la perfidie et de criminel que la vertu * ; car il est dans la nature même des choses qu'il existe une intluence partout où il y a des hommes rassemblés, celle de la tyrannie ou celle de la raison. Lorsque celle-ci est proscrite comme un crime, la tN'rannie règne;

1. Lignes raturées : « Chaque crise nouvelle excitée par leurs intrigues ténébreuses ne fit que les forcer à adapter leurs moyens de nuire aux circonstances nouvelles, et à décrire un nouveau circuit pour arriver au même but. Voulezvous savoir si les factions existent encore? Demandez-vous si cette multitude d'intrigants dangereux, qui naguère désolaient la République avec autant daudace que de perfidie, a disparu du sol de la liberté; demandez-vous si une foule de chefs et d'agents fameux des factions diverses ne vivent point encore impunis et même protégés ; demandez-vous si le système de contre-révolution, organisé au milieu de nous, pendant plusieurs années, par une politique profonde, a pu être détruit, et quel plan sage est constamment suivi pour le déraciner; demandez-vous si on a cessé un seul instant d'entraver, de corrompre ou de calomnier les mesures que le salut public a commandées ; si les patriotes ne sont plus proscrits, calomniés, les fripons ouvertement protégés, les conspirateurs défendus , les principes de la morale publique proclamés seulement pour la forme, éludés dans la pratique, faussés dans l'application, et tournés contre ceux seuls qui les professent de bonne foi ; demandez-vous enfin si les factions ont fait autre chose que nuancer suivant les circonstances du moment leurs principaux moyens de conspiration, la corruption, la division et surtout la calomnie. » {Xote de l'original.)

2. Les vingt et une lignes qui suivent se trouvent sur une feuille sans chiffre, écrite de la main de Robespierre, dont le sens ne paraît devoir se rapporter qu'à la page 4 de la copie de son discours, après ces mots : et de criminel que la vertu. {Note de l'original.)

quand les bons citoyens sont condamnés au silence, il faut bien que les scélérats dominent.

Ici j'ai besoin d'épancher mon cœur; vous avez besoin aussi d'entendre la vérité. Ne croyez pas que je vienne ici intenter aucune accusation ; un besoin plus pressant m'occupe, et je ne me charge pas des devoirs d'autrui; il est tant de dangers imminents que cet objet n'a plus qu'une importance secondaire. Je viens, s'il est possible, dissiper de cruelles erreurs ; je viens étouffer les horribles ferments de discorde dont on veut embraser ce temple de la liberté et la République entière; je viens dévoiler des abus qui tendent à la ruine de la patrie, et que votre probité seule peut réprimer. Si je vous dis aussi quelque chose des persécutions dont je suis l'objet, vous ne m'en ferez pas un crime ; vous n'avez rien de commun avec les tyrans qui me poursuivent : les cris de l'innocence opprimée ne sont point étrangers à vos cœurs; vous ne méprisez point la justice et l'humanité, et vous n'ignorez pas que ces trames ne sont point étrangères à votre cause et à celle de la patrie *.

Ehl quel est donc le fondement de cet odieux système de terreur et de calomnies? A qui devons-nous être redoutables, ou des ennemis ou des amis de la République? Est-ce aux tyrans et aux fripons qu'il appartient de nous craindre, ou bien aux gens de bien et aux patriotes? Nous redoutables aux patriotes! nous qui les avons arrachés des mains de toutes les factions conjurées contre eux ! nous qui tous les jours les disputons pour ainsi dire aux intrigants hypocrites qui osent les opprimer encore ! nous qui poursuivons les scélérats qui cherchent à prolonger leurs malheurs en nous trompant par d'inextricables impostures! Nous redoutables à la Convention nationale! Et que sommes-nous sans elle? et qui a défendu la Convention nationale au péril de sa vie? qui s'est dévoué pour sa conservation, quand des factions exécrables conspiraient sa ruine à la face de la France?

l. Lif/nes raturées : « Ils cherchent à détruire la liberté en calomniant ses défenseurs, cest-;'i-dire les hommes qui veulent fonder l'ordre social sur les principes de la morale publique et de l'égalité, dans le sens raisonnable attaché à ce mot. Ils savent quel est l'empire des principes et de la vérité: ils cherchent à détruire son influence sur le cœur des hommes en la présentant comme l'influence personnelle de ceux qui ont le courage de le dire ; ils donnent à cette influence le nom de tyrannie ; ils placent toujours les amis de la patrie entre leur devoir et la calomnie; ils accusent d'ambilion ceux qu'ils ne peuvent accuser d'aucun crime ; s'ils réclament contre l'oppression, on leur répond par de nouveaux outrages; s'ils opposent l'énergie des principes à la persécution, on donne à cette énergie le nom de sédition; l'impression de l'opinion publique indignée est citée comme la preuve de leur ambition. Quand on en est arrivé à ce point, la liberté est perdue. » [Sole de l'original.)

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qui s'est dévoué pour sa gloire, quand les vils suppôts de la tyrannie prêchaient en son nom l'athéisme et l'immoralité; quand tant d'autres gardaient un silence criminel sur les forfaits de leurs complices, et semblaient attendre le signal du carnage pour se baigner dans le sang des représentants du peuple; quand la vertu môme se taisait, épouvantée de l'horrible ascendant qu'avait pris le crime audacieux? Et à qui étaient destinés les premiers coups des conjurés? Contre qui Simond conspirait-il au Luxembourg? Quelles étaient les victimes désignées par Cliaumette et par Ronsin? Dans quels lieux la bande des assassins devait-elle marcher d'abord en ouvrant les prisons? Quels sont les objets des calomnies et des attentats des tyrans armés contre la République ? N'y a-t-il aucun poignard pour nous dans les cargaisons que l'Angleterre envoie à ses complices en France et à Paris? C'est nous qu'on assassine, et c'est nous qu'on peint redoutables! Et quels sont donc ces grands actes de sévérité qu'on nous reproche? Quelles ont été les victimes? Hébert, Ronsin, Chabot, Danton, Delacroix, Fabre d'Eglantine, et quelques autres complices. Est-ce leur punition qu'on nous reproche? Aucun n'oserait les défendre. Mais, si nous n'avons fait que dénoncer des monstres dont la mort a sauvé la Convention nationale et la République, qui peut craindre nos principes, qui peut nous accuser d'avance d'injustice et de tyrannie, si ce n'est ceux qui leur ressemblent? Non, nous n'avons pas été trop sévères : j'en atteste la République, qui respire! j'en atteste la Représentation nationale environnée du respect dû à la représentation d'un grand peuple ! j'en atteste les patriotes qui gémissent encore dans les cachots que les scélérats leur ont ouverts! j'en atteste les nouveaux crimes des ennemis de notre liberté, et la coupable persévérance des tyrans ligués contre nous! On parle de notre rigueur, et la patrie nous reproche notre faiblesse.

« Est-ce nous qui avons plongé dans les cachots les patriotes, et porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres qui nous ont accusés. Est-ce nous qui, oubliant les crimes de l'aristocratie et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes ou des préjugés incurables, ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables, et rendre la Révolution redoutable au peuple même? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions anciennes, fruit de l'obsession des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale, demandions dans les Sociétés populaires la tête de six cents représentants du peuple ? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Aurait-on déjà oublié que

nous nous sommes jetés entre eux et leurs perfides adversaires dans

un temps où l'on *

Vous connaissez la marche de vos ennemis. Ils ont attaqué la Convention nationale en masse; ce projet a échoué. Ils ont attaqué le Comité de salut public; ce projet a échoué. Depuis quelque temps, ils déclarent la guerre à certains membres du Comité de salut public; ils semblent ne prétendre qu'à accabler un seul homme; ils marchent toujours au même but. Que les tyrans de l'Europe osent proscrire un représentant du peuple français, c'est sans doute l'excès de l'insolence; mais que les Français qui se disent républicains travaillent à exécuter l'arrêt de mort prononcé par les tyrans, c'est l'excès du scandale et de l'opprobre * ! Est-il vrai qu'on ait colporté des listes odieuses, où l'on désignait pour victimes un certain nombre de membres de la Convention, et qu'on prétendait être l'ouvrage du Comité de salut public, et ensuite le mien? Est-il vrai qu'on ait osé supposer des séances du Comité, des arrêtés rigoureux qui n'ont jamais existé, des arrestations non moins chimériques? Est-il vrai qu'on ait cherché à persuader à un certain nombre de représentants irréprochables que leur perte était résolue? à tous ceux qui par quelque erreur avaient payé un tribut inévitable à la fatalité des circonstances et à la faiblesse humaine, qu'ils étaient voués au sort des conjurés? Est-il vrai que l'imposture ait été répandue avec tant d'art et d'audace qu'un grand nombre de membres n'osaient plus habiter la nuit leur domicile? Oui, les faits sont constants et les preuves de ces deux manœuvres sont au Comité de salut public. Vous pourriez nous en révéler beaucoup d'autres, vous, députés revenus d'une mission dans les départements ; vous, suppléants appelés aux fonctions de représentants du peuple, vous pourriez nous dire ce que l'intrigue a fait pour vous tromper, pour vous aigrir, pour vous entraîner dans une coalition funeste ^ ! Que disait-on, que faisait-on dans ces coteries suspectes, dans ces rassemblements nocturnes, dans ces repas où la perfidie distribuait aux convives les poisons de la haine et de la calomnie? Que voulaient-ils, les auteurs de ces machinations? Etait-ce

1. Il existe ici, dans le manuscrit, une lacune qui laisse cette phrase imparfaite. {Note de l'original.)

2. Lignes raturées : « Naguère, on accusait le Comité de salut public de vouloir usurper l'autorité de la Convention, on l'accusait de vouloir anéantir la représentation nationale. Rappelez-vous quels moyens odieux, quels lâches artifices furent épuisés pour accréditer cette funeste idée. » {Xote de l'original.)

3. Lignes raturées : « Vous pourriez nous le dire, vous tous hommes probes, à qui on a fait proposition formelle de vous liguer contre le Comité de salut public. » {Note de l'original.)

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le salut de la patrie, la dignité et l'union de la Convention nationale? Qui étaient-ils ' ? Quels faits justifient l'horrible idée qu'on a voulu donner de nous? Quels hommes avaient été accusés par les Comités, si ce n'est les Chaumette, les Hébert, les Danton, les Chabot, les Delacroix? Est-ce donc la mémoire des conjurés qu'on veut défendre? Est-ce la mort des conjurés qu'on veut venger*? Si l'on nous accuse d'avoir dénoncé quelques traîtres, qu'on accuse donc la Convention qui les a accusés; qu'on accuse la justice qui les a frappés; qu'on accuse le peuple qui a applaudi à leur châtiment. Quel est celui qui attente à la représentation nationale, de celui qui poursuit ses ennemis, ou de celui qui les protège? Et depuis quand la punition du crime épouvaute-t-elle la vertu?

« Telle est cependant la base de ces projets de dictature et d'attentats contre la liberté nationale, imputés d'abord au Comité de salut public en général. Par quelle fatalité cette grande accusation a-t-cllc été transportée tout à coup sur la tête d'un seul de ses membres ? Etrange projet d'un homme, d'engager la Convention nationale à s'égorger elle-même en détail de ses propres mains pour lui frayer le chemin du pouvoir absolu ! Que d'autres aperçoivent le côté ridicule de ces inculpations ; c'est à moi de n'en voir que l'atrocité. Vous rendrez au moins compte ^ à l'opinion publique de votre affreuse persévérance à poursuivre le projet d'égorger tous les amis de la patrie, monstres qui cherchez à me ravir l'estime de la Convention nationale, le prix le plus glorieux des travaux d'un mortel, que je n'ai ni usurpé, ni surpris, mais que j'ai été forcé de conquérir ! Paraître un objet de terreur aux yeux de ce qu'on révère et de ce qu'on aime, c'est pour un homme sensible et probe le plus affreux des supplices ; le lui faire subir, c'est le plus grand des forfaits. Mais j'appelle toute votre indignation sur les manœuvres atroces employées pour étayer ces extravagantes calomnies.

1. Lignes raturées : « Etaient-ce ceux dont la conscience était paisible? Etaicnt-ce ces hommes dont la France estime le plus la probité, la franchise et le dévouement ? Quels crimes faisaient jadis les conjurés que vous avez frappés? Ils s'agitaient, ils calomniaient, ils caressaient bassement tous leurs collègues, en cpii ils ne voyaient déjà plus que des juges ; ils prophétisaient eux-nu"'mes leur punition et faisaient retentir ces voûtes sacrées de leurs sinistres prédictions. [Note de l'original.)

2. Lignes raturées : « Il est bon de remarquer que, depuis leur punition, les Comités qui- les ont dénoncés, loin d'être agresseurs, ont toujours été sur la défensive. Depuis quand est-ce donc la punition du crime qui épouvante la vertu ? Est-ce attenter à la représentation nationale que de lui nommer les ennemis de la patrie et les siens ? » {Note de l'original.)

3. Le mot souHgné ne se trouve pas dans le manuscrit; il parait avoir été oublié. [Xote de l'original.)

Partout les actes d'oppressions avaient été multipliés pour étendre le système de terreur et de calomnie; des agents impurs prodiguaient les arrestations injustes; des projets de finance destructeurs menaçaient toutes les fortunes modiques, et portaient le désespoir dans une multitude innombrable de familles attachées à la Révolution; on épouvantait les nobles et les prêtres par des motions concertées ; les paiements des créanciers de l'Etat et des fonctionnaires publics étaient suspendus; on surprenait au Comité de salut public un arrêté qui renouvelait les poursuites contre les membres de la Commune du 10 août, sous le prétexte d'une reddition des comptes. Au sein de la Convention, on prétendait que la Montagne était menacée, parce que quelques membres siégeant en cette partie de la salle se croyaient en danger ; et, pour intéresser à la même cause la Convention nationale tout entière, on réveillait subitement l'affaire des soixante-treize députés détenus, et l'on m'imputait tous ces événements, qui m'étaient absolument étrangers; on disait que je voulais immoler la Montagne ; on disait que je voulais perdre l'autre portion de la Convention nationale ; on me .peignait ici comme le persécuteur des soixante-deux députés détenus; là on m'accusait de les défendre; on disait que je soutenais le Marais (c'était l'expression de mes calomniateurs), 11 est à remarquer que le plus puissant argument qu'ait employé la faction hébertiste, pour prouver que j'étais modéré, était l'opposition que j'avais apportée à la proscription d'une grande partie de la Convention nationale, et particulièrement mon opinion sur la proposition de décréter d'accusation les soixante-deux détenus sans un rapport préalable.

Ah ! certes, lorsqu'au risque de blesser l'opinion publique, ne consultant que les intérêts sacrés de la patrie, j'arrachais seul à une décision précipitée ceux dont les opinions m'auraient conduit à l'échafaud, si elles avaient triomphé ; quand, dans d'autres occasions, je m'exposais à toutes les fureurs d'une faction hypocrite pour réclamer les principes de la stricte équité envers ceux qui m'avaient jugé avec plus de précipitation, j'étais loin sans doute de penser que l'on dût me tenir compte d'une pareille conduite ; j'aurais trop mal présumé d*un pays où elle aurait été remarquée, et où l'on aurait donné des noms pompeux aux devoirs les plus indispensables de la probité; mais j'étais encore plus loin de penser qu'un jour on m'accuserait d'être le bourreau de ceux envers qui je les ai remplis, et l'ennemi de la représentation nationale, que j'avais servie avec dévoûment; je m'attendais bien moins encore qu'on m'accuserait à la fois de vouloir la défendre et de vouloir l'égorger 1,

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Quoi qu'il en soit, rien ne pourra jamais changer ni mes sentiments ni mes principes. A l'égard des députés détenus, je déclare que, loin d'avoir eu aucune part au décret qui les concerne, je l'ai trouvé au moins très extraordinaire dans les circonstances ; que je ne me suis occupé d'eux en aucune manière depuis le moment où j'ai fait envers eux tout ce que ma conscience m'a dicté. A l'égard des autres, je me suis expliqué sur quelques-uns avec franchise ; j'ai cru remplir mon devoir. Le reste est un tissu d'impostures atroces. Quant à la Convention nationale, mon premier devoir, comme mon premier penchant, est un respect sans bornes pour elle. Sans vouloir absoudre le crime, sans vouloir justifier en elles-mêmes les erreurs funestes de plusieurs, sans vouloir ternir la gloire des défenseurs énergiques de la liberté, ni affaiblir l'illusion d'un nom sacré dans les annales de la Révolution, je dis que tous les représentants du peuple dont le cœur est pur doivent reprendre la confiance et la dignité qui leur convient. Je ne connais que deux partis, celui des bons et celui des mauvais citoyens; que * le patriotisme n'est point une affaire de parti, mais une affaire de cœur ; qu'il ne consiste ni dans l'insolence, ni dans une fougue passagère qui ne respecte ni les principes, ni le bon sens, ni la morale ; encore moins dans le dévoûment aux intérêts d'une faction. Le cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons, je crois à la nécessité d'appeler surtout la probité et tous les sentiments généreux au secours de la République. Je sais que, partout où l'on rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. Je crois à des circonstances fatales dans la Révolution, qui n'ont rien de commun avec les desseins criminels ; je crois à la détestable influence de l'intrigue, et surtout à la puissance sinistre de la calomnie. Je vois le monde peuplé de dupes et de fripons ; mais le nombre des fripons est le plus petit ; ce sont eux qu]il faut punir des crimes et des malheurs du monde. Je n'imputerai donc point les forfaits de Brissot et de la Gironde aux hommes de bonne foi qu'ils ont trompés quelquefois * ; je n'imputerai point à tous ceux

1. Ce que, qui n'a pas de sens, ne se trouve pas dans le texte de cette partie du discours tel que M. Hamel le donne d'après le manuscrit. [Histoire de Robespierre, t. III, p. 724.)

2. Lignes raturées : « Je les imputerai à ces personnages dangereux, et même à d'autres fripons qui, en combattant quelquefois contre eux avec les ennemis de la liberté, rendaient quelquefois la bonne cause douteuse aux yeux des hommes placés dans un point de vue moins avantageux pour la discerner. »

Les tirades suivantes, jusqu'à ces mots inclusivement : la corruption qu'ils avaient établie, sont extraites d'un livret de Robespierre écrit au crayon, et qui

qui crurent à Danton les crimes de ce conspirateur; je n'imputerai point ceux d'Hébert aux citoyens dont le patriotisme sincère fut entraîné quelquefois au-delà des exactes limites de la raison. Les conspirateurs ne seraient point des conspirateurs, s'ils n'avaient l'art de dissimuler assez habilement pour usurper pendant quelque temps la confiance des gens de bien ; mais il est des signes certains auxquels on peut discerner les dupes des complices, et l'erreur du crime. Qui fera donc cette distinction ? Le bon sens et la justice. Ah ! combien le bon sens et la justice sont nécessaires dans les affaires humaines ! Les hommes pervers nous appellent des hommes de sang, parce que

n'ont pas été lues à la tribune : nous avons cru devoir les adapter à cet endroit de lignes raturées :

« J"en accuse la faiblesse humaine et ce fatal ascendant de l'intrigue contre la vérité lorsqu'elle plaide contre elle dans les ténèbres et au tribunal de l'amourpropre; j'en accuse les hommes pervers que je démasquerai; j'en accuse une horde de fripons qui ont usurpé une confiance funeste sous le nom de commis du Comité de sûreté générale. Les commis de sûreté générale sont une puissance, et une puissance supérieure par ses funestes influences au Comité même. Je les ai dénoncés depuis longtemps au Comité de salut public et à celui qui les emploie, qui est convenu du mal sans oser appliquer le remède : je les dénonce aujourd'hui à la Convention, ces funestes artisans de discorde, qui trahissent à la fois le Comité qui les emploie et la patrie, qui déshonorent la Révolution, compromettent la gloire de la Convention nationale, protecteurs impudents du crime et oppresseurs hypocrites de la vertu. C'est en vain qu'on voudrait environner des fripons d'un prestige reUgieux ; je ne partage pas cette superstition, et je veux briser les ressorts d'une surveillance corrompue qui va contre son but, pour la rattacher à des principes purs et salutaires. J'ai un double titre pour oser remplir ce devoir, puisqu'il faut aujourd'hui de l'audace pour oser attaquer des scélérats subalternes : l'intérêt de la pairie et mon propre honneur. Ce sont ces hommes qui réalisent cet afl'reux système de calomnier et de poursuivre tous les patriotes suspects de probité, en même temps qu'ils protègent leurs pareils, et qu'ils justifient leurs crimes par ce mot, qui est le cri de ralliement de tous les ennemis de la patrie : C'est Robespierre qui l'a ordonné. C'était aussi le langage de tous les complices d'Hébert, dont je demande en vain la punition. Eh ! qu'importe, comme on l'a dit, qu'ils aient quelquefois dénoncé et arrêté des aristocrates prononcés, s'ils vendent aux autres l'impunité, et s'ils se font de ces services faciles un titre pour trahir et pour opprimer ? Que m'importe qu'ils poursuivent l'aristocratie, s'ils assassinent le patriotisme et la vertu, afin qu'il ne reste plus sur la terre que des fripons et leurs protecteurs ? Que dis-je ! les fripons ne sont-ils pas une espèce d'aristocratie? Tout aristocrate est corrompu, et tout homme corrompu est aristocrate. Mais cherchez sous ce masque de patriotisme, vous y trouverez des nobles, des émigrés, peut-être des hommes qui, après avoir professé ouvertement le royalisme pendant plusieurs années, se sont fait attacher au Comité de sûreté générale, comme jadis les prostituées à l'Opéra, pour exercer leur métier impunément, et se venger patriotiquement sur les patriotes de la puissance et des succès de la République.

« Amar et Jagot, s'étant emparés de la police, ont plus d'influence seuls que tous les membres du Comité de sûreté générale ; leur puissance s'appuie encore sur cette armée de commis dont ils sont les patrons et les généraux ; ce sont eux qui sont les principaux artisans du système de division et de calomnie. 11

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nous avons fait la guerre aux oppresseurs du monde ; nous serions donc humains si nous étions réunis à leur ligue sacrilège pour égorger le peuple et pour perdre la patrie !

Au reste, s'il est des conspirateurs privilégiés, s'il est des ennemis inviolables de la République, je consens à m'imposer sur leur compte un éternel silence. J'ai rempli ma tâche ' (je ne me charge point de remplir les devoirs d'autrui, un soin plus pressant m'agite en ce moment) ; il s'agit de sauver la morale publique et les principes conservateurs de la liberté, il s'agit d'arracher à l'oppression tous les amis généreux de la patrie.

Ce sont eux qu'on accuse d'attenter à la représentation nationale ! Et où chercheraient-ils un autre appui? Après avoir combattu tous vos ennemis, après s'être dévoués à la fureur de toutes les factions pour défendre et votre existence et votre dignité, où chercheraientils un asile, s'ils ne le trouvaient pas dans voire sein ?

Ils aspirent, dit-on, au pouvoir suprême; ils l'exercent déjà. . . La Convention nationale n'existe donc pas ! Le peuple français est donc anéanti ! Stupides calomniateurs ! Vous êtes-vous aperçus que vos ridicules déclamations ne sont pas une injure faite à un individu, mais à une nation invincible, qui dompte et qui punit les rois? Pour moi, j'aurais une répugnance extrême à me défendre personnellement devant vous contre la plus lâche de toutes les - tyrannies, si vous n'étiez pas convaincus que vous êtes les véritables objets des attaques de tous les ennemis de la République. Eh ! que suis-je pour mériter leurs persécutions, si elles n'entraient dans le système général de leurs conspirations 3 contre la Convention nationale ? N'avez-vous pas remarqué que, pour vous isoler de la nation, ils ont publié à la face de l'univers que

existe une correspondance d'intrigues entre eux et certains membres du Comité de salut public, et les autres ennemis du gouvernement républicain ou de la morale publique, car c'est la même chose ; aussi ceux qui nous font la guerre sontils les apôtres de l'athéisme et de l'immoralité. Une circonstance remarquable et décisive, c'est que les persécutions ont été renouvelées avec une nouvelle chaleur après la célébration de la fête de l'Être suprême.

« Nos ennemis ont senti la nécessité de réparer cette défaite décisive à force de crimes, et de ressusciter à quelque prix que ce fût la corruption qu'ils avaient établie. » {Note de l'original.) — Le livret de Robespierre, dont il est question dans cette note, se trouve aux Archives nationales, F 7/4436. On en trouvera des extraits dans H. Welschinger, Le roman de Dumoiirie:, Paris, 1890, in-12, pages 71 à 126.

1. Les mots entre parenthèses ont déjà été lus page 4 et se trouvent répétés en ces deux endroits dans le manuscrit. [Note de l'original.) Cette page 4 est la page 6 de l'imprimé original et correspond à notre page 249.

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