NATIONALE
Séance de ta Convention du 8 fructidor an II (2o août 1794*).
Raisson, orateur de la députation des Jacobins. — Représentants du peuple, la Société régénérée des Jacobins de Paris, dégagée des hommes corrompus qui s'étaient glissés dans son sein, rendue à son énergie primitive, vient vous dire des vérités indispensables, vous demander des mesures que le salut public commande.
Après chacune des crises qui ont eu lieu depuis la Révolution, une réaction s'est fait sentir. Ces dangers n'ont été que précaires et momentanés, et jusqu'à présent le peuple a regagné le temps perdu ; mais jamais cette réaction ne se fit sentir d'une manière aussi terrible que dans les conjonctions présentes.
Nous sommes bien éloignés de douter des sentiments et des intentions du Comité de sûreté générale ; mais il conviendra lui-même que, dans la multitude des mises en liberté qu'il a prononcées, il en est quantité qui ont fait sortir des maisons d'arrêt des aristocrates prononcés, qui n'useront de la liberté qu'on leur a si imprudemment rendue que pour conspirer de nouveau contre la République.
Nous venons vous demander l'impression de la liste de ces hommes... [Murmures.)
Tallien. — Je demande que l'orateur soit entendu jusqu'à la fin; je demanderai la parole après pour lui répondre.
Raisson, — Le crime seul peut craindre la publicité de cette liste. Que l'on ne dise pas que ce sera une liste de proscription : il n'y aura plus de proscriptions ; les Sylla sont morts et le peuple n'en souffrira jamais d'autres. Attachez-vous ensuite à établir un gouvernement révolutionnaire qui ne soit ni à la manière des modérés, ni à la manière des continuateurs de Robespierre, mais qui comprime et effraie les fripons, les hommes corrompus, tous les ennemis du peuple, et qui protège l'innocence !. . .
Le PRÉsmENT *. — La République n'oubliera jamais ce qu'elle doit