La société des Jacobins; recueil de documents
Le présent voluine cuntieiit des ducumeiils relatifs à Ihistoire du club des Jacobins depuis le 1" janvier 1791 jusqu'au 10 juillet de la même année, c'est-à-dire jusqu'à la veille des événements qui, en amenant la célèbre scission et la fondation du club des Feuillants, marquent une époque importante dans l'histoire des Jacobins.
Pour la période antérieure au 1" juin 1791, date de l'apparition du Journal des Jacobins, nous avons suivi la même méthode que dans le précédent volume, c'est-à-dire que nous avons tâché de suppléer à la perte des procès-verbaux du club et à l'absence d'un journal suivi de ses opérations en empruntant aux divers écrits du temps tous les renseignements intéressants que nous avons pu rencontrer, mais en nous bornant, quant aux pamphlets, à un choix.
Nous avons trouvé dans deux journaux peu connus quelques comptes rendus assez importants, et qui avaient, croyons-nous, échappé aux historiens.
De ces deux journaux, l'un, le Journal de la Révolution, est rédigé dans un sens favorable à la politique des Jacobins; l'autre, le Lendemain^ est violemment hostile à celte politique.
Voici quelques renseignements bibliographiques sur ces deux sources, aussi remarquables qu'ignorées, de l'histoire de la Révolution en 1790 et en 1791.
Le Journal de la Révolution, qui est entièrement anonyme, et dont nous ignorons les auteurs, commença à paraître le 2o août 1790, et le dernier numéro que nous en ayons pu consulter est daté du 3 octobre 1791. M. Hatin paraît avoir eu entre les mains un exemplaire beaucoup plus complet que ceux que nous avons vus, car il dit, dans sa Bibliographie de la presse, qu'au numéro 479 le Journal de la Révolution ajouta à son titre : et des législatures, et que, de l'imprimerie de Chemin, il passa dans celle de Tremblay, qui « se charge avec empressement de la tâche de son prédécesseur ». Or, l'exemplaire le Tome II. «
n AVERTISSEMENT
plus complet que nous ayon< vu s'arrête au numéro il", 'S octobre
Quoi qu"il en soit, ce journal était la suite d'une feuille intitulée : Le Pour et le Contre, dont le premier numéro du Journal de la Révolution forme le numéro 13, et qui eut, par conséquent, 12 numéros. Mais je n'en connais que les trois premiers (Bibl. nat., Le 2/443;. Le premier, daté du 12 mai 1790, est formé de 20 pages, et les deux suivants de 16 pages. Tous trois sont imprimés chez Vézard et Le Normant. Chaque numéro coûtait six sols. Le Pour et le Contre n'était pas quotidien. C'est moins un journal de nouvelles qu'un recueil de mémoires et de dissertations sur des sujets de finance et d'économie politique. Boncerf, membre de la Société d'agriculture, est le plus fécond des rédacteurs de cette feuille.
Au numéro 13, 25 août 1790, Le Pour et le Contre devieiit quotidien, paraît tous les matins, et prend le titre de Journal de la Révolution, avec ce sous-titre : Par suite du Pour el du Contre^ sous-titre qui disparaît à partir du 1" septembre 1790.
« Nous donnons ce nouveau titre à notre journal, disent les rédacteurs, pour ne laisser aucun doute à une partie du public qui croit voir dans celui du Pour et du Contre l'intention (V aristocratiser, quoique notre opinion ait toujours été fortement prononcée en faveur de la Révolution, et qu'en adoptant le premier titre nous ayons seulement voulu annoncer la plus grande impartialité dans le récit des faits. »
Chaque numéro du Journal de la Révolution comptait 8 pages in-8''. Il s'imprima jusqu'au 1" septembre 1790 chez Féret, puis chez Meymac et Cordier jusqu'au 15 novembre suivant, puis de nouveau chez Féret jusqu'au 22 janvier 1791, enfin chez Chemin, dont, à partir du numéro du 15 septembre 1791, l'établissement, situé rue de la .luiverie, s'intitule : Imprimerie nationale.
Le prix de l'abonnement était de 3 livres par mois.
Malheureusement je n'ai pas pu me procurer d'exemplaire complet du Journal de la Révolution.
C'est, je crois, la Bibliothèque nationale et celle de l'Arsenal qui en possèdent le plus gi-and nombi-c de numéros.
Kn voici l'état :
L'exemplaire de laBibli(tthèqup nalifjnale (Le 2/444), contient, pour l'année 1790, les numéros des 25 et 2tî août; 1, 13, 15, 21, 26, 29, 30 septembre; 9, 14, 16, 20, 22, 24, 28, 29, 30, 31 octobre; 1, 3, 4, 5, 11, 15, 21, 24, 26, 27, 29, 30 novembre; 2, 6, 7, 8, 9, 10, 18, 19, 21, 28, 30 décembre. Pour l'année 1791, 1, 3, 8, 11, 13, 20, 22, 27, 28,
AVERTISSEMENT m
31 janvier; 11, 14, 15, 21, 22, 28 février; 4, 5, 13, 20 mars; 15, 19, 20, 21, 28, 30 avril; 1, 0, 8, 10, 17, 26 mai; 1, o, 17, 19, 20, 22, 24, 26, 29 juin; 10, 12, 13, 14, 15, 21, 22, 24, 29 juillet; 4, 13, 24 août; 15 septembre.
L'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal contient, pour l'année 1790, les numéros des 30 août; 5, 8, 18, 24, 27, 29 septembre; 1, 6, 8, 12, 13, 14, 16, 20, 22, 25, 26, 30 octobre; 1, 2, 7, 8, 9, 10, 27 novembre; 2 décembre. Pour 1791, 3, 20, 23 janvier; 7, 10, 17, 21, 23 février; 1, 6, 10, 20, 25, 27, 30 mars; 5, 10, H, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 27, 28, 29, 30 avril; 2, 4, 5, 8, 9, 10, 12, 14, 15, 17, 18, 20, 23, 28, 31 mai ; 6, 7, 8, 10, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28, 29 juin; 1, 4, 8, 9, 10, H, 17, 18, 22 juillet; 1, 10 août; 4, 11, 14, 15, 16, 17 septembre.
Enfin je possède, sans lacune, les numéros 324 à 417 du Journal de la Révolution, c'est-à-dire du 2 juillet 1791 au 3 octobre suivant; je me propose de les donner à la Bibliothèque nationale quand j'aurai terminé le présent travail.
Quant au Lendemain, ou Espi'it des feuilles de la veille, journal quotidien, qui était également anonyme, et dont on attribue, mais sans preuves, la paternité à BefTroy de Reigny, le cousin Jacques i, il commença à paraître le 10 octobre 1790, et disparut au moment de la fuite à Yarennes. « On a remarqué, dit la Chronique de Paris du 24 juin 1791, que le Lendemain, libelle périodique dirigé contre les Jacobins, a cessé de paraître précisément le lendemain de la fuite de Louis XVI. »
/,e Lendemain avait pour épigraphe : Je cours toute la journée, je lis toute la soirée, j'écris toute la nuit pour le lendemain (Sévigné). Il donnait, conformément à son titre, de nombreux extraits des feuilles de la veille.
L'exemplaire de la Bibliothèque nationale (Le 2/465 à 467) se compose de 253 numéros in-8'', pour la plupart de 8 pages, du 8 octobre 1790 au 17 juin 1791 inclus. En tète du tome III, qui commence par le numéro du 1" avril 1791, on lit qu'on a réuni à ce journal deux autres journaux : le Journal des Prêtres et le Courrier des fonctionnaires publics, sur lesquels nous n'avons à peu près aucun renseignement.
Cette feuille parut d"abord sans nom d'imprimeur, avec cette indication : Chez Froullé, libraire, à laquelle fut substituée, à partir du
4. Tout ce qu'on sait, c'est que Betfroy de Reigny adresse parfois des lettres à ce journal. Ainsi, dans le numéro du 6 avril 1791, il y a une lettre du cousin Jacques où il dénonce une contrefaçon de sa pièce de Nicodème.
,v AVERTISSEMENT
26 janvier 1791, celle-ci : De rhnprimerie du Lendemain, 7nte Pavée, 8.
Le Lendemain paraissait le matin. Le prix de l'abonnement était de 48 livres par an; mais ce prix fut abaissé, à partir du 4 juin 1791, à 30 livres.
En dehors de cette édition, dite des abonnés, il paraissait une autre édition du Lendemain, dite des colporteurs, sous le titre ({'Assemblée nationale et Esprit des feuilles de la veille. Elle se distingue seulement en ceci, qu'à partir du 22 janvier 1701 l'édition des abonnés remplace le sommaire par une seconde et longue épigraphe, qui change chaque jour, tandis que dans l'édition des colporteurs le sommaire subsiste, pour être crié dans les rues. En somme, ces deux éditions ne dififèrent que par la première page ; le reste est identique, même typographiquement.
A partir d'avril 1791 , ces deux feuilles racontent assez régulièrement les séances du club des Jacobins. Les comptes rendus du Jouimal de la Révolution sont un peu secs et écourtés. Ceux du I^endemain offrent plus de détails, notamment pour le nombre des membres présents; mais il s'y mêle un esprit d'hostilité satirique, qui toutefois ne va pas jusqu'à la parodie. Les uns et les autres, en l'absence de tout autre compte rendu suivi, sont très précieux pour l'histoire.
Bien que le Journal de la Révolution et le Lendemain ne commencent leurs comptes rendus qu'à partir de 1791, nous regrettons cependant de n'avoir pas connu ces deux journaux quand nous avons rédigé notre premier volume. Nous y aurions trouvé des compléments et des explications pour plus d'un texte relatif à l'année 1790.
Puisque nous en sommes au chapitre des omissions, disons aussi que quelques sources allemandes de notre sujet nous avaient échappé, notamment l'ouvrage intitulé : Bruc/istiœke aus den Papiei'en eines Augenzeugen und unparteiischcn Beobachters der franzœsischen Révolution, s. 1., 1794, in-8'' de x-310 pages, dont il n'existe, à ma connaissance, que deux exemplaires, l'un à la Bibliothèque municipale de Zurich, l'autre à la Bibliothèque nationale de Paris, sous la cote La 32/478, où il se trouve rehé et comme caché à la fin d'un recueil d'écrits de Girtanner. Cet ouvrage, qui a eu deux éditions ', contient des notes, des dissertations, des lettres d'un Allemand qui résida à Paris de 1789 à 1792, et dont les témoignages sont particulièrement intéressants et neufs pour ce qui concerne Mira!)eau, Sieyès, l'Assemblée constituante, le club des Jacobins. M. Alfred Stern, pro-
1. La seconde édition forme la première partie de l'ouvrage intitulé: Luzifer oder ffereinifife Reifraege zur Geschichle der Franzœsischen Révolution, s. 1.. 1797, in-8".
AVERTISSEMENT v
fesseur à l'École polytechnique fédérale de Zurich et auteur d'une excellente biographie de Mirabeau en langue allemande, a démontré ' d'une manière décisive que ce témoin anonyme ne fut autre que Konrad-Engelbert OElsner, dont le nom figure sur la liste des Jacobins, et qui a écrit la préface de la traduction allemande des écrits de Sieyès par Ebel. Nous donnons, à la date du 28 février 1791, la traduction du récit très vif et très pittoresque qu'OElsner rédigea au sortir de la fameuse séance des Jacobins où Mirabeau fut en butte aux attaques d'Adrien du Port et d'Alexandre de Lameth.
A partir du 1" juin 1791 commence la publication du Journal des débats de la Société des amis de la constitution, qui changea de nom avec la Société elle-même, et que, par abréviation, on a l'usage de désigner sous le nom de Journal des Jacobins. Cette date marque dans notre travail un changement de méthode et de plan. Les comptes rendus de ce journal, dont nous avons donné la bibliographie au tome I", deviennent le texte essentiel de notre publication ; ceux des autres journaux, les pamphlets, les écrits divers des contemporains, ne sont plus, sauf exception, mentionnés ou utilisés par nous qu'à titre de commentaire ou de complément au Journal des Jacobins.
Le mieux eût été, sans contredit, de reproduire intégralement tout le texte du Joiomal des Jacobins jusqu'à l'époque où ce journal cesse d'être avoué par le club. Les limites de cette publication ne l'ont malheureusement pas permis. Nous avons dii non seulement laisser de coté toute la correspondance, sauf les circulaires du club, mais encore substituer des analyses à certaines parties des comptes rendus, notamment aux longs discours, en nous attachant toutefois à laisser à la physionomie de ces comptes rendus toute sa vérité et toute sa vivacité. Ces analyses, imprimées en caractères plus petits et placées entre crochets, se distingueront, à première vue, d'avec le texte. Point n'est besoin d'ajouter qu'elles sont faites dans un esprit d'impartialité, et qu'en analysant nous avons seulement voulu abréger, et non cacher aux historiens aucun élément pour apprécier, en bien ou en mal, le club des Jacobins.
Qu'on nous permette d'indiquer ici quelques errata au premier volume : P. 200, ce n'est pas pendant les six derniers mois, mais pendant les six dernières semaines de sa vie que Rousseau résida à Ermenonville. — P. 403, la séance du 6 décembre 1790 doit être datée du 5 décembre. — P. 444, note 2, lire : circulation des grains, et non : circulation des grandes. — P. 478, le pamphlet sans date : Non,
1. Dans la Deutsche Zeifschrif'f ////■ liescfiiclttswisnenscha/'f. année 189U, n" 1.
Yi AVERTISSEMENT
i.h n aiment pas la constitution, doit être reporté au mois d'avril 1791, puisqu'il y est question du projet de voyage manqué de Louis XVI à Saint-CIoud. — L'imprimé sans date et anonyme : Coup cVœil rapide sur le payement des renies, ou Abrégé d'un discours prononcé au club des Amis de la cotistitulion, imprimerie de la rue d'Argenteuil, s. d., in-8 de 8 pages (Bibl. nat., LIj 10/536;, aurait dû, selon toute vraisemblance, trouver place dans l'année 1790. — Dans la liste des présidents et secrétaires du Club, Introduction, p. lxxix, il faut ajouter qu'à la fin de mars 1790 les Jacobins furent présidés par Robespierre (Lettre de Robespierre à Buissart en date du 1" avril 1790, citée par M. Hamel, Histoire de Robespierre, I, 221).
Enfin, voici quelques rectifications à la liste des Jacobins que nous avons donnée dans l'Introduction, ]». xxiv et suivantes :
Audibert-Gaille, rue Richelieu, n" Iti. 11 fut consul général de France à Amsterdam en 1792. Il s'appelait en réalité Daudibert- Caille : il y a une lettre de lui sur la vraie orthographe de son nom aux archives des Affaires étrangères, Correspondance de Piémont^]\\\n 1792.
Barbantane. C'est Puget-Barbantane.
Béxezet. C'est peut-être Benczerh.
Cancdois. Il faut lire probablement Cauchois.
Chanchat. Lire Chauchal.
GoLOT. C'est sans doute Collol d'Herbois.
Dechapt. C'est l'abbé Chapt de Rastignac.
Delbegq. Le nom de ce constituant doit s'écrire d'Flbehcq.
DouTREPONT. C'est d'Outrepont, avocat et réfugié belge.
Hyox. Lire Hwn. (La même faute d'impression s'est aussi glissée, à plusieurs reprises, dans ce tome second.)
Jenxeson. Lire J.-M. Jenesson (Cf. p. 441 du présent volume).
LAQiMANTE. C'est Laquiantc, notaire à Strasbourg.
HuziLLv. Lire Razilly.
SciiLABREXDORF. Lire Schlaberndorf.
Vermixac. C'est de Verninac, diplomate.
La plupart de ces corrections nous ont été suggérées par un érudit cl bienveillant article de M. A. Ghuquet dans la Revue critique d'histoire et de littérature du 10 mars 1890.
Terminons en attirant l'attention du lecteur sur un problème historiquf que nous avons déjà iiuliqué au début de l'introduction placée en tète du tome pi-crnipr. Il nous manque, pour llii^toire du club des
AVEimSSEME.NT vu
Jacobins, le document essentiel, à savoir le registre des délibérations de la célèbre Société, ou recueil de ses procès-verbaux. Qu'est devenu ce document? M. Hamel [Histoire de Robespierre, 111, 771) croit qu'il « n'existe probablement plus ». D'autre part, en 1837, Bûchez et Roux, pour qui la tradition orale était encore fraîche, et que renseignaient des survivants de la Révolution, écrivent dans leur Histoii^e parlementaire de la Révolution (t. XXXIII, p. 3ooj qu'ils croient savoir « que tous les papiers du club des Jacobins qui avaient échappé à la première destruction, que l'on attribue à Legendre, ont été recherchés et brûlés par ordre de Napoléon ». Pour éclaicir cette question, il serait nécessaire d'avoir un inventaire des documents postérieurs à 1790, qui étaient conservés aux archives municipales de Paris et aux archives départementales de la Seine, et ont péri dans l'incendie de l'Hôtel de ville, en 1871; mais nous ne croyons pas qu'il existe de semblable catalogue, même sommaire. En signalant ainsi notre ignorance sur une question si importante pour le sujet que nous traitons, peut-être obtiendrons-nous de l'érudition d'un de nos lecteurs les lumières qui nous manquent.